Le curcuma

Nombre d’études cliniques indiquent un grand potentiel thérapeutique dans le traitement de maladies. Les effets du Curcuma longa sont dus principalement à l'action anti-inflammatoire de la curcumine.

Le curcuma est une plante qui appartient à la famille des Gingembres (Zingiberacea). C'est une des épices les plus utilisées. De couleur orange, il sert de colorant alimentaire (il donne sa couleur – et son goût – au riz de la paëlla), mais il est traditionnellement utilisé en médecine ayurvédique depuis des millénaires, car il possède des propriétés antioxydantes, analgésiques, anti-inflamatoires et antiseptiques, tout en n'étant pas toxique.

On l’a donc empiriquement employé pour soigner un très grand nombre de maladies. Les effets du Curcuma longa sont dus principalement à la curcumine. C’est elle qui donne sa couleur au curcuma. La curcumine est le principal polyphénol que l'on peut extraire du rhizome de la plante. À côté de la curcumine, il existe d’autres composés semblables appelés curcuminoïdes. Ils constituent environ 5% de la composition totale du Curcuma longa. La curcumine est la curcuminoïde la plus abondande dans la plante (77% du poids total).

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Biodisponibilité et métabolisme

La curcumine que l'on mange est rapidement absorbée par les cellules de la paroi intestinale, qui la métabolisent en plusieurs dérivés, qui sont ensuite glucuronidés. La curcumine restante parvient au foie, où elle est transformée en métabolites, qui sont eux-mêmes rapidement glucuronidés. En somme, la curcumine devient soluble dans l’eau pour être éliminée via la bile ou l’urine.

Injectée dans les veines d'une souris, la curcumine s’accumule dans le foie, la rate, les poumons et le cerveau. Il semblerait donc que la curcumine possède une affinité particulière spécifique envers ces organes. Quand on donne de la curcumine à manger à une souris, 75% des métabolites sont retrouvés uniquement dans les selles mais pas dans l’urine.

Quand la curcumine est consommée en même temps que de la pipérine (un composé du poivre), cela ralentit sa métabolisation, et améliore la glucuronidation : de ce fait, la biodisponibilité de la curcumine s’élève. Cependant, celle-ci reste faible.

On a montré que les curcuminoïdes provoquaient la mort de certains parasites comme les nématodes. La curcumine a fait l’objet de toutes les attentions, principalement en raison de ses multiples activités biologiques, antioxydantes, anti-inflammatoires, antiarthritiques, antibactériennes, et de ses applications thérapeutiques potentielles dans un large éventail de maladies comme le cancer, les maladies neurodégénératives, les allergies et le diabète. On a montré qu’il n’y avait pas d’effets toxiques du curcuma administré oralement chez des patients porteurs de cancer du côlon.

Rôle de la curcumine sur la santé

Il est maintenant bien établi que nombre de maladies sont provoquées par une alimentation malsaine : nous sommes ce que nous mangeons car nous ne sommes pas séparés de la Nature. On sait que certains régimes alimentaires riches en antioxydants – comme le régime crétois, indien, népalais, sont excellents contre les maladies liées au stress oxydatif, comme le cancer, les maladies cardio-vasculaires, les troubles métaboliques, le vieillissement prématuré. Plusieurs des effets des régimes indiens et népalais sont en relation avec la curcumine et les curcuminoïdes.

Activité antioxydante et piégeuse de radicaux libres

Le mécanisme d'action le plus importants de la curcumine est d'empêcher la formation des radicaux libres. La curcumine améliore aussi l’activité des enzymes antioxydantes. Elle réduit la peroxydation lipidique et diminue les dégâts causés au foie. De plus, la curcumine accroît l’activité des enzymes qui aident à éliminer les xénobiotiques, à la fois dans le foie et dans le rein, protégeant ainsi des processus néoplasiques.

Tous ces effets combinés sont donc considérés comme protecteurs de la santé et jouent un rôle dans la radioprotection et la neuroprotection.

Activité anti-inflammatoire

L’inflammation joue un rôle important dans le développement des maladies chroniques. La curcumine est capable de diminuer l’inflammation en agissant sur plusieurs processus majeurs de l'inflammation, notamment celui qui implique la molécule NF-KB. La curcumine bloque aussi certaines enzymes inflammatoires (qui sont bloquées aussi par les AINS). La curcumine est donc capable d’améliorer différentes maladies chroniques :

  • Inflammations respiratoires : plusieurs études confirment le rôle important de la curcumine dans les affections respiratoires inflammatoires, notamment dans l’asthme allergique.

  • Inflammations articulaires : les radicaux libres jouent un rôle crucial dans la destruction articulaire. Ces molécules sont responsables de plusieurs mécanismes d'inflammation, comme celui du NF-KB. La curcumine anti-inflammatoire et antioxydante possède donc des propriétés antirhumatismales et antiarthritiques.

  • Inflammations digestives : les maladies inflammatoires de l’intestin sont caractérisées par un stress oxydatif important. Le NF-KB prend pleinement part à ces maladies. La curcumine est donc efficace pour freiner l’inflammation digestive. Dans la pancréatite chronique causée par l’alcool, la curcumine permet une amélioration. Elle agit aussi sur l’inflammation constatée lors du cancer du pancréas. Enfin, la curcumine exerce une action anti-inflammatoire dans la muqueuse gastrique infectée par la bactérie Helicobacter pylori.

Helicobacter pylori. Illustration : Persomed/J. Dasic
Helicobacter pylori. Illustration : Persomed/J. Dasic

  • Inflammations neurologiques : la curcumine diminue les dégâts du stress oxydatif et de l’inflammation dans le cerveau ; elle est au minimum neuroprotectrice. Des chercheurs ont pu montrer la capacité de la curcumine à agir comme neuroprotecteur, grâce à ses propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et antiagrégantes. Sa capacité à diminuer les inflammations du système nerveux (qui jouent un rôle dans la progression des maladies neurodégénératives) est maintenant bien établie. Plusieurs études effectuées chez les rongeurs ont prouvé l'effet protecteur de la curcumine, spécialement dans les modèles de maladie d'Alzheimer et de Parkinson.

  • Inflammations pulmonaires : les maladies les plus étudiées sont la fibrose pulmonaire, la bronchite, l’allergie et l’asthme. La curcumine diminue l’accumulation des cellules inflammatoires, diminue la surproduction des cytokines impliquées dans l'inflammation, et améliore l’efficacité des systèmes qui permettent de capturer les radicaux libres oxygénés.

  • Syndrome métabolique et pathologies cardiovasculaires : L’inflammation intervient dans les processus liés au syndrome métabolique et aux maladies cardiovasculaire que ce syndrome entraine. On comprend donc aisément que la curcumine soit efficace, puisqu'elle freine l'inflammation.

  • Protection du foie : les effets bénéfiques de la curcumine dans les maladies du foie sont dus à son activité anti-inflammatoire, antioxydante, et antifibrosique. La curcumine diminue les lésions hépatiques provoquées par le fer en diminuant la peroxydation lipidique, accroît l’activité des enzymes chargées d'éliminer les xénobiotiques, et les capacités anti-oxydantes du foie . Quelques études montrent que la curcumine diminue la stéatose hépatique non alcoolique, fortement liée au surpoids et à une mauvaise hygiène alimentaire.

  • Effet antitumoral : les radicaux libres oxygénés et l’inflammation sont reliés au processus cancéreux. Des études épidémiologiques ont déterminé que l’inflammation était un des plus importants facteurs de risque associés à la carcinogenèse. Pour cette raison, la curcumine, en tant qu’antioxydant et parce qu'elle piège les radicaux libres, montre certaines propriétés anticancéreuses. On a trouvé plus récemment que la curcumine affectait toute une série mécanismes impliquées dans la mutagenèse, l’expression des oncogènes, la régulation du cycle cellulaire, l’apoptose, l’angiogenèse et dans les métastases. Plusieurs études ont montré que la curcumine a une influence sur de multiples mécanismes qui permettent aux cellules de communiquer entre elles, impliquées dans le développment des cancers. La curcumine peut également réguler différentes voies en relation avec l’angiogenèse, l’invasion, la croissance des tumeurs et les métastases, et peut promouvoir l’apoptose, ce qui entraîne un arrêt du cycle cellulaire. La curcumine peut provoquer le déclenchement d’effets qui favorisent l'oxydation dans les cellules cancéreuses uniquement. Toutes les études montrent que la curcumine provoque un fort accroissement de radicaux libres oxygénés à l'intérieur de la cellule. On peut donc en conclure que la curcumine protège les cellules normales du stress oxydatif et agresse au contraire les cellules cancéreuses.

L’avenir...

Nombre d’études indiquent un grand potentiel thérapeutique de la curcumine, mais son utilisation thérapeutique est limitée par sa faible biodisponibilité. Même en prenant de fortes doses de curcumine, les taux de curcumine (et ceux de ses dérivés fabriqués par l'organisme), sont extrêmement faibles, au but d'une courte durée. Tout cela pose question : comment la curcumine est-elle capable de manifester de remarquables effets biologiques avec une si faible biodisponibilité ? Comment la curcumine exerce-t-elle son activité antioxydante ?

Le curcuma, malgré ses mystères, semble très prometteur. Mais il est évident que ce n’est pas que la curcumine, à elle seule, qui détermine tous les effets du curcuma.

En attendant, utilisez le curcuma entier dans toute votre cuisine !

Basé sur l'article de :
Dr Philippe Fiévet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 91

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