Les bénéfices de l'hypnose

Les bénéfices de l’hypnose par le Dr Jacques Fumex, gastro-entéro-hépatologue, hypnothérapeuthe (Journée Prévention Santé Mai 2015 > Thème 1 : le fonctionnement du cerveau > Second intervenant)

L’hypnose est une médecine naturelle, car il s’agit d’un état naturel, ce que l’on ne sait pas depuis très longtemps. Pourtant, on connaît l’hypnose depuis la nuit des temps : les Phéniciens, les Égyptiens, les Grecs… Mais ce n’est pas une pratique qui a été inventée par l’homme. On peut bien sûr s’en servir comme une manipulation, mais ce n’est pas le but de l’opération. Prenons Mesmer par exemple. Certes, il y a l’homme de spectacle que l’on connaît, mais n’oubliez pas que Mesmer était un médecin autrichien de la fin du XVIIIe siècle qui a introduit l’hypnose en France. Bien qu’à l’époque on ne parlât pas d’hypnose mais de magnétisme animal.

Qu’est-ce que l’hypnose ? Ce n’est donc pas une manipulation. Une transe, une sorte de rêve, de coma ? Non. Un état de conscience modifiée ? On s’en rapproche, c’est l’explication que l’on donnait jusque-là, mais on verra plus tard que ce n’est pas un état. Une sorte de sommeil ? Non plus. Il y a seulement vingt ans, des appareils ont permis de démontrer que l’hypnose était un mode de fonctionnement naturel du cerveau. C’est un mécanisme naturel à la fois spontané et volontairement inductible, tout comme la respiration. On n’a pas besoin d’y penser : ça fonctionne, mais on peut l’amplifier, la diminuer ou faire des pauses. L’hypnose peut être induite par soi-même : c’est l’auto-hypnose ; ou par quelqu’un qui vous explique comment faire : l’hétéro-hypnose, que l’on utilise dans l’accompagnement des psychothérapies notamment. C’est un mode particulier du cerveau. Ce n’est pas un état, puisque c’est quelque chose de fluctuant. C’est quelque chose que tout le monde fait, mais que l’on n’identifie pas forcément comme tel : ça peut durer quelques secondes, une minute ou plus dans la journée, on a tendance à rêvasser, à penser un peu à autre chose, à se remettre les idées en place, à s’économiser puisqu’on est soumis à des situations répétitives. Cela n’appartient à personne en particulier, ça appartient à tout le monde. On parle d’éveil paradoxal, en opposition aux rêves la nuit, où on dort mais où on a des signes d’agitation (ce que l’on appelle le sommeil paradoxal). Dans la journée, quand on rêve un peu, on est apparemment réveillé mais paradoxalement un petit peu ailleurs. J’ai un collègue et ami qui est à la fois médecin et hypnothérapeute, féru de qi gong et de philosophie orientale et qui travaille au Centre de neurosciences de Paris. Chaque fois qu’il réalise une découverte au département, il effectue des recherches et s’aperçoit que ces théories avaient déjà été émises il y a 5 000 ans avec Lao Tseu, le Tao, etc. À la fois, donc, la neuroscience nous permet de mieux comprendre l’hypnose, et en même temps cela conforte des pratiques qui sont ancestrales. Ça ne change pas grand-chose à la réalité, mais ça donne une assise, ça éclaire les choses et permet de mieux différencier ce qui est de l’hypnose et ce qui n’en est pas. On sait que l’imagination induite par les suggestions en hypnose reproduit un fonctionnement cérébral identique à la réalité : si j’imagine que je suis en train de marcher sur une plage, mon cerveau fonctionne comme si j’étais en train de marcher sur une plage. On sait que le fonctionnement hypnotique est induit par l’activation de l’imagination des cinq sens, les VAKOG : visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif. En gros, cela veut dire que si, sur cette plage, vous imaginez voir un oiseau, que vous avez des odeurs d’embruns et que vous marchez, alors automatiquement vous êtes en hypnose. C’est un mécanisme tout simple pour se mettre en auto-hypnose, que l’on peut expérimenter soi-même.

Peut-on parler de thérapie pour l’hypnose ?

L’hypnose, dont la perception peut être considérée un peu comme magique – les Anglo-Saxons parlent de “transe” –, est quelque chose de naturel, et quelque part de rassurant, puisque ça nous appartient. Qu’est-ce donc que l’hypnothérapie ? Mettons “thérapie” entre guillemets, parce que c’est presque antinomique avec l’esprit qu’il y a derrière l’hypnose ericksonienne, que l’on essaie de développer actuellement. Je répète que nous ne sommes pas dans l’hypnose “spectacle”. Quand on parle de “thérapie”, on parle d’un médecin ou d’un soignant qui sait tout et d’un patient qui va subir ce qu’on va lui imposer. C’est un peu en contradiction avec l’esprit de l’hypnose, notamment ericksonienne, où il y a un échange de bons procédés et de ressources. L’hypnothérapie a quand même évolué depuis la nuit des temps. Comme je l’ai indiqué, on retrouve des témoignages datant de civilisations sumériennes, soit 6 000 ans av. J.-C., mais aussi égyptiennes, grecques… Avec la description de traitements par la suggestion, la parole. Alors, ce sont des gravures et c’est plus ou moins bien expliqué : on n’est pas sûr, mais on reconnaît un peu le mécanisme. Qui était peut-être déjà utilisé durant la Préhistoire d’ailleurs. Lorsque l’on regarde les fresques de Lascaux, on remarque un homme tenant un animal totem qui a l’air d’être dans un état de transe. Un état naturel donc, qui était probablement utilisé avant. Peutêtre même que ces peintures servaient à stimuler l’imagination et à des rituels dont, bien sûr, nous ne connaîtrons jamais le détail. L’hypnothérapie moderne a été grandement influencée par Erickson, qui en a développé les outils dans un esprit plus ouvert et respectueux. Mais pas seulement par lui. Le terme d’hypnose a été créé en 1819 par un Français, le baron Félix de Cuvillers, et repris de différentes façons par la suite. Le terme n’est d’ailleurs pas tout à fait exact, puisque “hypnose” en grec signifie “sommeil”, et on a vu que l’hypnose n’était pas un sommeil. On a aussi une sorte d’assimilation entre le mode de fonctionnement, l’hypnose, et l’usage que l’on en fait, l’hypnothérapie. Il y a donc l’hypnose, il y a l’hypnothérapie et il y a Erickson et tout ce qu’il a insufflé comme état d’esprit, de respect. Avec Erickson, on est passé des suggestions directes (« Dormez, je le veux ») à des suggestions indirectes (« Je vous suggère de faire ainsi »), voire des suggestions ouvertes, c’est-à-dire un silence, une pause, pour laisser à la personne la capacité d’intégrer et d’utiliser ses ressources. L’hypnose d’Erickson, c’est un esprit plus participatif : ce n’est pas quelqu’un qui va me soigner, mais quelqu’un qui va me montrer quelques trucs pour que je me soigne moi-même. On n’est pas dans la magie.

Quels sont les domaines actuels de l’hypnothérapie ?

Tout d’abord l’hypnoanesthésie et l’hypnoanalgésie. C’est un domaine qui n’est pas nouveau, mais qui se développe énormément ces derniers temps. Il y a des études en Belgique qui remontent à une vingtaine d’années, menées notamment par une anesthésiste du nom de Marie-Elisabeth Faymonville, qui ont démontré qu’avec l’hypnose on avait moins de stress, besoin de moins d’antalgiques, de moins de molécules chimiques, de moins de jours d’hospitalisation, avec une meilleure cicatrisation et plus de confort. J’ai entendu récemment que, depuis la fin de la guerre, on avait inventé 200 000 molécules chimiques. C’est énorme ! On en a dans les médicaments, dans ce qu’on mange… Or l’hypnose est une méthode naturelle, et je pense que toutes les études récentes, associées au développement de la pratique chez les médecins, les paramédicaux formés à l’hypnose dans les hôpitaux et les cliniques, sont révélatrices : c’est la preuve de son efficacité. En gastro-entérologie, il y a des études qui remontent à trente ans, où on réduisait et améliorait les problèmes de fonctionnement digestif (qui touchent au moins 3 millions de personnes en France) dans au moins 60 % des cas. Ce sont des protocoles compliqués nécessitant au moins dix séances, mais, dans la réalité, les chiffres se confirment.

Deuxième domaine de l’hypnothérapie : états post-traumatiques et troubles psychosomatiques

On a un peu tout mélangé jusqu’à présent, car il s’agit pour moi de conséquences ayant les mêmes racines. Les phobies, la nervosité, l’angoisse, les insomnies, les dépressions, l’inhibition, les addictions ne sont pas des fatalités. Probablement qu’il y a des mémoires émotionnelles très anciennes qui font que les corps dysfonctionnent, que les réactions ne sont pas tout à fait adaptées à l’environnement. Et l’hypnose est l’un des outils (tout comme l’EMDR, d’ailleurs) que l’on utilise pour arriver à arracher ces racines. C’est vrai que c’est quelque chose de nouveau : aujourd’hui, on a dans l’idée que l’on naît angoissé, dépressif, et que l’on a toujours été comme ça. Je crois que ce n’est pas vrai.

Les troubles psychosomatiques, c’est la fixation dans le corps, dans sa chair, mais ils sont associés aux autres troubles. Derrière des dysfonctionnements physiques (douleurs, spasmes, crampes, brûlures), on trouve souvent un processus assimilé à cela. On me dit souvent que c’est bizarre de voir un gastroentérologue qui pratique l’hypnose, et ça m’a toujours un peu énervé quand j’étais étudiant. À l’époque, en effet, on disait que quand on avait mal au ventre, c’était dans la tête. Résultat, les gens avaient toujours mal au ventre, mais en plus ils se sentaient coupables, malheureux, isolés et solitaires, alors qu’il y avait peut-être juste à dire qu’on les comprenait. Parfois, il s’agit juste d’une épine à enlever : j’ai vu des gens dont les douleurs et le stress disparaissaient parfois en une séance. Il faut juste aller au bon endroit, et ne pas étouffer la vraie souffrance sous des tonnes de produits ou d’anesthésiants. Les troubles psychosomatiques représentent, je pense, au moins les deux tiers des consultants en médecine de ville, c’est énorme ! Il y a quelques années à Nantes, je m’étais rendu à un congrès de gastro-entérologues – les Journées francophones – et j’avais fait la liste des sujets traités. Sur 560 thématiques, je crois qu’il n’y avait que trois sujets sur ces problèmes psychosomatiques. Il faut dire ce qui est : les médecins ne savent pas prendre en charge ce genre de choses. Même s’ils s’en approchent de plus en plus, quand même ! À présent, voyons les idées de base de la prise en charge de ces problèmes. L’un de mes premiers professeurs nous disait de nous méfier : que les fonctionnels finissaient toujours par mourir de quelque chose. Cela, c’est pour rétablir un peu l’équilibre, c’est-à-dire que l’hypnose et ses méthodes ne sont pas que magiques, et qu’il faut garder les pieds sur terre. En d’autres termes, la base de la prise en charge par l’hypnose ou d’autres méthodes reste quand même une évaluation médicale traditionnelle : on ne traite pas un cancer avec de l’hypnose ! En tant que thérapeute, il faut rester vigilant. Deuxième chose, ce que l’on appelle les “truismes”, ou vérités en hypnose : le meilleur traitement est celui qui marche ! Si c’est une tisane, tant mieux pour vous, ça ne coûte pas cher… Troisième chose. Lorsque mes patients qui ont mal au ventre me disent qu’ils aimeraient bien savoir pourquoi, je leur dis toujours : « Vous voulez savoir pourquoi vous allez mal, ou aller bien sans savoir pourquoi ? » L’hypnose, c’est un peu ça. On n’a pas besoin de savoir pourquoi on ne va pas bien, on a besoin de trouver une solution. C’est pragmatique. Il vaut mieux aller bien sans savoir pourquoi, que savoir pourquoi on va mal. En hypnose, on utilise beaucoup les images et les métaphores. Le serpent évoque le cerveau reptilien (si l’on se réfère à une conception que l’on a un peu remise en cause, qu’on appelait le cerveau triunique). En clair : un corps, la survie, manger, boire, dormir, se reproduire… Un cerveau dit reptilien, où il n’y a pas beaucoup d’émotions. Les serpents ne sont probablement jamais en état de stress post-somatique et de troubles psychosomatiques. En revanche, les mammifères si. Ils ont un cerveau émotionnel – ce que l’on appelle un “cerveau de cheval” – et ils sont soumis, face aux dangers, à des stress : une gazelle qui réchappe à la traque d’un léopard va aller dans les bois, trembler un coup et sera guérie : elle a une réaction naturelle et n’a pas besoin de faire une psychothérapie ! Elle va vite s’en remettre. Nous, les humains, sommes plus compliqués. On passe beaucoup de temps à chercher pourquoi on va mal. On est dans une espèce de bulle, où on essaie de comprendre… Bien sûr que c’est utile de savoir pourquoi on va mal ! Comme disait Coluche : « J’ai fait 20 ans de psychanalyse parce que je pissais au lit ; aujourd’hui, je pisse toujours au lit mais je sais pourquoi et j’en suis fier ! » Avec la psychiatrie, on est souvent dans des méandres intellectuels et on tourne autour du pot : on trouve une solution qui n’est pas la solution du vrai problème ; alors on crée un autre problème et ça peut durer ad vitam æternam

Les méthodes d’action de l’hypnose

On utilise beaucoup d’images, de métaphores. On propose – on incite – la personne à revivre dans sa chair le mal qui la ronge. La clé, ce sont des gens qui font confiance, qui s’ouvrent et qui échangent. Cela permet au problème de disparaître rapidement, et en une fois la plupart du temps. Cela ne veut pas dire que l’hypnose est magique et qu’elle guérit tout. Cela veut juste dire qu’il y a d’autres façons d’aborder les choses : se prendre en charge et se servir de cet état naturel et de l’imaginaire. L’hypnose est de plus en plus utilisée dans les domaines des soins palliatifs et de la cancérologie. Elle sert à apaiser les douleurs, les angoisses… Ça rejoint un peu l’hypnoanalgésie, dont on parlait tout à l’heure. Et puis l’hypnose est utile au développement personnel et au bien-être. Ici, on se rapproche de l’auto-hypnose. Dans cette démarche, il faut une volonté d’évolution : c’est l’impulsion. Comme on est un peu conditionné par les médias, on est dans une espèce de passivité. Il faut être dans la conscience. L’impulsion, c’est de se dire qu’on a envie d’avancer, de prendre les choses en main. On n’est pas obligé de se fixer un objectif, parce que dès le moment où on fixe un objectif, on est dans l’intellect. Ces pratiques peuvent correspondre à une hygiène émotionnelle – on se brosse les dents tous les jours, on peut aussi “nettoyer” ses émotions. Je fais référence à Erickson, car c’est tout de même quelqu’un qui a marqué cette pratique de l’hypnose : il était daltonien, il a parlé à seulement à l’âge de 5 ans, il a eu la polio très jeune et a failli en mourir, mais il avait déjà un esprit d’observation. Il a beaucoup utilisé ce que l’on appelle les “apprentissages” : quand il avait la polio, il a réappris à marcher à 17 ans, en prenant exemple sur sa petite sœur. Il a développé l’utilisation de ce que l’on appelle les “ressources” (on rejoint la neuroplasticité). Et quand les gens s’interrogeaient sur le moment où le petit Milton allait enfin se décider à parler, il aimait à se dire qu’il parlerait quand ce serait le moment. L’acceptation ne veut pas dire résignation. Dès le moment où l’on a un problème et que l’on lutte contre, on s’éloigne de la solution. L’acceptation, c’est déjà une ouverture et un chemin. Il y a un psychologue belge qui a écrit un livre il y a une vingtaine d’années qui a pour titre Créer le réel. Et le terme sous-jacent, c’est ce que l’on appelle la “proférence”. On est dans l’anti-déprime, l’anti-résignation. Dès le moment où je me mets en route pour trouver quelque chose, dès le moment où j’imagine quelque chose, je crée les conditions pour que cela arrive, pour créer un meilleur futur. Bien sûr, il faut y croire. Même quand on n’y croit pas, on peut décider d’y croire. Le mental peut donc être un obstacle à vivre ses émotions, mais cela peut aussi être un outil : il suffit de l’orienter dans le bon sens…

Conclusion : souffrance et malheur ne sont pas des fatalités. Le fonctionnement hypnotique offre des possibilités de se soigner – et d’être soigné quand les choses sont compliquées – et d’avancer vers un bien-être 3 “e” : économique (il n’y a rien à acheter), écologique (c’est naturel), efficace (je peux en témoigner). C’est une métaphore mais, dans la réalité intérieure, c’est un peu ça aussi.

En préparant ce texte, je me disais que je n’avais plus beaucoup d’illusions mais encore beaucoup de rêves. Je pense que c’est important pour avancer. Si l’hypnose vous intéresse, n’hésitez pas à vous renseigner auprès de l’institut Milton H. Erickson de Lyon. Cela peut vous donner une idée des thérapeutes et des manifestations sur le sujet. En tout cas, l’hypnose médicale a un grand avenir.

Article original de :
Dr Jacques Fumex

Paru dans Mutuelle & Santé n° 103

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