Infertilité, procréation assistée et prévention (2e partie)

La procédure de procréation assistée en France détaillée sur ses aspects juridiques et médicaux. Le traitement de l’infertilité en général doit passer par de la prévention santé et un accompagnement psychologique des couples infertiles.

Contrairement à un avis fort répandu, il n’est pas toujours facile de concevoir un enfant. En France et en Europe, un couple sur six consulte chaque année pour infertilité, et, parmi eux, un sur dix suivra des traitements pour devenir parent

Ce qu’autorise la loi française en matière de reproduction médicalement assistée

La révision en cours de la loi de bioéthique ne devrait, après trois années de débats, que très marginalement modifier les conditions d’accès à la procréation médicalement assistée (PMA).

La PMA est autorisée dans deux cas : lorsqu’il existe une infertilité pathologique médicalement diagnostiquée ou un risque de transmettre une maladie d’une particulière gravité à l’enfant ou à l’un des membres du couple.

La PMA est réservée aux couples composés d’un homme et d’une femme vivants, en âge de procréer et consentant préalablement au transfert d’embryons ou à l’insémination.

Elle est prise en charge par la Sécurité sociale dans la limite d’âge de 43 ans pour les femmes. En pratique, les équipes médicales ne prennent pas en charge les couples dont l’homme a dépassé 60 ans et sont réticentes pour les femmes à partir de 38 ans.

Les deux principes sur lesquels repose le don sont la gratuité et l’anonymat, qui visent à garantir son caractère altruiste et désintéressé en évitant tout paiement au donneur par le couple bénéficiaire, et à protéger le couple d’une immixtion d’un tiers dans leur vie familiale.

En France il y avait, fin 2008, 450 donneuses et 4 000 couples en attente d’un don d’ovocytes, et deux à cinq ans d’attente pour bénéficier d’un don. De ce fait, quelque 2 000 femmes se sont inscrites pour un don en Espagne, en Grèce, et en République tchèque, où les délais d’attente sont de quelques semaines et où les donneuses sont dédommagées.

L’infertilité reste un tabou1

Malgré une prise en charge médicale importante en France, l’infertilité reste cependant méconnue et représente un tabou. Certains couples n’osent pas aborder ce problème avec leur famille et leurs amis. Progressivement, ils sont amenés à s’isoler socialement et ce d’autant plus si des enfants sont présents dans l’entourage.

Au niveau professionnel, l’infertilité peut aussi avoir un impact important. Notamment en raison des examens et traitements qui obligent les femmes à s’absenter assez régulièrement. Il existe plusieurs types de traitements médicaux de l’infertilité mais, en règle générale, ils supposent tous une stimulation hormonale de la femme. La stimulation doit être suivie régulièrement par échographie et dosages sanguins, d’où la multiplication des rendez-vous médicaux.

Par ailleurs, l’interdit le plus important règne autour du don de gamètes : le couple ayant recours à un don de sperme ou d’ovocytes a les plus grandes difficultés à sortir de ce tabou, et s’engage bien souvent sur la voie du secret.

Rechercher un soutien psychologique

Alors que beaucoup de couples souhaiteraient recevoir une aide psychologique, peu font la démarche spontanément. Il semble que dans certains cas, l’infertilité pourrait résulter d’un blocage inconscient de la fonction reproductrice lié à l’histoire de la personne dans l’esprit du patient. Cela se traduit par une culpabilité plus ou moins latente. Dès lors, consulter un psychologue rendrait crédible cette hypothèse.

L’infertilité et ses traitements médicaux sont mal connus, mal compris et sont donc sujets à stéréotypes et préjugés. Certains sont exprimés par les proches – « c’est dans la tête, tu y penses trop » ou « on peut vivre sans enfants ». Ces mots renforcent le sentiment d’incompréhension et de culpabilité ainsi que le désir d’isolement.

Les traitements contre l’infertilité, perçus comme non naturels, attirent la méfiance et parfois la réprobation : « Est-ce que ces enfants seront normaux ? » Parfois, des jugements stigmatisants sont prononcés via les médias par des personnes ayant autorité : les couples infertiles veulent «un enfant sur mesure, parfait», «un enfant à tout prix », « un enfant tout de suite ».

Le plus souvent, une psychothérapie de soutien permet aux couples ou aux individus d’exprimer leur vécu et évitera la dépression.

Prévenir l’infertilité

Les enjeux de natalité pour un pays, ainsi que ceux de santé publique, appellent une politique de prévention pour aider :

  • la population à conserver une bonne santé procréative,

  • les personnes infertiles à exprimer leur autonomie en réalisant leur choix de reproduction.

La première des préventions consiste à se protéger des maladies sexuellement transmissibles. Vaccinations si elles existent, et respect des règles de protection en cas de rapports sexuels sont déterminants. Une prévention secondaire consisterait à :

  • dépister les maladies,

  • soigner, informer et soutenir les patientes infertiles : ménopausées précocement, nées sans utérus, atteintes d’une endométriose, ou victimes de fausses couches à répétition, de malformations de l’utérus…

Enfin, une sensibilisation générale des politiques, élus, administration, entreprises, aux enjeux que représente pour un pays la capacité pour des jeunes gens à se projeter comme parents et se sentir soutenus dans leurs projets sans attendre que les années qui passent mettent à mal leur souhait de constituer une famille.

Création de crèches sur les lieux d’études, congés parentaux allongés partagés et rémunérés entre le père et la mère, solutions de garde facilitées et adaptées, moyens pour l’enseignement scolaire suffisants… constituent des pistes de réflexion pour accueillir au mieux ces nouvelles générations et leur permettre de constituer un foyer sans plus tarder.

Enfin, des programmes d’éducation en santé de la reproduction permettant d’aborder les questions de la fertilité et adaptés, tant par leurs contenus que leur pédagogie aux attentes des populations ciblées, sensibiliseraient le grand public – parents, enfants, cercle d’amis… – à ces questions tant d’un point de vue médical qu’éthique.

Rappelez-vous Anaïs, notre trentenaire du début, qui souhaitait une fois les principales étapes de sa vie établies élargir la famille qu’elle constituait avec son compagnon. Après un parcours de sept années de combat contre l’infertilité, Anaïs et son compagnon sont devenus parents de deux jumeaux et d’un petit troisième. Cette histoire se termine heureusement après bien des émotions intenses et parfois difficiles à vivre, de la détresse, une solitude importante. 

CHIFFRES CLÉS EN 2008 EN FRANCE

  • 48 898 inséminations artificielles 

  • 65 948 cycles de fécondation in vitro 

  • 8,4 % des inséminations artificielles sont réalisées avec les spermatozoïdes d’un donneur 

  • 3 % des fécondations in vitro sont réalisées avec des gamètes issus d’un don d’ovocytes 

  • 20 000 enfants sont nés de l’Assistance médicale à la procréation. (soit 2,4 % des enfants nés en France) 

  • 1 200 ont été conçus avec un don de gamètes 

  • le coût moyen d’une FIV est d’environ 4 500.

Source : agence de biomédecine

A QUI S’ADRESSER ?

Trouver les centres d’assistance médicale à la procréation (AMP) sur www.agence-biomedecine.fr


  1. « Infertilité : quand le désir de vie devient le désir de mort », 10es Journées nationales pour la prévention organisées par l’Union nationale pour la prévention du suicide, 2-4 février 2006, Paris. 

Article original de :
Mme Isabelle Sussman Chandler

Paru dans Mutuelle & Santé n° 71

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