Faut-il avoir peur des hormones ?

En médecine, qui n’est absolument pas une science exacte, l’utilisation d’hormones peut être indiquée en fonction de l’étude d’une balance bénéfice-risque individuelle faite par le médecin pour protéger le patient.

La crainte des médicaments est entrée dans notre société, amplifiée par les différentes affaires médiatisées des dernières années (Médiator®, Vioxx®, sang contaminé…) et la parution du Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux des professeurs Philippe Even et Bernard Debré. Les traitements hormonaux n’ont pas échappé à ces suspicions. Rappelons le débat sur l’hormone de croissance, sur les traitements hormonaux substitutifs de la ménopause et, plus récemment, publications sur la pilule contraceptive et ses dangers.

En médecine, qui n’est absolument pas une science exacte, l’utilisation d’hormones peut être indiquée en fonction de l’étude d’une balance bénéfice-risque individuelle faite par le médecin pour protéger le patient.

Qu’est-ce qu’une hormone ?

C’est une molécule messagère produite par le système endocrinien, glande ou tissu, en réponse à une stimulation et capable d’agir à très faible dose. Elle est sécrétée dans le sang circulant et se fixe sur des récepteurs à hormones ; elle transmet alors un message à ces cellules cibles qui vont modifier le métabolisme, c’està-dire le fonctionnement, de cette cellule. Elle a des fonctions de communication, d’information. Elle est régulée par des systèmes de rétrocontrôle positif ou négatif.

Citons la cortisone, la testostérone, la progestérone, les œstrogènes, la thyroxine, l’hormone de croissance…

Pourquoi prescrit-on des hormones ?

Peut-être prenez-vous un traitement hormonal sans l’avoir identifié ; l’appellation traitement hormonal est souvent associée à l’indication du traitement substitutif de la ménopause ; pourtant, le traitement hormonal est prescrit dans de nombreuses circonstances :

  • Pour remplacer des hormones non produites par le corps depuis la naissance. Citons l’hormone de croissance, insuffisamment produite par certains enfants, l’insuffisance surrénale par hyperplasie congénitale des surrénales.

  • Pour remplacer des hormones dont la production s’arrête physiologiquement. Par exemple, les traitements hormonaux de la ménopause lorsque les ovaires s’arrêtent physiologiquement de fonctionner, l’insulinothérapie chez les patients diabétiques.

  • Pour remplacer des hormones après ablation d’un organe producteur : hormones thyroïdiennes après thyroïdectomie ; hormones sexuelles après ovariectomie.

  • Pour empêcher la production d’hormones naturelles : pilule contraceptive.

Les traitements hormonaux sont-ils dangereux ?

Tout dépend de leur indication et du mode de fabrication des hormones.

Voici quelques exemples pour illustrer les nombreuses utilisations des traitements hormonaux.

  • Un traitement hormonal qui a été dangereux et ne l’est plus: l’hormone de croissance.

L’hormone de croissance, ou somatotropine, est sécrétée par l’hypophyse, glande située dans la base du cou. Lorsque l’hormone de croissance physiologique est déficiente chez certains enfants, leur croissance est ralentie ; un traitement à base de cette même hormone peut être alors prescrit lorsque le déficit est prouvé.

Petit rappel historique. En 1974, l’hormone de croissance ne peut être synthétisée ; elle est prélevée sur des hypophyses de cadavre, réduite en poudre puis injectée aux enfants. En 1980, le Pr Luc Montagnier, virologue, émet des réserves sur la collecte des hypophyses. A l’époque, la maladie de Creutzfelt-Jakob est inconnue ; elle résulte d’une infection par des prions, fragments anormaux de protéines, qui vont infecter certains enfants, entraînant une encéphalite (inflammation du cerveau) et le décès d’au moins 120 d’entre eux. La période à haut risque de contamination va de février 1984 à juin ù1985. En avril 1985, à la suite du décès d’un Américain, le lien entre la maladie de Creutzfeld-Jakob et l’injection d’hormone de croissance est établi. La première plainte est déposée en 1991 en France. Les procès sont encore en cours…

Depuis 1985, l’hormone est synthétisée et parfaitement sécurisée. Ses indications sont les déficits d’hormone de croissance prouvés engendrant une petite taille, le syndrome de Turner (absence du 2e chromosome X chez des filles, avec retard de croissance), le syndrome de PraderWilli (chromosome 15 d’origine paternelle anormal), l’insuffisance rénale chronique infantile.

  • Un traitement hormonal qui sauve des vies, avec peu de risques: l’insulinothérapie.

L’insuline est une hormone majeure, qui permet la pénétration et la régulation du glucose dans chaque cellule ; elle est fabriquée par les cellules bêta des îlots de Langerhans du pancréas. Elle tend à faire baisser la glycémie.

Chez un patient non diabétique, l’insuline est sécrétée en petite quantité 24 heures sur 24 ; il s’agit d’une sécrétion basale suffisant à couvrir les besoins. Au moment d’un repas et de l’ingestion de glucides, la glycémie s’élève et la production d’insuline augmente. Lorsque ce phénomène ne se produit pas, le patient est dit «diabétique».

Dans le diabète insulino-dépendant, l’apport d’insuline est la seule façon de sauver le patient. La découverte de l’insuline date de 1921 et marquera le début de l’insulinothérapie. Celle-ci peut être délivrée sous forme d’insuline d’action rapide, lente, retard ou en mélange.

Les seuls risques sont des erreurs de dosage, qui peuvent conduire à des états d’hypo- ou d’hyperglycémie dangereux. Aussi, les patients diabétiques reçoivent une éducation stricte qui leur apprend à doser leur insuline en fonction de leur taux de glycémie ; cette éducation est relayée par les infirmières, les médecins, les pharmaciens.

  • Un traitement hormonal de confort, dont les risques sont connus: le traitement hormonal substitutif de la ménopause.

La ménopause est physiologique: les ovaires fabriquent des ovocytes, depuis la puberté jusqu’à la ménopause. Lorsque les sécrétions d’œstrogènes et de progestérone produites par les ovaires s’arrêtent, des symptômes dits « climatériques » apparaissent: bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, baisse de la libido, douleurs articulaires, plus ou moins tolérables en fonction des patientes, de leur activité professionnelle, sociale, sexuelle.

Il est étonnant de s’apercevoir que ces traitements ont été prescrits dans les années 1960 sans suivi, sans études et que les premières études alarmantes publiées datent des années 2000…

En 2002, l’étude WHI (Women’s Health Initiative), qui concernait 17000 femmes américaines traitées par un traitement hormonal « à l’américaine », a dû être stoppée en raison de l’augmentation des accidents vasculaires et des cancers du sein dans le groupe traité.

En 2012, les grands essais cliniques ayant conduit au déclin du traitement hormonal substitutif ont été revus ; des biais méthodologiques ont été trouvés ; certaines études remettent en cause le surrisque du cancer du sein, mais qui croire ?

Actuellement, le traitement hormonal substitutif est prescrit aux patientes qui le demandent et qui ont des symptômes climatériques majeurs ; il doit être prescrit si possible précocement après la ménopause (dans les 2 ans) pour minorer les risques vasculaires, et des tentatives d’arrêt doivent être faites après 5 ans pour vérifier que le traitement est toujours nécessaire.

Le bon sens consiste à penser que certaines femmes ont réellement besoin d’hormones sexuelles et que nous pouvons faire courir à ces patientes un surrisque modéré, pour améliorer leur qualité de vie. Nous utilisons bien, tous les jours, la voiture pour nous déplacer, avec un risque d’accident de la route rien moins que négligeable !

  • Un traitement hormonal qui bloque des hormones naturelles.

La pilule œstroprogestative est née en 1968 ; elle bloque le système hypothalamo-hypophyso-ovarien, assurant une contraception fiable, et apporte des hormones pour le confort en remplacement des hormones qui ne sont plus produites ; les pilules contraceptives comportent pour la plupart des œstrogènes synthétiques (éthynil estradiol) et des progestatifs ; ces pilules ont été modifiées au cours des années et ont évolué entre la première génération (Stediril®) et la 4e génération (pilules à la drospirénone : Jasminelle®, Jasmine® et génériques). Ces différentes pilules ont permis d’adapter la pilule aux besoins de la patiente, de gagner en confort (diminution du flux des règles, des douleurs de règles, amélioration de la qualité de la peau). Malheureusement, les nouvelles pilules se révèlent plus dangereuses sur le plan vasculaire: risque veineux (phlébite, embolie pulmonaire) et artériel (accidents vasculaires cérébraux, infarctus du myocarde), ce dernier risque étant majoré par l’intoxication tabagique, très fréquent chez les femmes traitées.

Nous assistons actuellement, depuis le communiqué de l’ANSM, à un recul des prescriptions de pilules ; pourtant, la grossesse est beaucoup plus à risque de complications vasculaires que la pilule, que la grossesse soit poursuivie ou interrompue. L’interruption volontaire de grossesse peut entraîner aussi d’autres complications (infections, perforations utérines, adhérences utérines, problèmes psychologiques).

La pilule œstroprogestative est un traitement recommandé en cas de souhait de contraception ; ce n’est pas un traitement de confort pour régulariser les cycles ou choisir le moment de survenue des règles. L’arrêt de l’intoxication tabagique est une condition sine qua non pour poursuivre une contraception longue par pilule œstroprogestative.

  • un traitement hormonal qui a paru prometteur, n’est pas conseillé en France, mais continue à être recherché: la DHEA.

Il s’agit d’une hormone stéroïde, la déhydroépiandrostérone, produite par les glandes surrénales. C’est un précurseur des hormones sexuelles masculines (testostérone) et féminines (estradiol). Elle décroît dès l’âge de 30 ans. Elle a été considérée comme une hormone anti-vieillissement prometteuse dans les années 1995-2000, et très étudiée par le Pr Baulieu en particulier ; cette hormone semble augmenter les cancers hormono-dépendants et les risques cardiovasculaires. Aussi, en 2001, l’AFFSAPS a émis un avis défavorable sur la prescription.

Le Pr Baulieu continue à défendre son point de vue, en précisant que si un(e) patient(e) a un dosage de DHEA bas, il n’est pas dangereux de la lui prescrire.

La DHEA fait actuellement l’objet d’un marché parallèle avec achat de l’hormone sur internet ou à l’étranger, ce qui est très inquiétant pour la sécurité des patients.

Pour résumer

Les hormones sont des molécules fondamentales de notre organisme ; leur dysfonctionnement entraîne des perturbations majeures du métabolisme : les symptômes sont mineurs pour certaines hormones non vitales, ou majeurs – voire létaux – si l’hormone n’est pas rapidement remplacée.

Les traitements hormonaux marquent un progrès fantastique du XXe siècle. La sécurité de fabrication s’est renforcée mais, comme pour tout médicament, les indications doivent être respectées, les posologies suivies et les contrôles effectués pour la sécurité du patient. Et n’oublions pas qu’il existe aussi une possibilité de produire nousmêmes des hormones bénéfiques pour la santé: en avril 2008, une étude a été présentée à l’American Physiological Society, qui montre que l’anticipation du rire et le rire réduisent les hormones du stress. A produire sans modération…

Article original de :
Dr Christelle Charvet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 82

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