Les meilleurs traitements du reflux gastro-oesophagien

Une interview du Dr Cotinat, qui nous explique comment prévenir, limiter et même guérir le reflux gastro-oesophagien ainsi que le rôle capital d'une alimentation adaptée.

Dans son livre Stop aux brûlures d’estomac, le docteur Martine Cotinat, gastro-entérologue formée à la nutrition et à la micronutrition, passe en revue les principales causes du reflux gastro-œsophagien, trouble fréquent de l’appareil digestif qui affecte une large partie de nos concitoyens, et propose toute une panoplie de moyens pour soit l’éviter, soit le réduire ou, mieux, le guérir. Certes, l’auteur n’ignore rien de la pharmacopée prolifique dont la médecine dispose pour ce genre de situation, mais ses explications et ses propositions ont une visée thérapeutique à la fois simple et naturelle, à partir d’une alimentation réfléchie, pour obtenir des résultats sur le long terme sans les effets indésirables que provoquent les médicaments, même – et surtout – les plus efficaces. Pour reprendre les propres mots du professeur Joyeux, auteur de la préface, « ce livre vaut 30 consultations, une belle économie pour la Sécurité sociale, qui racle ses fonds de tiroir »

Docteur, que désigne-t-on exactement sous les termes de reflux gastro-œsophagien ?

Le reflux est extrêmement fréquent dans la population : il est lié à la remontée de liquide gastrique, de bile, d’aliments et d’air dans l’œsophage. Soit il est évident : c’est la classique brûlure qui vous remonte derrière le sternum en arrivant parfois jusque dans la bouche ; soit il est moins évident : brûlure ou douleur localisée juste en dessous du sternum, toux, fausse angine…

Quelles sont les principales causes du reflux ?

Reflux gastro-oesophagien. Illustration : Persomed/J. Dasic
Reflux gastro-oesophagien. Illustration : Persomed/J. Dasic

Classiquement, on accuse le sphincter de la partie basse de l’œsophage de trop se relâcher. Je vous invite à lire le chapitre intitulé « À la recherche d’un coupable » et vous comprendrez que rien n’est évident. Tous les facteurs incriminés sont intimement liés ! Par contre, ce qui est sûr, mais malheureusement pas encore reconnu, c’est que l’alimentation et le stress jouent un rôle fondamental dans cette pathologie, puisque leur correction m’a permis de constater de très nombreuses guérisons, non seulement au niveau des plaintes mais aussi au niveau des lésions constatées lors de l’endoscopie. Vous avez ainsi une preuve simple et évidente. Ce qui est étonnant aussi, c’est la modification de l’humeur, et donc du stress, en fonction du contenu de l’assiette !

Outre leurs effets particulièrement désagréables, quels sont les risques que ces remontées acides peuvent entraîner pour l’œsophage ?

Ces remontées acides, mais parfois alcalines, peuvent créer des ulcérations, complication la plus fréquente. Et là, chose étonnante, aucun symptôme ne va permettre de faire la différence entre la présence ou non d’ulcérations. Vous pouvez avoir un reflux très douloureux et n’avoir aucune ulcération ; et, bien sûr, avoir un reflux discret qui va contraster avec des ulcérations sévères de l’œsophage. Parfois, la muqueuse œsophagienne se transforme : c’est ce qu’on appelle l’endobrachyœsophage. Là encore, pas de plainte spécifique pouvant faire évoquer le diagnostic qui va reposer sur la fibroscopie, car le gros risque de l’endobrachyœsophage, c’est de dégénérer en cancer. Le reflux est l’exemple même d’une affection le plus souvent bénigne qui peut se cancériser.

Le rétrécissement fibreux de l’œsophage, plus rare, appelé sténose, peut par contre occasionner des signes de blocage alimentaire : c’est la bouchée d’aliments qui se coince dans le bas de l’œsophage. La fibroscopie est absolument nécessaire pour éliminer un cancer.

Les médicaments pour ce genre de trouble sont innombrables et, même sans le recours aux conseils d’un médecin, la publicité se charge de nous en présenter le plus large éventail. Pouvez-vous nous en dresser un tableau général, et quelle analyse critique en faites-vous ?

Pour résumer, il y a deux grandes sortes de produits : ceux qui agissent localement en tamponnant l’acidité et ceux qui bloquent directement la fabrication de l’acide. Les complications de ces derniers médicaments, donnés au long cours, existent même si, parfois, elles sont difficilement perceptibles. Difficile de penser à une telle complication devant une gastroentérite, une fracture osseuse… qui peuvent pourtant avoir aussi d’autres origines !

Mais le gros ennui de ces produits est surtout de ne pas inciter les patients à chercher la véritable cause de leur affection. Le médicament soulage mais ne corrige pas la cause. Le patient vient chercher, confiant, la pilule miracle chez le médecin, mais elle n’existe pas, car les symptômes reviennent dès la fin du traitement. La guérison du reflux est entre les mains des patients ; il faut qu’ils en prennent conscience. Le médecin est utile pour le diagnostic, le dépistage des complications, pour soulager également le temps de la prise de conscience, car le traitement prescrit pour une période courte n’aura pas les mêmes risques.

Prenons l’exemple d’un patient avec un excès de poids, soulagé par un traitement au long cours bloquant l’acidité. N’ayant plus de reflux, il sera difficile pour lui de prendre conscience de l’importance de perdre du poids – lequel majore le reflux ! Les années passant, cette surcharge va favoriser le développement d’autres maladies : maladies cardio-vasculaires et cancer, par exemple…

Quand est-ce que le recours à la chirurgie devient vraiment un passage obligé ?

La chirurgie devient obligatoire s’il y a un cancer. Sinon, le reflux n’impose pas obligatoirement un acte chirurgical. Même la hernie hiatale n’impose pas une chirurgie, excepté bien sûr les cas exceptionnels où son volume entraîne une gêne respiratoire.

Quand on conseille la chirurgie à un patient, on pèse toujours le pour et le contre. Comprenez que, pour un reflux bénin, le risque de complications chirurgicales mortelles, quoique faible, existe. De plus, se retrouver avec certains effets secondaires relativement fréquents (blocage alimentaire, digestion lente, gaz, diarrhée…) n’est franchement pas très drôle et ne facilite pas la vie en société. Et, pour tout vous dire, 20 % des patients continuent de souffrir de leur reflux après la chirurgie. Ce qui explique que la balance bénéfices/risques n’est pas toujours favorable à cette dernière. D’ailleurs, les chirurgiens sélectionnent leurs patients plus strictement qu’auparavant.

Hormis ses conséquences extrêmes – œsophagites ulcéreuses voire cancer –, le reflux est un peu comme la migraine, on essaie tant bien que mal de vivre avec. Comment vivre sans ?

Vivre avec, cela signifie que l’on refuse d’écouter les plaintes de son corps et surtout de leur apporter une réponse, car évidemment elle existe. Non seulement cette réponse existe – car j’ai pu largement le constater avec nombre de mes patients –, mais en plus cette réponse va bien au-delà du simple reflux quand on modifie sa nutrition et son hygiène de vie. Quelle belle surprise de voir s’envoler non seulement ses problèmes d’estomac, mais aussi ses problèmes d’intestin, ses douleurs articulaires, ses kilos superflus, son insomnie, sa dépression… Pour ceux qui restent sceptiques, essayez ! Finalement, quelle chance d’avoir un reflux, qui permet de prendre conscience du langage de son corps afin de pouvoir lui apporter la réponse qu’il attend !

Parmi toutes les règles nutritionnelles que vous recommandez, quelles sont celles qui vous semblent vraiment incontournables si l’on veut éviter d’avoir recours aux médicaments antiacides ou aux fameux IPP ?

Parmi les 10 règles nutritionnelles que je conseille, je vais spécialement insister sur l’augmentation de consommation des légumes et des fruits ; beaucoup de légumes surtout, crus et cuits à chaque repas et 2 à 3 fruits par jour, de préférence en dehors des repas.

Les légumes, apportés en quantité suffisante, enrichissent l’organisme en antioxydants, diminuent les marqueurs de l’inflammation, favorisent une bonne flore intestinale. Et, de surcroît, quand on en mange beaucoup, on mange moins de produits laitiers, de pain, de gâteaux, dont beaucoup de gens abusent.

L’apport d’huiles (colza, noix, cameline, chanvre) et de poissons gras (saumon, sardine, maquereau) contenant des oméga 3 va participer à la lutte anti-inflammatoire.

La mastication, souvent traitée comme fonction négligeable, occupe une place essentielle ! A condition toutefois d’ingérer des aliments masticables ; or les purées, les crèmes… ont envahi les tables. En effet, la mastication permet d’augmenter la production de salive protectrice, riche en bicarbonates.

Attention au café, qui n’arrange rien, ainsi qu’aux boissons alcoolisées, qui ralentissent la vidange gastrique et irritent la muqueuse, favorisant ainsi le reflux.

L’adaptation des modifications nutritionnelles en fonction de chaque individu est l’une des clefs pour obtenir un excellent résultat. Certains vont devoir limiter les laitages et/ou le gluten, d’autres devront les supprimer, du moins provisoirement.

Le plus difficile, en fait, c’est de changer ses habitudes !

Question subsidiaire. Dans quelle catégorie rangez-vous ce bon vieux bicarbonate de soude : médicament, complément alimentaire ? Mérite-t-il toujours de trôner dans la pharmacie familiale ?

C’est toujours intéressant d’avoir, à la maison, un complément naturel simple qui soulage efficacement, car personne n’est à l’abri de faire des écarts, soit lors d’invitations, soit tout simplement pour son propre plaisir ; mais, plutôt que le bon vieux bicarbonate de sodium, qui est un très bon alcalinisant tamponnant l’acidité du reflux, il est préférable de choisir le bicarbonate de potassium, car l’alimentation actuelle est trop riche en sodium et pas assez en potassium. N’oubliez pas qu’un simple verre d’eau, accessible partout, va soulager très rapidement un reflux, mais bien sûr son effet sera très bref. Il faut toujours garder à l’esprit que ce type de traitement, certes, va procurer un soulagement, mais il ne corrigera pas la cause !


RETOUR AUX PRINCIPES DE BASE

Il est bon de rappeler que, si l’alimentation a beaucoup évolué depuis les premiers chasseurs- cueilleurs, le patrimoine génétique de l’homme s’est, lui, peu modifié. Et, sur ce point, les plus grands scientifiques sont d’accord ! Nous avons vécu plusieurs centaines de milliers d’années en mangeant des fruits, des légumes, des noix, des tubercules, des racines, de la viande et du poisson. Ce modèle alimentaire, pour lequel nous sommes faits, a été mis à mal au néolithique avec l’introduction de l’agriculture, qui nous a mis en présence d’aliments jamais rencontrés auparavant : céréales, laitages, sel, sucre. Avec l’ère de l’industrialisation, des aliments de plus en plus transformés se sont retrouvés dans nos assiettes, sans compter les substances chimiques qui servent à les produire. Résultat de ces changements : les maladies liées à l’alimentation représentent la première cause de mortalité dans les pays développés.

Le traitement que nous proposons se base sur un principe simple : le reflux est en majeure partie causé par une alimentation inadaptée. Pour qu’il fonctionne de manière optimale – et sans reflux ! –, l’organisme a besoin d’une alimentation en accord avec celle de nos ancêtres, dont il est resté physiologiquement très proche. Il ne s’agit en aucun cas de retourner à l’alimentation préhistorique, mais de s’inspirer de ses grands principes.

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