Les risques

Le Dr Michel Nasr se veut rassurant : “nous manquons encore d’un peu de recul sur le long terme, mais il semble, selon l’ensemble des études publiées jusqu’à aujourd’hui, que la e-cigarette soit un produit sûr”.

En effet, à ce jour, il n’existe pas de données épidémiologiques qui permettent d’incriminer la cigarette électronique de façon péremptoire.


S’il rappelle la nécessité de poursuivre les études sur le long terme, il met en avant l’argument santé principal de la e-cigarette par rapport à la cigarette : “ce qu’il est important de souligner, c’est que la cigarette électronique ne se “fume” pas, c’est une inhalation de vapeur d’eau. Or, ce qui fait toute la toxicité et la nocivité d’une cigarette classique c’est la combustion. C’est lors de cette combustion que les produits organiques détruits délivrent des substances cancérigènes. Avec la vapoteuse, les substances ne sont pas dégradées.” 


Le Pr Sébastien Couraud, rejoint les propos du Dr Nasr et insiste sur le paradoxe de la cigarette électronique : “il y a vraiment une double facette de la cigarette électronique, une face sombre et une face lumineuse". Lorsqu’il s’agit de sevrage, on se trouve dans la face lumineuse de l’utilisation de la cigarette électronique et son efficacité a été démontrée. Mais il alerte sur le contexte dans lequel elle est utilisée, “il faut se méfier et garder à l’esprit que les bénéfices seront pour des fumeurs d’un certain âge qui ont envie d’arrêter de fumer, qui sont engagés dans une démarche de sevrage et qui vont utiliser la cigarette électronique comme outil de réduction en vue d’un sevrage complet”.


Dr Michel Nasr est pneumologue à Vienne (Isère)
Pr Sébastien Couraud est chef du service de pneumologie aiguë spécialisée et cancérologie thoracique au centre hospitalier Lyon Sud
Nous leur avons posé vos questions séparément.

"Les liquides que contient la cigarette électronique sont composés de 3 choses", explique le Pr Couraud, d’un solvant, assez inerte, d’un parfum qui donnera le goût et qui est potentiellement cancérigène et irritant mais présent en faible quantité, et de nicotine, le plus puissant addictif au monde, plus addictogène que la cocaïne, que le cannabis etc., substance, elle aussi, plus ou moins présente en fonction de la concentration choisie. 


La nicotine a une certaine toxicité, mais celle-ci est extrêmement faible. Le Dr Nasr rappelle que “les doses létales de nicotine se situent entre 500mg et 1g. Or, le fumeur inhale environ 20 mg par jour, que ce soit avec une cigarette ou avec une vapoteuse”. Sur ce point, le Pr Couraud insiste sur la dualité de la cigarette électronique, qui sera bénéfique pour un ancien fumeur et très toxique et addictif pour un jeune non fumeur qui y sera confronté par effet de mode


À propos des composants de la e-cigarette, comme le coton du filtre ou le cuivre de la résistance, il n’y a aucune toxicité relevée à ce jour, “le cuivre n’est pas toxique pour les poumons et on n’en a pas retrouvé en traces significatives dans la vapeur de la e-cigarette” explique le Dr Nasr.


Concernant les produits mis en vapeur, il s’agit essentiellement de Propylène Glycol et de Glycérine végétale (Glycérol). Le Propylène Glycol, vaporisé à faible température comme c’est le cas avec une vapoteuse, n’est pas toxique. Quant au glycérol, “il n’a aucune toxicité en soi” précise le Dr Nasr. Il n’y a donc pas de danger de ce côté-là.


En conclusion, les produits des e-cigarettes issus des circuits officiels en France ne sont pas toxiques, d’après les études publiées à ce jour. “Bien sûr, il est nécessaire de poursuivre ces études sur le long terme” souligne-t-il. Ce qu’il faut retenir, rappelle le Dr Nasr, “c’est qu’avec la vapoteuse, les substances ne sont pas dégradées, elles sont donc beaucoup moins dangereuses qu’avec la combustion d’une cigarette conventionnelle”.


Pr Sébastien Couraud est chef du service de pneumologie aiguë spécialisée et cancérologie thoracique au centre hospitalier Lyon Sud
Dr Michel Nasr est pneumologue à Vienne (Isère)
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"Le premier danger est lié à la consommation de nicotine par voie inhalée, ce qui peut avoir pour effet chez les anciens fumeurs de rester addicts à la nicotine ou de rechuter", explique le Pr Couraud. Un second danger, très important, concerne l’entrée dans le tabagisme chez les jeunes, parce que la cigarette électronique s’est positionnée comme un objet gadget, avec différentes couleurs et parfums. "Le problème est que ça leur apprend à inhaler quelque chose et ce n’est jamais bon, et le risque de devenir un fumeur “standard” est largement réel, on peut dire jusqu’à 3 fois plus de risques.”

À court terme, il identifie plusieurs effets indésirables avec un danger assez limité comme le fait de tousser, de ressentir des irritations et dans de rares cas, d’avoir une crise d’asthme causée par le liquide. 

Ce qu’il faut retenir, rappelle le Dr Nasr, “c’est qu’avec la vapoteuse, les substances ne sont pas dégradées, elles sont donc beaucoup moins dangereuses qu’avec la combustion d’une cigarette conventionnelle”.


Toutefois, il faut noter que des cas de toxicité ont été relevés aux États-Unis, sur certains produits particuliers, le diacétyle notamment. Cet additif alimentaire, qui donne un goût beurré, peut donner lieu à une maladie pulmonaire appelée bronchiolite oblitérante s’il est inhalé. “Sa concentration dans les e-liquides américains est faible. Les e-liquides français n’en possèdent pas” précise le Dr Nasr (réglementations Afnor).


À long terme, le Pr Couraud alerte également sur le fait d’inhaler des substances à fort potentiel cancérogène : “C’est moins documenté car pour le moment c’est difficile d’avoir du recul mais même si c’est essentiellement une phase gazeuse, qu’il n’y a pas de combustion et que ce qui est inhalé est moins toxique, il reste néanmoins des composés volatiles organiques, des agents de texture qui sont certains cancérogènes, d’autres irritants et qui vont pouvoir à terme provoquer une irritation chronique des bronches qui peut éventuellement évoluer vers une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) qui est une maladie respiratoire qui touche les bronches et les poumons ou des cancers". 


Il rejoint le Dr Nasr sur le fait que ”naturellement cette exposition aux risques est beaucoup moins importante qu’avec la cigarette standard, tout dépend du contexte de la personne exposée, un ancien fumeur aura des risques significativement diminués grâce à la cigarette électronique. Or un jeune de 15 ans qui commence à cause de la cigarette électronique, sera dépendant à 20 ans et déjà depuis très longtemps, et c’est un des plus gros risques à l’heure actuelle.” 


Pr Sébastien Couraud est chef du service de pneumologie aiguë spécialisée et cancérologie thoracique au centre hospitalier Lyon Sud
Dr Michel Nasr est pneumologue à Vienne (Isère)
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Tout dépend du contexte de cette femme enceinte, explique le Pr Couraud, “si cette femme est une ancienne fumeuse de deux paquets par jour et qu’elle passe à la cigarette électronique, c’est plutôt conseillé, car une femme enceinte n’a pas le droit de fumer, donc tous les moyens sont bons pour essayer d’arrêter.”


Le Dr Nasr rejoint et complète les propos du Pr Couraud en rappelant la nécessité de toujours mettre en balance le tabac par rapport à la e-cigarette, qui doit être considérée comme un produit de sevrage : “la priorité doit être donnée au sevrage tabagique, car les conséquences toxiques sur la croissance de l’enfant sont dues au monoxyde de carbone inhalé par la cigarette”.


Si, il y a quelques années, la Haute Autorité de Santé (HAS), par précaution, déconseillait l’utilisation de la e-cigarette chez la femme enceinte, le Dr Nasr mentionne une récente étude d’ampleur dans une maternité de Dublin qui n’aurait relevé aucun problème de toxicité.

Pour les personnes concernées qui désireraient davantage d’informations sur le sujet, le Dr Nasr renvoie vers le site suisse stop-dépendance.ch, qui explique et conseille les femmes enceintes sur la grossesse et le vapotage.


Pr Sébastien Couraud est chef du service de pneumologie aiguë spécialisée et cancérologie thoracique au centre hospitalier Lyon Sud
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Chez les patients gros tabagiques, dont les muqueuses respiratoires peuvent être fragilisées, “l’acidité de la nicotine, qui n’est pas tout à fait la même dans la e-cigarette, peut être un facteur irritant pour la gorge” explique le Dr Nasr.

Hormis ce cas précis, aucune différence d’impact sur l’organisme n’a été relevée entre la nicotine naturelle de la feuille de tabac et la nicotine de synthèse, “la nicotine d’une e-cigarette est seulement un peu plus pur et son dosage est extrêmement précis”.

Il rappelle également que les quantités de nicotine contenues dans la e-cigarette, comme dans la cigarette, ne sont pas toxiques pour l’organisme, “la nicotine est responsable de la dépendance, mais pas du caractère délétère de la cigarette”. 

La priorité est donnée au sevrage tabagique, le problème de la dépendance vient dans un deuxième temps.

Dr Michel Nasr est pneumologue à Vienne (Isère)

Le Dr Nasr est rassurant sur la fiabilité des études publiées à ce jour : “On commence à très bien connaître les produits utilisés dans le cadre des réglementations européennes et françaises, même si évidemment il est nécessaire de poursuivre ces études sur le long terme”.

Il y a des études aujourd'hui qui démontrent le bénéfice tout à fait réel de la cigarette électronique sur le sevrage, explique le Pr Couraud, “il y a aussi d’autres études qui démontrent sans aucun doute que si on met une cigarette électronique entre les mains de jeunes, ils deviennent fumeurs. C’est réellement assez démontré à l’heure actuelle”. 

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Le Dr Nasr stipule clairement “qu’aucune étude à ce jour ne mentionne des cas de lésions ou de maladie de la bouche qui auraient été provoqués par la e-cigarette”. Sur l’effet de soif, il peut être lié au sevrage tabagique. Il est conseillé de boire davantage pour pallier un éventuel assèchement buccal” recommande-t-il.

Le Pr Couraud rappelle la présence de substances cancérigènes et de composés organiques volatiles très irritants, certes bien moins que par rapport à la cigarette standard mais ils peuvent, comme dans le cas de la pollution atmosphérique, faire tousser, accentuer l’asthme etc. 

Les cas d’irritation peuvent être observés chez les grands dépendants “à qui il arrive de tirer un peu plus fort sur la vapoteuse” pour ressentir ce flash de nicotine propre à la consommation de tabac, explique le Dr Nasr : “la cigarette électronique fonctionne un peu comme un patch, la distribution de nicotine dans le sang et le cerveau est plus “plate”. Mais les fabricants essaient de s’en rapprocher, car les grands dépendants ont besoin de ce pic de nicotine”. “Mais ces irritations peuvent aussi survenir chez les non-fumeurs qui commencent à utiliser la cigarette électronique”, rappelle le Pr Couraud. 

Le Dr Nasr précise aussi que chez les patients gros tabagiques, dont les muqueuses respiratoires peuvent être fragilisées, “l’acidité de la nicotine qui n’est pas tout à fait la même dans la e-cigarette peut être un facteur irritant”.


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Le Pr Couraud rappelle la présence de substances cancérigènes et de composés organiques volatiles très irritants, certes bien moins que par rapport à la cigarette standard mais ils peuvent, comme dans le cas de la pollution atmosphérique, faire tousser, accentuer l’asthme etc. 

"Le fait d’irriter de façon régulière ne favorise pas le développement d’une muqueuse nasale et buccale normal, et dans une logique de réduction de risques, il est plus judicieux de conseiller à un fumeur qui souhaite arrêter d’utiliser la cigarette électronique comme outil d’aide au sevrage mais dans le cas d’une consommation nouvelle, les risques sont réels", précise le Pr Couraud. 

Pr Sébastien Couraud est chef du service de pneumologie aiguë spécialisée et cancérologie thoracique au centre hospitalier Lyon Sud

À ce jour, aucune explosion n’a été signalée. “Le liquide est légèrement chauffé par la résistance, on n’est vraiment pas sur les chaleurs importantes. De plus, les produits n’étant ni inflammables ni explosifs, c’est vraiment très peu probable” explique le Dr Nasr. 

À titre de comparaison, il rappelle les nombreux cas de départ de feu dus à la cigarette conventionnelle.

Le Pr Couraud rejoint le Dr Nasr en rappelant que “c’est anecdotique et il y en a eu beaucoup au départ mais cela reste anecdotique”. 


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