Yoga, sophrologie, méditation... : choisir sa pratique psychocorporelle !

Choisir sa pratique psychocorporelle : Les pratiques psychocorporelles (PPC) sont des approches thérapeutiques basées sur une unité corps-esprit et font partie des thérapies complémentaires.

Vous avez entendu parler du yoga, du qi gong – prononcez chi kong –, de la méditation, de l’hypnose, de la sophrologie... Toutes ces pratiques complémentaires font partie de la grande classe des pratiques psychocorporelles, et vous ne savez pas laquelle choisir, à qui vous adresser. Cet article devrait vous aider

Par définition, les pratiques psychocorporelles (ou PPC) sont des approches thérapeutiques basées sur une unité corps-esprit : le corps dont on parle ici n’est pas seulement physique et fonctionnel, il est aussi lieu d’affects, de représentations, d’émotions et outil de relation. Les PPC s’intéressent à l’être humain dans sa globalité tant psychique que physique. Elles sont centrées sur l’instant présent, le “comment”, plus que le “pourquoi” et proposent toujours une action sur le corps. Elles font partie des thérapies complémentaires ou non conventionnelles. L’idée est de travailler sur le corps pour apaiser les maux de l’esprit. Le corps et son langage sont considérés comme une porte d’entrée vers le mieux- être. Le corps agit comme médiation.

D’origine souvent ancestrale, la plupart des pratiques psycho-corporelles sont arrivées très récemment dans nos sociétés, d’où la méconnaissance que l’on en a.

La médecine occidentale a pris le parti de soigner l’organe malade, le corps au détriment de l’esprit, par des médicaments, des techniques chirurgicales. L’idée est d’enlever le symptôme ou la tumeur en agissant contre la lésion. C’est une vision souvent mécaniste de l’être humain.

Le terme “thérapies psychocorporelles” est né dans les années 1960, essentiellement aux Etats-Unis, même si beaucoup sont ancestrales ; elles reconnaissent les interactions entre le corps et l’esprit sans favoriser l’un ou l’autre. Elles n’utilisent pas de médicaments allopathiques, mais des techniques corporelles.

Des objectifs variés

Verbalisation des émotions, relâchement musculaire, réduction de la tension psychique, éducation à la sensorialité, décharge émotionnelle, meilleure communication, travail sur la relation du sujet au monde : chaque pratique psychocorporelle peut être basée sur une ou plusieurs techniques, comme la respiration, la visualisation, les mouvements corporels. Vu les objectifs très variés, il est facile de comprendre qu’il ne peut exister aucune classification, ni liste exhaustive, des pratiques psychocorporelles : écouter de la musique peut être une pratique psychocorporelle si elle vous conduit à une relaxation ; marcher dans une forêt peut être une pratique psychocorporelle si vous profitez de l’instant présent. Il n’existe donc actuellement aucune classification cohérente ni référencée des pratiques psychocorporelles. Pour simplifier, nous pourrions les classer ainsi :

  • PPC basées sur le toucher : massages, ostéopathie, réflexologie, en particulier plantaire. L’ostéopathie est souvent confondue avec une sorte de kinésithérapie ; elle peut être uniquement structurelle et, dans ce cas, elle consiste par des mouvements à détecter des rigidités anormales dans des articulations, des tissus et à leur rendre leur mobilité ; l’ostéopathie est aussi une méthode globale de soin qui s’intègre aux pratiques psychocorporelles : elle considère que récupérer une mobilité somatique libère des énergies, améliore le fonctionnement des voies nerveuses et vasculaires, aidant le fonctionnement global physique et psychique de l’organisme. La réflexologie est un massage qui repose sur le postulat que tout organe, ou fonction physiologique, correspond à un point situé sur les mains, les pieds ou les oreilles ; en stimulant ces points par des pressions, il est possible de redynamiser le corps, d’équilibrer des énergies, d’apporter une sensation de relaxation ; la plus connue est la réflexologie plantaire, utilisée de plus en plus fréquemment en cancérologie dans les soins de support pour diminuer le stress et l’anxiété.

  • PPC basées sur la créativité : art-thérapie, musico-thérapie, dramathérapie (thérapie par le théâtre), danse-thérapie. L’art-thérapie est très à la mode, comme en témoignent tous les ouvrages concernant les mandalas vendus en librairie et grandes surfaces. L’art-thérapie consiste à utiliser sa créativité pour se changer les idées, penser à autre chose, exprimer des souffrances ou des non-dits à travers des créations ; les enfants utilisent spontanément cette méthode (dessin par exemple) pour décharger leurs émotions lorsque la verbalisation est impossible.

  • PPC basées sur des modifications de la conscience : méditation, hypnose, sophrologie. La méditation en pleine conscience (mindfulness), vulgarisée par Christophe André, consiste à être dans l’instant présent en gardant l’esprit ouvert et sans jugement ; cette pratique lorsqu’elle est exercée régulièrement entraîne le cerveau, augmente la capacité de concentration et le bien-être. Il est possible de pratiquer des séances une fois par semaine en étant accompagné et des exercices quotidiens seul. L’hypnose est un état de veille intense, qui permet de se recentrer sur la sphère intérieure, ses ressources, son imaginaire ; en hypnose, la mémoire, l’attention, la vigilance sont amplifiées, ce n’est donc pas un état de sommeil. Le patient ne perd pas le contrôle de lui- même. Dans cette description, on comprend bien que l’hypnose a un grand intérêt thérapeutique et est le plus souvent pratiquée par des professionnels de santé. La sophrologie s’inspire de la visualisation, du rêve éveillé, de la relaxation. Le courant caycédien est né en 1988, fondé par le Dr Caycedo ; c’est la méthode le plus souvent proposée ; il s’agit de séances qui se pratiquent allongé ou assis, incluant des exercices respiratoires, un travail de relaxation dynamique, et parfois des sophronisations (suggestions proposées par le thérapeute pour renforcer une perception positive de la vie, par exemple : « Imaginez un endroit où vous vous sentez bien. »)

  • PPC faisant appel à des méthodes d’origine orientale : yoga, qi gong, shiatsu, qui sont souvent confondues alors qu’elles sont extrêmement distinctes. Le qi gong est une gymnastique chinoise destinée à renforcer le qi (souffle, énergie) et le faire circuler dans le corps ; gong veut dire travail, discipline.

Le yoga est issu du sanskrit et d’origine indienne ; le yoga associe une pratique physique avec des postures, appelées asanas, ayant chacune un nom, un travail sur la respiration, appelé pranayama, et de la relaxation. Il existe plusieurs niveaux de pratique.

Le qi gong utilise des visualisations, des méditations, des exercices respiratoires, des mouvements très lents enchaînés, des postures immobiles, des étirements, la concentration et l’attention mentale.

Le shiatsu est d’origine chinoise et pratiqué au Japon depuis des siècles. Cette pratique consiste à appliquer des pressions par la pulpe du pouce, les pouces superposés, la main ou même le coude sur des méridiens ou des points d’acupuncture. Cette pression peut être douce, soutenue, et dure quelques secondes.

Quel est l’intérêt de s’initier à une pratique psychocorporelle ?

Les principales indications des PPC sont le stress, l’anxiété, les manifestations psychosomatiques liées à l’angoisse (intestin irritable, migraines, troubles du sommeil, arythmie"arythmies") ; elles peuvent aussi apporter une diminution de douleurs, de symptômes digestifs, dès que ces symptômes ont une composante psychique ; or, la plupart des symptômes sont modifiés par la pensée ; certains patients en cours de chimiothérapie ont des nausées avant même que la perfusion ne commence. Un sportif de haut niveau qui se donne une fracture pendant une compétition peut parvenir à oublier la douleur pour terminer son parcours.

Le but est de limiter les consommations de médicaments anxiolytiques, antidépresseurs dont la dangerosité en cas d’usage inapproprié est maintenant reconnue. Beaucoup de pratiques psychocorporelles sont basées sur des techniques de relaxation qui est une forme de détente profonde ; elle peut être obtenue par des exercices de concentration mentale, de détente musculaire, de respiration. Elles présentent un grand intérêt dans l’accompagnement des pathologies lourdes comme les pathologies cancéreuses, où elles peuvent être utilisées comme soins de support pour diminuer les effets des thérapeutiques conventionnelles, aider à diminuer le stress, l’anxiété et inciter le patient à se recentrer sur l’instant présent (ce qui diminue aussi l’angoisse d’un futur inquiétant).

Il ne faut pas hésiter à demander à votre médecin si les symptômes que vous présentez peuvent trouver réponse dans une pratique psychocorporelle ; certes, tous les médecins ne sont pas formés à ces pratiques, mais en général ils en connaissent les indications.

Quels peuvent être les risques ?

Les pratiques psychocorporelles ne sont pas proposées dans le but de guérir un patient d’une maladie grave ; si un thérapeute met cet objectif en avant, il y a fort à parier que c’est un escroc, un gourou et qu’il vous met en danger.

Il peut exister des contre-indications à certaines pratiques ; par exemple, un patient qui présente des métastases osseuses doit faire attention à certains massages ou manipulations. Un patient qui présente un état psychiatrique de type schizophrénie peut être déséquilibré par une séance de relaxation. Le choix de la pratique psychocorporelle n’est donc pas anodin.

Comment vous y retrouver dans la jungle des PPC ?

Posez-vous la question suivante, spontanément, de quoi avez-vous envie :

  • De bouger : dans ce cas, orientez- vous vers une pratique de type yoga, qi gong.

  • D’exploiter vos capacités artistiques ou d’en découvrir de nouvelles : orientez-vous vers de l’art-thérapie.

  • De vous faire masser, toucher : massage, ostéopathie, réflexologie, shiatsu peuvent correspondre.

  • De vous détendre : sophrologie, réflexologie plantaire, yoga.

Comment trouver un praticien ?

Chaque pratique psychocorporelle a sa fédération, qui met à votre disposition un annuaire (exemple : fede-france-yoga.fr.)

Le bouche-à-oreille peut servir, mais attention une pratique psychocorporelle qui convient à votre voisin ne sera peut-être pas idéale pour vous. Assurez-vous toujours que le formateur a un diplôme validé.

Combien faut-il de séances ?

Comme tout exercice physique, le bénéfice est basé sur la régularité ; une séance hebdomadaire avec un thérapeute est conseillée mais un entraînement quotidien est souhaitable pour progresser rapidement.

Combien ça coûte ?

Malgré le grand intérêt que présentent ces thérapies, elles ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie ; une séance peut coûter entre 50 et 100 € ; elle est souvent moins chère en activité de groupe qu’en individuel. Elles peuvent être sans frais dans des structures associatives (Centres Ressource pour les patients atteints par un cancer, maisons de quartier, clubs du 3e âge, hôpitaux...)

Heureusement, certaines mutuelles ont compris l’intérêt pour leurs adhérents d’avoir une prise en charge globale, d’être acteurs de leur santé ; ils sont en meilleure santé et coûtent au final moins cher à la complémentaire santé. Aussi est-il possible, sur présentation d’une facture, de se voir rembourser par sa mutuelle des séances chez l’ostéopathe, la sophrologue ou autres praticiens...

L’ART-THÉRAPIE

L'art-thérapie est une méthode visant à utiliser le potentiel d'expression artistique et la créativité d'une personne à des fins psychothérapeutiques ou de développement personnel

Art-thérapie
Art-thérapie

LE YOGA

Le yoga est une approche corps-esprit qui vise, par la méditation et les exercices corporels, à apporter à l'individu qui la pratique un bien-être physique et psychique. Les choix religieux ou non n'entrent pas ici en ligne de compte : toutes les convictions se soumettent à une ascèse, physique pour une bonne part, dont le but ultime est la paix intérieure que chaque pratiquant recherche.

Yoga
Yoga

LE QI GONG

Littéralement "maîtrise de l'énergie", le qi gong est une gymnastique traditionnelle chinoise et une science de la respiration fondée sur la maîtrise de l'énergie vitale associant mouvements lents et non violents à des exercices de respiration et de concentration.

Qi Gong
Qi Gong

LE SHIATSU

Le shiatsu (littéralement "pression des doigts") est une thérapie manuelle d'origine chinoise, pratiquée depuis très longtemps au Japon, qui se rapproche beaucoup d'autres massages orientaux (thaïlandais, ayurvédique, coréen.). Issu également des connaissances de la médecine traditionnelle chi- noise, il consiste en des pressions exercées à l'aide des mains, mais aussi parfois des coudes ou des genoux, sur l'ensemble du corps.

Shiatsu
Shiatsu

TECHNIQUES DE RELAXATION

Les techniques de relaxation visent globalement à une réduction du stress en agissant sur la fréquence cardiaque et respiratoire, et donc sur la tension artérielle. On y retrouve les grands courants de la psychothérapie et de la psychanalyse, tout comme les techniques dérivées du yoga et des méthodes de méditation.

RÉFLEXOLOGIE PLANTAIRE

La réflexologie plantaire est une médecine douce qui contribue au rétablissement de l'équilibre de l'organisme et à son bon fonctionnement. Par le massage des pieds et de la voûte plantaire, elle permet de combattre le stress et toutes les tensions du corps. Elle n'est cependant pas reconnue par la médecine traditionnelle et n'est donc pas réglementée.

Réflexologie plantaire
Réflexologie plantaire

Pour en savoir plus Célestin-Lhopiteau I. et Thibault-Wanquet P., Guide des pratiques psychocorporelles, Ed. Masson, 2006. Christophe André, Méditer jour après jour, 25 leçons pour vivre en pleine conscience, Ed. l’Iconoclaste, 2011.

Article original de :
Dr Christelle Charvet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 95

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