La BPCO : prévention et dépistage

Réunion préventive de la MTRL autour de la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO)

La dernière édition de la réunion préventive organisée par la mutuelle MTRL avait pour thème la BPCO, autrement dit la broncho-pneumopathie chronique obstructive, une appellation un peu obscure qui regroupe un groupe de maladies chroniques systémiques, d'origine respiratoire, qui atteignent les bronches et touchent un très grand nombre de patients, plus particulièrement les grands fumeurs. Une maladie souvent silencieuse qui nécessiterait un dépistage systématique pour les personnes à risques, ce qui n'est actuellement pas le cas. Etat des lieux.

La terminologie peut apparaître un peu obscure, reconnaît le docteur Patrick Leger, coordinateur du réseau SPIRO (lire encadré), spécialiste de la question. Elle recouvre cependant une réalité bien concrète à laquelle est confrontée nombre de praticiens. Objet de la dernière réunion trimestrielle organisée par la mutuelle MTRL  : la BPCO, entendez broncho-pneumopathie chronique obstructive, appelée également MPOC, pour maladie pulmonaire obstructive chronique, dans certains pays. Elle est caractérisée par une obstruction lente et progressive des voies aériennes et des poumons, associée à une distension permanente des alvéoles pulmonaires avec destruction de leurs parois. Il s'agit principalement de la bronchite chronique et de l'emphysème, mais pas seulement, explique le docteur Patrick Leger. Car la pathologie ne concerne pas que les poumons, elle peut avoir des répercussions sur le cœur, le cerveau, les os et les muscles.

Le phénomène inflammatoire chronique des poumons entraîne les dysfonctionnements constatés au niveau musculaire. Chez le patient atteint, les répercussions peuvent donc être multiples et difficilement décelables du fait de la lenteur de l'évolution. Le diagnostic précis est basé sur les valeurs d'une épreuve fonctionnelle qui quantifie l'obstruction à l'expiration. Il nécessite un appareillage peu coûteux, mais Patrick Leger estime que « les généralistes en sont encore sous-équipés et ne pratiquent pas le dépistage systématique des patients à risques, alors que la pratique devrait être aussi systématique que la prise de tension ». Pour le coordinateur du réseau SPIRO, il faudrait généraliser une formation spécifique des médecins généralistes pour le diagnostic de cette pathologie afin qu'ils puissent déceler les premiers signes de l'atteinte pulmonaire.

TROIS À QUATRE MILLIONS DE PERSONNES CONCERNÉES

La broncho-pneumopathie chronique obstructive atteint les adultes de plus de 40 ans et sa fréquence augmente avec l'âge. La BPCO est la cinquième cause de mortalité dans le monde, après l'infarctus, les accidents vasculaires cérébraux, les [infections respiratoires communautaires] et la tuberculose. Elle augmente sensiblement chez les femmes du fait de l'accroissement du tabagisme, et selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), cette affection pourrait être en 2020, la troisième cause de mortalité par maladie dans le monde. Elle est d'autant plus difficile à déceler « que le malade s'adapte lui-même à cette pathologie en régulant son activité physique, et notamment ses efforts en fonction de ses capacités respira-toires », explique le docteur Leger.

En France, la BPCO concerne trois à quatre millions de personnes, soit 6 à 8 % de la population adulte. Les traitements pour soigner la maladie sont relativement lourds, et surtout compliqués à administrer. Il s'agit le plus souvent de bronchodilatateur, voir d'antibiotiquespour traiter une surinfection. La reprise d'une activité physique régulière est aussi déterminante dans le traitement et dans l'éducation thérapeutique. « Il convient d'intégrer le patient dans les décisions à prendre pour mieux vivre avec cette maladie chro-nique », estime le docteur Leger. Une maladie qui implique également une approche pluridisciplinaire avec l'implication de certains praticiens paramédicaux, infirmiers ou kinésithérapeutes, mais aussi les centres d'addictologie.

RÉSEAU SANTÉ ET MALADIES CHRONIQUE


EXEMPLE DU RÉSEAU SPIRO
En France, plus de 15 millions de personnes souffrent d'une maladie chronique, et plus de 9 millions d'une affection longue durée. La prise en charge de ces affections nécessite l'intervention de divers professionnels, médecins et paramédicaux, et une participation active du patient. C'est seulement cette approche qui permet de limiter les coûts de santé et de permettre au patient d'éviter les hospitalisations et de maintenir une meilleure qualité de vie. La coordination des différents professionnels au sein d'un parcours de soins, qui prend en compte les aspirations du malade, devient essentielle. Se fait ainsi jour la notion nouvelle de prévention de l'aggravation de la maladie chronique.
L'exemple de l'activité du réseau SPIRO, prenant en charge des maladies pulmonaires chroniques ( essentiellement des BPCO : 3 millions de personnes concernées en France), permet d'illustrer cette approche pluridisciplinaire et l'aide à la mise en œuvre de la réhabilitation respiratoire et de ses diverses omposantes : réentraînement physique, éducation thérapeutique, aide à l'arrêt du tabac, prise en compte de la composante psychosociale et suivi nutritionnel.
Actuellement, le réseau dénombre 300 patients - 70 nouveaux par an -, il concerne le département du Rhône et implique les HCL, les hôpitaux de Villefranche-sur-Saône et Tarare et la CPAM. Son financement est essentiellement assuré par l'Agence Régionale de Santé.

LE TABAC, ENNEMI NUMÉRO UN

Le tabagisme est la principale cause de la broncho-pneumopathie chronique obstructive dont il est responsable à 80 %. Le tabagisme passif est également concerné et augmente les risques de développer cette maladie. Un asthme chronique peut également évoluer vers cette maladie, et la pollution atmosphérique joue aussi un rôle certain.

Une fois décelée, la maladie nécessite la prise en charge d'une gestion au long cours : arrêt du tabagisme, programme d'éducation thérapeutique, réentraînement à l'effort par les activités physiques adaptées en vue de renforcer la résistance à l'effort, accompagnement psychologique...
Pour le docteur Michel Nasr, cette maladie est actuellement très sous-estimée, d'autant plus que le patient adapte son activité à son handicap. Son dépistage devrait être banalisé au même titre que la prise de tension. L'arrêt du tabac stoppe immédiatement la dégradation de l'état du patient. Reste que sa mise en place n'est jamais facile. Un avis que partage le docteur Leger : « Le tabac n'est pas seulement une question de volonté, de très nombreux paramètres rentrent en ligne de compte et de nombreuses erreurs et idées reçues sont ancrées dans les esprits. Ainsi, les substituts nicotiniques sont effectivement efficaces dans la lutte contre la dépendance. Ils seraient incompatibles avec l'usage de la cigarette, ce qui est faux, mieux vaut les associer avec elle s'ils permettent au moins dans un premier temps de diminuer la consommation ». Un argument que reprend à son compte le docteur Masson. « Usage du tabac et patch feraient-ils courir un risque accru d'infarctus ? Pas forcément », répond-t-il.

DE L'USAGE ET DE L'INTÉRÊT DE LA CIGARETTE ÉLECTRONIQUE

Cette rencontre intervenait au moment où les pouvoirs publics interdisaient l'usage de la cigarette électronique dans les lieux publics et lançaient une étude sur son utilité ou ses dangers. Pour le docteur Dureau, ce nouvel instrument a de fait aidé nombre de patients dans leur démarche de sevrage tabagique. « Un sevrage toujours compliqué, explique le docteur Nasr, c'est une démarche personnelle dans laquelle tout est bon à prendre et les réactions vis-à-vis de la cigarette électronique vont fluctuer en fonction de chaque patient ». « D'autant qu'on assiste à des phénomènes de mode dans ce domaine comme dans d'autres. Aujourd'hui, c'est la cigarette électronique, hier, c'était l'acupuncture », constate le docteur Masson. Pour le docteur Dureau, « difficile de donner des consignes avec des éléments vraiment objectifs. Longtemps, le Zyban® a été considéré comme efficace pour le sevrage tabagique, mais des risques réels ont été constatés comme les risques épileptiques. Mais, là aussi, cela dépend du patient ».

Et le docteur Christelle Charvet de faire le lien « avec les régimes alimentaires », tandis que Michel Nasr pose une note d'optimisme : « Il faut savoir que la dépendance à la nicotine répond à une activation des récepteurs, l'envie est brutale mais courte, pas plus de deux minutes, il convient donc de trouver un substitut à la cigarette pour parvenir à l'abstinence ». Pour Jean-Luc Lazarus, les mutuelles en matière de prévention et de soins, dans la lutte et la prévention de la BPCO, peuvent jouer un rôle important surtout en matière d'information. Elles pourraient également prendre en charge un certain nombre de mesures dans le domaine de la nutrition, avec pourquoi pas, le recours à des professionnels, mais aussi l'incitation des médecins généralistes dans l'équipement de spiromètres, cet outillage qui permet de détecter la BPCO. En guise de conclusion, le docteur Pascal Dureau estime « que l'important serait aussi de suivre l'évolution de cette maladie dans le temps et d'en tirer les conclusions ».

Frank Schmitt

Les participants :

Docteur Christelle Charvet
Docteur Patrick Leger
Docteur Michel Nasr
Docteur Jean-Louis Masson
Docteur Pascal Dureau
Romain Migliorini, président MTRL
Frédérique Ersonmez-Bardier
Jean-Luc Lazarus

Haut de page