L’immobilisation plâtrée et ses contraintes : 10 questions-réponses pour tout savoir

Consignes et conseils en cas d’immobilisation plâtrée.

En orthopédie-traumatologie, la contention de nombreuses lésions représente le traitement lui-même ou un adjuvant d’une autre méthode thérapeutique. L’immobilisation plâtrée demeure une méthode de traitement très largement utilisée à tous les âges. La mise en place de cette immobilisation moulée est un acte médical.

À la suite d’une fracture, d’une entorse ou encore d’une intervention chirurgicale, on vient de vous poser un “plâtre” qui va permettre de soigner votre blessure tout en soulageant vos douleurs. Ce terme “plâtre” est devenu générique pour parler d’immobilisation : si les bandes plâtrées traditionnelles au plâtre de Paris, inventées au milieu du XIXe siècle sont toujours utilisées, elles sont souvent actuellement des bandes en résine ou en matériaux synthétiques thermo-formables depuis les années 1970. Pour que ce plâtre soit pleinement efficace et sans dangers, il est impératif de suivre quelques règles d’utilisation et des consignes très simples, mais aussi de connaître les éventuelles complications qui réclament de consulter de toute urgence un médecin. De façon simple, toute douleur sous plâtre qui persiste ou réapparaît est anormale.

I. Les premiers jours, à cause de mon plâtre, pour quelles raisons devrais-je revoir d’urgence un médecin ou me diriger vers le service d’urgence de l’hôpital le plus proche ?

  • « J’ai l’impression que, sous le plâtre, le gonflement (appelé œdème) s’est intensifié et que le plâtre me serre trop. »

  • « J’ai l’impression que le plâtre me serre encore trop » : pourtant on a déjà desserré la bande autour de l’attelle plâtrée (appelée gouttière, qui n’entoure votre membre que sur une demi-circonférence).

  • « La douleur de mon membre sous le plâtre a augmenté, voire a repris. »

  • « Aucune position, même en surélevant en permanence le membre, ni aucun médicament contre la douleur ne calme la douleur que j’ai avec ce plâtre. »

  • « Mes doigts ou mes orteils sont de plus en plus gonflés, ils sont devenus violets ou sont décolorés tout blancs, et/ou sont froids voire glacés. » (Le plâtre trop serré entraîne une congestion veineuse).

Les orteils sont gonflés et/ou violets et/ou froids.

  • « Je sens dans mes doigts ou dans mes orteils, qui sont gonflés, des picotements, des fourmillements ou des brûlures. »

Les doigts sont gonflés et/ou fourmillent.

  • « Je ne sens pas bien mes doigts ou mes orteils quand on les touche. »

  • « Mes doigts ou mes orteils sont de plus en plus engourdis ; j’éprouve de plus en plus de difficultés à les bouger et cela me fait de plus en plus mal quand on me les bouge. »

  • « Ma peau est rouge ou à vif autour du plâtre. »

  • « Alors que je suis porteur d’un corset plâtré, j’ai le hoquet ou des nausées ou des vomissements. »

Toutes ces situations rapportées par un adulte ou un enfant sont anormales. Elles nécessitent impérativement et d’urgence de fendre, de desserrer, d’écarter, voire de remplacer le plâtre, en tout cas de consulter un médecin immédiatement. La règle d’or est d’enlever complètement le plâtre si le soulagement n’est pas immédiat pour un examen clinique complet, pour établir le diagnostic et traiter la complication.

Écartement d’un plâtre pour lever une compression.

En effet, l’oedème lié au traumatisme et la contention non extensible vous exposent au risque de compression des muscles et des nerfs appelé syndrome compartimental ou de compression sousplâtre : cela peut aboutir en quelques heures à l’ischémie définitive des muscles, c’est-à-dire à leur mort. Ce risque est plus élevé avec les immobilisations rigides en résine, qui permettent moins le gonflement que celles en plâtre.

II. On vient de me poser un plâtre. Quelles sont les précautions à prendre les premières 48-72 heures ?

Le gonflement (l’œdème) sous le plâtre, dû à votre blessure, peut entraîner au début une impression d’être “serré” dans le plâtre ou l’attelle qui ont été moulés sur votre membre. Il est très important d’aider à faire diminuer l’œdème pour réduire la douleur.

Afin d’éviter un effet de garrot, qui empêcherait le retour veineux du membre et augmenterait l’œdème, il est interdit de rouler la manche de votre chemise, de votre pull ou le bas de votre pantalon au-dessus du plâtre.

Si vous portez une attelle maintenue par une bande, vous pouvez la desserrer, mais sans quitter l’attelle.

Pour faire diminuer l’oedème :

  • Appliquez régulièrement de la glace placée dans un sac plastique sur toute la longueur du plâtre ou de l’attelle.

  • Surélever en permanence votre membre immobilisé.

Surélever le plâtre du membre supérieur et du membre inférieur.

Surélevez votre membre supérieur (votre bras, avant-bras et main) : quand vous êtes debout, maintenez-le par une écharpe de façon à ce que le poignet soit plus haut que le coude par rapport à l’horizontale. Quand vous êtes allongé, surélevez la main sur un coussin.

Surélevez votre membre inférieur (votre cuisse, jambe et pied) : le plus souvent possible, asseyez-vous en faisant reposer le talon sur une chaise afin que la cheville soit plus haute que le genou. La nuit, surélevez les pieds du lit de 10 cm.

À savoir

  • Dans les premières heures, votre plâtre va vous paraître lourd. Il va s’alléger rapidement en séchant.
  • Si vous portez une “botte de marche”, ne marchez pas dessus jusqu’à ce qu’elle soit complètement sèche et dure (soit environ 1 heure pour les immobilisations en résine et de 36 h à 48 h pour celles en plâtre).

III. Ensuite, comment dois-je surveiller régulièrement mon plâtre ?

Inspectez la peau aux extrémités du plâtre : vérifiez que la peau ne soit pas blessée par les bords du plâtre, qu’elle ne soit pas irritée, enflammée ou avec des phlyctènes (des bulles sur la peau remplies de sérosité transparente), voire coupée.

Inspectez le plâtre pour vous assurer qu’il reste propre : si des taches apparaissent à travers le plâtre s’accompagnant ou non d’odeurs nauséabondes, cela peut traduire une macération, une souffrance de la peau sous le plâtre (phlyctènes), voire l’apparition de pus – correspondant à une infection de plaies ou de la cicatrice chirurgicale ou d’escarres – sous le plâtre.

Inspectez l’état général du plâtre : s’il devient craquelé ou si des points mous se développent par endroit, ou s’il est cassé, il n’est plus efficace.

Plâtres avec des zones de craquelures et/ou de faiblesses

Si votre membre peut bouger facilement, descendre à l’intérieur du plâtre, sa fonction d’immobilisation n’est plus assurée, il n’est donc plus efficace. Le plâtre est devenu trop grand en raison de la diminution de l’oedème et de la fonte de vos muscles. Dans toutes ces situations, contactez impérativement et rapidement un médecin pour qu’il réalise un nouveau plâtre efficace.

IV. Quelles sont les précautions à prendre dans la vie quotidienne pour ne pas abîmer mon plâtre et lui conserver son efficacité ?

Le plâtre qui immobilise votre blessure pendant qu’elle guérit est fragile. Il faut en prendre soin grâce à quelques mesures de simple bon sens.

Ne le vernissez pas dans l’idée de le rendre étanche : cela empêcherait l’évaporation naturelle et provoquerait une macération sous le plâtre.

Évitez de le salir, évitez que du sable (à la plage) pénètre à l’intérieur. Ne tirez pas, ne coupez pas, ne retirez pas le rembourrage intérieur.

Ne cassez pas, ne coupez pas les bords du plâtre, ne raccourcissez pas le plâtre, qui va devenir inefficace ou entraîner des appuis intempestifs dangereux. Le plâtre doit rester au sec : il est très important de ne pas le mouiller ou l’humidifier car cela le fragilise et le rend inefficace. De même, le jersey (tissu placé entre la peau et le plâtre) doit rester bien sec. En aucun cas, ne passez votre plâtre sous l’eau (même s’il est en résine), au risque que l’humidité l’affaiblisse, détrempe le rembourrage intérieur et cause une irritation.

Vous pouvez prendre une douche à condition que le plâtre soit protégé de deux épaisseurs de sacs plastiques (fixés par un sparadrap qui devra assurer une parfaite étanchéité) ou par des protections spécialement conçues pour les plâtres, en vente dans les pharmacies. Même s’il est recouvert, ne placez pas le plâtre sous l’eau courante, un simple trou d’épingle dans la couverture plastique risquant de le détremper. Même bien protégé, maintenez toujours le membre plâtré éloigné de l’eau : utilisez un gant de toilette bien essoré, prenez une douche rapide sans diriger le jet vers le plâtre ou prenez un bain en maintenant le membre plâtré à l’extérieur de la baignoire. Pour les plus petits, on peut utiliser une lotion nettoyante sans rinçage ou des lingettes pour faire la toilette.

Si vous portez un corset, limitez la dilatation de l’estomac en fractionnant votre alimentation en cinq repas par jour, en supprimant les boissons gazeuses et les chewing-gums.

Ne conduisez pas un véhicule ou un deux-roues avec un plâtre ! C’est strictement interdit. En cas d’accident, votre responsabilité serait engagée sans couverture de votre assurance.

V. Le médecin m’a prescrit un traitement anticoagulant quotidien pour prévenir la phlébite sous plâtre (formation de caillots dans les veines du membre). Puis-je m’en passer ?

Non, dès la puberté, ce traitement est obligatoire quand vous portez un plâtre sur le membre inférieur – que vous marchiez en appuyant ou non sur votre plâtre – ou quand vous portez un corset plâtré pour une fracture du rachis.

Ne l’interrompez en aucun cas sans avis médical et respectez les consignes de surveillance, généralement par prises de sang, que le médecin vous a prescrites.

Si vous constatiez l’apparition d’un saignement du nez ou des gencives, consultez immédiatement un médecin, cela peut correspondre à un surdosage du traitement préventif. Cependant, malgré le traitement anticoagulant préventif, une phlébite peut apparaître : généralement, une douleur importante sous le plâtre survient ; cette douleur est exacerbée par la mise en extension des orteils. Cela nécessite de consulter d’urgence un médecin.

VI. Quand dois-je consulter le chirurgien orthopédiste pour la surveillance de mon traitement par plâtre ?

Suivez impérativement la continuité des rendez-vous de consultations qu’on vous a donnés dès la réalisation de votre plâtre.

La première consultation de suivi se déroule en général 48 heures après la confection du plâtre. La surveillance continue les semaines suivantes, le plus souvent 8, 21 et 45 jours après la pose du plâtre, puis tous les mois. À chaque fois, des radiographies du membre avec le plâtre sont effectuées pour contrôler le bon moulage du plâtre ainsi que l’évolution de votre fracture : le chirurgien contrôle sur ces radiographies l’absence de déplacement de la fracture et sa consolidation progressive.

VII. Pourquoi faut-il faire des exercices physiques du membre immobilisé par le plâtre ?

L’immobilisation par le plâtre entraîne, par non-usage des muscles, une perte de leur force, et par non-usage des articulations, leur enraidissement.

Des exercices quotidiens d’entretien des muscles sont nécessaires (surtout au membre inférieur) : plusieurs fois par heure, contractez volontairement vos muscles sous le plâtre et faites bouger les articulations du membre qui sont libres et notamment celles des doigts ou des orteils. Ces exercices vous aideront à conserver le plus possible une force musculaire normale et la mobilité de vos articulations. De plus, ces contractions musculaires réalisées favorisent la circulation veineuse.

Mouvements actifs des articulations libres.

VIII. La peau me démange sous le plâtre. Que faire ?

Cela peut arriver, surtout au début. Même s’il peut être difficile de résister, le mieux est de parvenir à ne pas se gratter, voire de se gratter ailleurs et d’attendre que cela passe.

N’essayez pas de vous gratter en introduisant une aiguille à tricoter sous le plâtre : la sensation de démangeaison ne fera qu’empirer et vous risqueriez d’abîmer votre peau sans vous en apercevoir, le port du plâtre diminuant la perception de la douleur au niveau de la peau : vous risquez de créer une plaie qu’on ne pourrait soigner qu’en ôtant le plâtre. De plus, l’objet utilisé pourrait se casser et se coincer entre le plâtre et la peau avec un risque d’infection de la peau (si c’était le cas contactez rapidement votre médecin pour retirer l’objet et re-confectionner le plâtre).

Si les démangeaisons sont trop intenses et que vous sentez que vous n’arriverez pas à résister, il vaut mieux trouver un objet sans danger pour se gratter (c’est-à-dire un objet suffisamment long pour ne pas se coincer sous le plâtre, souple mais solide – en plastique par exemple – et toujours propre).

Si les démangeaisons persistent et vous gênent vraiment, contactez votre médecin qui pourra prescrire un médicament de type antihistaminique agissant contre les démangeaisons.

De même, chez les enfants, le plâtre est une cachette risquée : en retirant les plâtres, on fait quelquefois des trouvailles : perles, billets de banque, pièces, petits éléments de jouets. En effet, les enfants oublient ou n’osent pas toujours dire qu’un objet est coincé sous leur plâtre, surtout s’ils l’ont introduit volontairement. Or tous ces objets peuvent générer des lésions de la peau, parfois graves, et il est donc important qu’un enfant informe immédiatement un adulte si cela arrive.

IX. Pourquoi ne dois-je pas retirer moi-même mon plâtre ?

Décider d’enlever un plâtre (ablation) est un acte médical qui engage la responsabilité du médecin. Seul ce dernier peut le retirer dès lors qu’il estime que l’entorse est suffisamment guérie, ou qu’après une fracture l’os est assez consolidé pour supporter les contraintes physiques de la vie quotidienne sans la protection du plâtre. En retirant vous-même votre plâtre, vous risqueriez de couper votre peau (avec les risques d’infection que cela entraîne).

Si l’ablation doit être réalisée par un médecin d’une autre région, le médecin qui a confectionné le plâtre aura pu vous remettre une fiche relative à sa technique (épaisseur, coton, jersey) pour faciliter son ablation sans blesser votre peau.

X. Comment s’effectue le retrait du plâtre, comment sera le membre une fois le plâtre enlevé et que devrais-je faire alors ?

Le plâtre est d’abord fendu grâce une scie vibrante, en fait une roue dentée qui oscille : même si cela est bruyant, cela ne fait pas mal et la roue ne peut pas couper la peau. Ensuite, on utilise une pince qui écarte les deux parties du plâtre coupé. Enfin, on coupe le jersey (tissu placé entre la peau et le plâtre) avec des ciseaux à bouts ronds et l’on retire l’ensemble du plâtre. On observe une couleur de peau changée, décolorée, une peau sèche, des mauvaises odeurs, une pousse des poils, une perte locale de la masse musculaire : tout cela peut impressionner, rassurez-vous, au bout de quelques jours, tout reviendra à la normale.

ENSUITE…

• Les enfants, la plupart du temps, n’ont pas besoin de faire de la rééducation : en reprenant la vie de tous les jours, en bougeant, en courant, le bras ou la jambe se remusclera tout seul.

• Les adultes, en revanche, auront besoin de faire de la rééducation pour récupérer la mobilité normale des articulations immobilisées et se remuscler, tout en respectant les consignes d’appui sur le membre qui auront été données (appui autorisé ou interdit en fonction de la guérison des blessures).

Article rédigé avec le concours du Dr Jean-Christophe Bel, chirurgien orthopédiste et traumatologue à l’Hôpital Édouard-Herriot de Lyon (HCL), membre de l’Académie nationale de chirurgie et de la Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique.

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