Rhumatismes, arthroses et douleurs articulaires : les apports de l’alimentation et de la nutrithérapie

L'arthrose et ses facteurs de risque. Ceux sur lesquels il est possible d'agir, notamment en corrigeant son alimentation.

Les douleurs articulaires concerneraient, en 2010, environ 10 millions de Français. Si l’âge est un facteur important puisque 60% des hommes et 70% des femmes sont touchés à partir de 65 ans, l’arthrose peut commencer de façon sournoise dès la quarantaine en cas de traumatismes, surpoids ou mauvaise hygiène de vie.

Lorsque l’arthrose est débutante, votre médecin vous prescrira des antalgiques comme le paracétamol, médicament le plus prescrit en France. Si cela n’est pas efficace, on vous recommandera alors des antiinflammatoires comme l’ibuprofène. Bien souvent, ces molécules vous soulageront dans un premier temps, mais les doses efficaces seront de plus en plus fortes et pourront induire des effets secondaires tels que brûlures d’estomac, nausées, troubles intestinaux…

Nos articulations, garants de notre mobilité

Les articulations, points de jonction entre deux os, sont des zones soumises à de fortes tensions et pressions. Pour éviter les détériorations de l’os dans ces zones de frictions, l’extrémité de l’os est recouverte de cartilage. Celui-ci est constitué de chondrocytes, entourés de matrice extracellulaire, elle-même composée de protéoglycanes – molécules qui attirent l’eau pour une fonction « éponge » permettant la résistance de l’articulation aux pressions et l’élasticité – et de fibres de collagène, qui assurent la solidité et la souplesse de l’articulation. Le cartilage est un tissu vivant qui se renouvelle perpétuellement tous les trois mois, même chez les personnes très âgées. Normalement, les chondrocytes « trop vieux » et les fragments de cartilage « abîmés » sont éliminés sans inflammation au profit de nouvelles cellules et de nouveaux constituants. La membrane synoviale joue un rôle majeur dans ce renouvellement en sécrétant le liquide synovial qui lubrifie l’articulation. L’arthrose est une maladie rhumatismale se caractérisant à la fois par une usure du cartilage, doublée d’une perte de qualité du liquide synovial. Cela favorise donc l’érosion de l’os, la libération de débris de cartilage dans le liquide synovial, qui entraîne une inflammation importante avec douleur et perte de mobilité. En général, l’arthrose évolue par poussées inflammatoires qui détériorent chaque fois un peu plus le tissu. La succession de crises « grignote » le cartilage, qu’il faudra parfois remplacer par une prothèse (à la durée de vie de 15 à 20 ans).

Des facteurs de risques sur lesquels on peut agir

Si la prédisposition génétique existe, en particulier pour certains types d’arthrose, elle n’explique pas pourquoi entre frères et sœurs d’une même famille certains vont présenter une arthrose à évolution rapide et d’autres à évolution plus lente. Le sexe est aussi un critère déterminant. Ces facteurs, de même que la répétition de certains gestes professionnels ou l’existence de traumatismes, sont souvent peu contrôlables… En revanche, d’autres facteurs comme surpoids, manque d’activité physique, mauvaises postures peuvent être pris en charge et apporter un réel bénéfice. Ainsi, une perte de 5 kg peut permettre de réduire de moitié, sur dix ans, le risque de développer une gonarthrose (arthrose du genou). Si ces notions sont de plus en plus prises en compte par les professionnels de santé, trop peu informent encore leurs patients du rôle de l’alimentation dans le développement de la maladie.

Le terrain acide-déminéralisé

On entend souvent parler de « décalcification »… On devrait plutôt parler de déminéralisation car, si le calcium manque, d’autres minéraux et oligo-éléments font aussi défaut. Cette déminéralisation est le plus souvent liée à une alimentation générant trop d’acides. Ces acides en excès vont alors puiser des « bases » pour se neutraliser : calcium, magnésium ou potassium présents dans les os et tissus de soutien. Ce phénomène est accentué par le stress et le manque d’exercice ou « d’oxygénation » pour éliminer les acides par la transpiration et les reins. Normalement, des bases sont présentes dans notre alimentation pour compenser cette génération d’acides. Elles sont fortement concentrées dans les aliments dits « alcalinisants » comme les bananes, les pommes de terre… Lorsque notre « équilibre acido-basique » alimentaire est déficient, les os et articulations sont les plus vite fragilisés.

Le terrain propice à l’inflammation

On sait aujourd’hui que les grands consommateurs d’oméga 3(Japonais, Esquimaux…) développent moins de pathologies articulaires que les Occidentaux. Si trop peu d’études prouvent encore le rôle bénéfique d’un régime riche en acides gras polyinsaturés (oméga 3 et 6) sur les pathologies articulaires, le bénéfice de ces acides gras dans le contrôle de l’inflammation, au sens large, est avéré. Or, lors de l’inflammation, la production de radicaux libres augmente. Ces molécules en excès vont dégrader les composants du cartilage, mais leurs premières cibles sont les antioxydants et acides gras polyinsaturés présents dans les membranes de nos cellules. Plus nos cellules seront donc « chargées » en antioxydants et acides gras polyinsaturés, moins grands seront les risques de développer une inflammation excessive. On sait aujourd’hui que notre alimentation moderne, bien souvent trop riche en sucres raffinés, sel de table, acides gras saturés, alcool, favorise les processus inflammatoires et la déminéralisation. Nous ne détaillerons pas ici les réflexes alimentaires à privilégier, largement développés dans les numéros précédents (poissons riches en oméga 3, viandes pauvres en graisses saturées, huiles vierges première pression à froid crues, noix et amandes, fruits, légumes et légumineuses). Nous aborderons plutôt l’intérêt de la nutrithérapie qui vise à rééquilibrer, par étapes, le terrain propre à l’individu, son véritable « maillon faible » propice à l’arthrose.

Nutrithérapie : traiter le terrain et non plus les symptômes

Selon le terrain de l’individu et de son niveau de perturbations, il conviendra d’agir en priorité avec tel ou tel micronutriment en vue de :

  1. Soulager la douleur en apaisant l’inflammation et ralentir la progression de la maladie
    • Avec des antioxydants naturels : vitamine C, mais aussi antioxydants végétaux comme le bêta-carotène, le resvératrol, les citroflavonoïdes…
    • Avec des oligo-éléments antioxydants et indispensables au cartilage : zinc, sélénium, cuivre et manganèse.
  2. Soutenir la reconstruction du cartilage et prévenir les rechutes
    • Avec des composés reconnus pour aider la reconstruction du cartilage :
    • glucosamine, substance entrant dans la composition des protéoglycanes,
    • chondroïtine, constituant essentiel de la substance fondamentale osseuse et cartilagineuse,
    • méthyl-sulfonyl-méthane (MSM), composé soufré jouant un rôle stabilisateur de la matrice du cartilage,
    • silicium, minéral qui diminue avec l’âge, indispensable à la synthèse de tous les composants de la matrice extracellulaire.
    • Par l’apport de sels de potassium, calcium et magnésium pour prévenir la déminéralisation, ces trois éléments permettant de limiter les fuites de calcium osseux tout en neutralisant les acides en excès.

Compléments alimentaires : ne pas faire n’importe quoi !

  1. « Huiler » les articulations : oui, mais pas n’importe quand ni comment ! Si un des premiers réflexes pour lutter contre l’arthrose semble être d’apporter les « bons acides gras » pour lubrifier l’articulation, rien ne sert d’apporter ces acides gras sur un terrain inflammatoire. Il convient d’abord de neutraliser l’excès de radicaux libres par des composés antioxydants.
  2. Se donner le temps de rééquilibrer l’organisme Le cartilage se renouvelle tous les trois mois… Inutile donc d’espérer « guérir » de l’arthrose en trois semaines ! En revanche, avec des compléments alimentaires de qualité, vous pouvez espérer apaiser votre douleur au bout de quelques semaines, en sachant qu’une seconde phase de restructuration de plusieurs mois sera nécessaire pour éviter les rechutes et travailler « en profondeur ».

D’ailleurs, le terme de « compléments alimentaires » est évocateur : ils viennent compléter une alimentation défaillante, qu’il faut en parallèle corriger pour obtenir une efficacité optimale. N’hésitez donc pas à solliciter un thérapeute expérimenté qui saura vous conseiller de façon personnalisée !

Article original de :
Dr Patricia Balard

Paru dans Mutuelle & Santé n° 68

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