Prévention du cancer du col de l’utérus

Prévention du cancer du col de l’utérus Les cancers de l’utérus sont provoqués par des virus de la famille des papillomavirus humains (HPV).

Les cancers de l’utérus sont provoqués par des virus de la famille des papillomavirus humains (HPV). Ces virus se transmettent par voie sexuelle, et cette maladie cancéreuse est donc considérée comme une maladie sexuellement transmissible.

L’Institut national du cancer (Inca) estime que 80 % des femmes seront porteuses de virus HPV au cours de leur vie. Si leur système immunitaire parviendra le plus souvent à éliminer ces virus, certaines affections pourront malheureusement persister et provoquer des lésions précancéreuses puis des lésions cancéreuses du col de l’utérus. Le cancer du col de l’utérus touche environ 3 000 patientes par an en France et est responsable de 1 100 décès. Il est donc considéré comme une maladie rare mais se place néanmoins en 12e position des cancers les plus meurtriers, selon les chiffres de l’Institut national du cancer.

Il touche principalement des populations défavorisées qui ont moins facilement accès aux soins médicaux ou qui en ont moins l’usage.

La prévention par frottis vaginal

Il existe depuis plusieurs années un moyen efficace pour lutter contre ce cancer : le frottis vaginal de dépistage tous les 3 ans pour les femmes de 25 à 65 ans. Une particularité de ce cancer est qu’il évolue très lentement. Ainsi, le dépistage par frottis est donc efficace car on peut dépister les femmes atteintes du virus à des stades précancéreux et, par là même, leur éviter de développer un cancer avec des interventions minimes, comme du laser ou une conisation (qui consiste à enlever un bout de col).

Aujourd’hui, le taux de couverture des frottis en France est de 60 % : cela veut donc dire que près de 40 % ne sont absolument pas suivies correctement. Or, comme le souligne l’Inca, le cancer du col de l’utérus peut être évité dans neuf cas sur dix grâce au frottis de dépistage ! Afin de remédier à cette situation, les autorités de santé ont donc décidé de mettre en place l’année prochaine, en 2018, un dépistage organisé pour sensibiliser ces 40 % restants.

Concrètement, cela pourra permettre de toucher par exemple des femmes qui, après leur grossesse, n’ont absolument aucun suivi gynécologique, des femmes qui vivent malheureusement dans un désert médical, des femmes ménopausées ou âgées qui ne vont plus voir leur gynécologue car elles n’utilisent plus de contraception ou encore des femmes qui ne sont pas informées sur l’intérêt des frottis.

La prévention par vaccination

En matière de prévention, pendant de nombreuses années, ce frottis de dépistage tous les 3 ans a été la seule solution pour permettre de dépister un état précancéreux et de mettre en place un traitement précoce afin d’éviter l’émergence d’un véritable cancer. Mais nous disposons depuis quelques années d’une nouvelle arme pour prévenir l’apparition de cancer du col de l’utérus : la vaccination.

Les virus HPV ont été identifiés comme responsables des cancers du col de l’utérus par un chercheur dont les travaux lui ont valu le prix Nobel car ils ont permis l’émergence de vaccins anti-HPV permettant de prévenir de manière majeure la mise en place d’une infection qui va causer un état précancéreux puis un état cancéreux. Cette vaccination est désormais recommandée pour les jeunes filles de plus de 11 ans avant le premier rapport sexuel.

Ce programme de vaccination ne dispense pas du frottis de dépistage qui doit toujours être effectué dans la mesure où toutes les souches d’HPV (il existe de nombreux virus différents capables de causer le cancer dans cette famille), ne sont pas pour l’instant incluses dans les vaccins. Cependant, cette vaccination anti-HPV prévient la très grande majorité des infections par HPV susceptibles d’induire des cancers. En Suède, où près de 80 % des jeunes filles sont vaccinées, une réduction de 75 % des lésions précancéreuses a été observée. On observe malheureusement en France une désaffection par méfiance à l’égard des vaccins. Cette méfiance se traduit de façon tragique dans les chiffres de couverture de la population générale.

En effet, en 2009, toute couverture vaccinale chez les jeunes filles était de l’ordre de 30 % alors qu’il était à plus de 50 % de la quasi-totalité des pays limitrophes. Depuis cette date, le taux de vaccination a augmenté dans tous les pays voisins de la France, atteignant 80 % dans la plupart, mais a chuté en France, désormais inférieur à 20 %. Au vu de l’efficacité du vaccin, et du nombre de décès annuels observés dans notre pays, on peut ainsi malheureusement estimer que, dans les prochaines années, ce ne seront pas moins de 800 décès de cancers du col de l’utérus qui vont survenir chez les patientes françaises qui auraient pu être évités par une politique vaccinale similaire à celle qui est mise en place dans les pays voisins.

Un bénéfice manifeste

Pourquoi une telle méfiance à l’égard de cette vaccination ? Le ministère de la Santé a indiqué que, depuis la commercialisation du vaccin et jusqu’en septembre 2013, le suivi national de pharmacovigilance a recensé 503 effets indésirables graves notifiés à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), dont 127 cas de maladies autoimmunes incluant 17 scléroses en plaques (SEP).

Mais il ne faut pas oublier qu’une étude portant sur 2,2 millions de jeunes filles âgées de 13 à 16 ans a montré que la vaccination contre les infections à papillomavirus humains (HPV) par Gardasil ou Cervarix n’entraînait pas d’augmentation du risque global de survenue de maladies auto-immunes. Il convient également de rappeler que, dans les pays développés, les maladies autoimmunes touchent environ 8 % de la population dont, dans plus de trois quarts des cas, des femmes. Au regard de toutes ces données d’efficacité et de sécurité, le lien de causalité reste incertain, et le rapport du bénéfice/ risque de ce vaccin reste très favorable.

La France, les pouvoirs publics et les médecins doivent ainsi mettre en place une politique volontariste pour que nous puissions, dans le pays de Pasteur et de Descartes, rejoindre nos voisins européens pour permettre un meilleur taux de couverture vaccinal HPV des jeunes filles françaises. Certains pays ont d’ailleurs commencé à envisager des politiques vaccinales touchant des individus à risque masculins. Ce retard majeur qu’accuse la France dans le développement de sa politique vaccinale anti-HPV devra donc être comblé dans les prochaines années afin de permettre aux femmes d’éviter un cancer redoutable pour lequel les traitements sont mutilants et pour lequel une solution vaccinale existe, permettant tout simplement d’éviter la survenue du cancer et les trop fréquents décès qui lui sont liés.

Pr Jean-Yves Blay directeur général Centre Léon-Bérard

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