Prévenir les cancers gynécologiques, est-ce possible ?

En 2012, quelque 155 000 femmes ont été concernées par un cancer et 63 123 en sont mortes. Aussi peut-on raisonnablement se poser la question : pourrait on diminuer l’incidence des cancers gynécologiques par une prévention primaire ?

Quelque 155 000 femmes en 2012 ont été concernées par un cancer. Le cancer du sein, avec 48 463 cas, arrive en tête, suivi par le du côlon (18 926), puis du poumon (11 284)  ces trois cancers représentent environ 45 % des décès par cancer chez la femme. Le cancer du corps de l’utérus (7 275) se situe en 4e place des survenues de cancer  le cancer de l’ovaire concerne 4 615 patientes et le cancer du col de l’utérus 3 028.

Malgré l’évolution des dépistages et des traitements, 63 123 femmes sont mortes d’un cancer en 2012. Aussi peut-on raisonnablement se poser la question : pourrait on diminuer l’incidence des cancers gynécologiques par une prévention primaire ?

Prévenir et dépister, est-ce pareil ?

Prévenir se situe avant le dépistage. Définitions du Larousse :

  • prévention : ensemble de moyens médicaux ou médico-sociaux mis en œuvre pour empêcher l’apparition, l’aggravation ou l’extension des maladies ou leurs conséquences à long terme 

  • dépistage : recherche et mise en évidence d’un cancer par un examen systématique (test) avant l’apparition des premiers signes fonctionnels ou cliniques.

Il existe souvent une confusion entre prévention et dépistage. Par exemple, la mammographie est un examen de dépistage, le plus souvent, d’un vrai cancer du sein  nombreuses sont les patientes qui, ayant une mammographie considérée comme normale, se sentent “tranquilles”, comme protégées jusqu’à la mammographie suivante, alors que la négativité de la mammographie signifie simplement qu’aucune tumeur n’est dépistable au jour de la mammographie.

Le frottis du col cervical est, lui, un examen le plus souvent de prévention. Il sert à dépister dans la plupart des cas des lésions précancéreuses, et le traitement éventuel de ces lésions permettra la prévention du cancer du col. Sa négativité est évidemment très rassurante mais ne prévient pas l’apparition de lésions, raison pour laquelle il doit être renouvelé tous les 3 ans.

La prévention implique une action possible. Dans sa définition, le terme “mis en œuvre” est important, car il sous-entend que nous pouvons tous être acteurs de cette prévention, le médecin par ses conseils et le patient en les mettant en application.

Existe-t-il réellement des moyens efficaces de prévenir les cancers gynécologiques ?

Un grand axe de prévention s’est dégagé ces dernières années, c’est celui de la nutrition (alimentation et activité physique).

Le surpoids et l’obésité sont des facteurs de risque bien documentés. Ils auraient causé 2 300 décès par cancer dans l’année 2000 en France. La nutrition est un équilibre entre les apports alimentaires et les dépenses liées à l’activité physique  c’est un facteur important pour prévenir certains cancers.

La nutrition est un facteur bien étudié depuis une quarantaine d’années. Le rapport du World Cancer Research Fund (WCRF) et de l’American Institute for Cancer Research (AICR) paru fin 2007 conclut à une augmentation de 31 % des cancers du sein, de 52 % des cancers de l’endomètre en cas de surpoids, d’une augmentation de 10 % des cancers du sein par verre de boisson alcoolisée quotidien.

Il n’y a pas d’aliment nettement identifié dans la prévention des cancers gynécologiques.

Une alimentation équilibrée riche en fruits et légumes permet de contrôler le poids et donc de diminuer les cancers du sein et de l’endomètre.

L’activité physique diminue les taux plasmatiques de certaines hormones, en particulier l’insuline  elle diminue aussi les taux d’œstrogènes et stimule l’immunité  elle diminue d’environ 20 % le risque de cancer du sein (calcul fait entre des populations de femmes actives et de femmes moins actives)  cet effet protecteur serait plus net en post-ménopause. L’activité physique diminuerait de 27 % le risque du cancer de l’endomètre. En ce qui concerne le risque de cancer de l’ovaire, il semble exister aussi une corrélation entre activité physique et risque, mais les données des études sont encore insuffisantes.

Marcher d’un bon pas, une heure par jour, suffit  il n’est pas nécessaire d’être sportif de haut niveau.

Le mode de vie est déterminant

Le cancer étant multifactoriel, il existe aussi des facteurs de risque environnementaux hors nutrition connus, sur lesquels le mode de vie peut influer.

Dans le risque de développer un cancer du col de l’utérus, le rôle du papillomavirus n’est plus à démontrer  la grande majorité des cancers du col de l’utérus sont liés à la présence persistante d’un virus de type Human Papilloma Virus  des facteurs interviennent pour expliquer la persistance des lésions et l’évolution vers un cancer. On estime qu’il faut environ 15 ans entre la contamination et la survenue d’un cancer si l’infection virale persiste.

Par exemple, le tabac triple le risque d’évolution vers un cancer. Le frottis cervical est donc une bonne méthode de prévention des cancers du col de l’utérus, en dépistant les patientes à risque qui présentent des lésions précancéreuses, en les surveillant et en les traitant en cas de lésion persistante  il est impératif de leur conseiller d’arrêter l’intoxication tabagique pour réduire les risques de persistance du virus et d’évolution vers le cancer.

La deuxième méthode de prévention consiste en l’administration d’un vaccin anti-papillomavirus. Ces vaccins protègent contre les virus 16 et 18 responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus  la surveillance par frottis reste indispensable car il n’est pas possible pour l’instant de savoir le pourcentage de protection du vaccin, et tous les cancers ne sont pas liés à ces types de virus. Pour l’instant, en France, le programme de vaccination concerne les jeunes filles entre 11 et 14 ans, mais les dernières recommandations OMS prévoient de vacciner les petites filles entre 9 et 13 ans.

Une politique plus répressive de l’intoxication tabagique chez les jeunes filles serait sans doute aussi une bonne méthode préventive.

En ce qui concerne le risque de cancer de l’ovaire, une publication récente dans The Lancet, basée sur une compilation de 52 études, implique le traitement hormonal de la ménopause  il augmenterait de 40 % le risque de cancer de l’ovaire, même en cas de traitement de moins de 5 ans  ce sur-risque disparaîtrait en quelques années à l’arrêt du traitement. Il est aussi connu que de limiter le nombre de cycles ovulatoires est protecteur, par exemple en suivant une contraception par pilule.

Un facteur génétique peu répandu mais inquiétant

Un cas particulier : les patientes porteuses d’une mutation génétique BRCA1 ou BRCA2. Seulement 5 % des cancers du sein et 10 % des cancers de l’ovaire sont liés à un facteur génétique  dans ce cas, la survenue de plusieurs cas dans la famille, et en particulier chez des femmes jeunes, peut conduire à une consultation onco-génétique et à la recherche de ces mutations  en cas de mutation, le risque de cancer avant 70 ans est de 40 à 85 % contre 10 % dans la population générale, et pour le risque de cancer de l’ovaire de 10 à 63 % contre 1 % dans la population générale. Chez ces patientes, une mastectomie (ablation des deux seins) et une ovariectomie (ablation des deux ovaires) peuvent être discutées vers l’âge de 40 ans. Il s’agit là d’une prévention très mutilante qui n’annule pas complètement le risque et doit être le résultat d’une décision médicale partagée.

Pour conclure, la prévention des cancers féminins passe par une hygiène de vie correcte associant une alimentation équilibrée, une activité physique régulière, l’absence d’intoxication tabagique. Cette prévention pleine de bon sens, toute simple, peu onéreuse, accessible à toutes, permet aussi la diminution d’autres cancers (intestin, poumon...) et aussi celle des maladies cardio-vasculaires.

Comme diminution du risque ne veut pas dire annulation du risque, le dépistage prend alors toute sa place.

Prévention et dépistage restent complémentaires pour diminuer le risque de mortalité liée aux cancers gynécologiques.

Article original de :
Dr Christelle Charvet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 86

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