Comprendre l'homéopathie

Interview sans concession sur l’homéopathie.

Lorsqu’on pénètre pour la première fois dans le monde de l'homéopathie, on s’aperçoit très vite que le rituel y tient une place déterminante, rituel un peu magique auquel les pratiquants semblent se plier sans beaucoup d’interrogations. Ce n’est peut-être qu’une apparence et, après tout, seul le résultat compte, car, depuis le temps que cette pratique médicale subit des démonstrations implacables d’irrationalité et les sarcasmes de nombre d’esprits forts, elle aurait dû finir par disparaître en tant qu’outil de santé. Or il n’en est rien, et le rituel se poursuit, car les pratiquants sont tout aussi nombreux à souligner les bienfaits qu’ils en retirent, relevant que son coût est modeste et ses effets indésirables quasi inexistants, à l’inverse de la triste rançon que paie en la matière la médecine allopathique, par-delà ses résultats incontestables.

A partir de ce statu quo, qui se maintient assez bien dans notre pays, malgré les attaques récurrentes – sur le remboursement par l’Assurance maladie (le remboursement des médicaments homéopathiques est interdit depuis le 1er janvier 2021), sur l’AMM qui n’est pas indispensable pour la diffusion des produits homéopathiques, etc. –, on est tenté de se faire l’avocat du diable auprès d’homéopathes reconnus et fortement impliqués afin de leur poser quelques questions qui les contraignent à sortir des explications bateau dont les médias habituellement se contentent. Le docteur Christelle Charvet, gynécologue obstétricienne, a accepté volontiers de se prêter à l’interrogatoire.

Premier contact avec le médicament homéopathique

De petits tubes remplis de granules de sucre, portant des noms en latin suivis de chiffres de dilutions centésimales qui font penser, avec un rien de malice, au petit pois sous une pile de vingt matelas qui empêchait de dormir la princesse du conte de fées tant elle avait la peau sensible. Imaginons alors une pile de 30 matelas : le petit pois, lui, est toujours là, mais qui pourrait bien dire à quel endroit précis il se trouve ? Vous voyez où je veux en venir ?

Christelle Charvet. – Imaginer que de nombreuses dilutions puissent avoir un effet sur un organisme nécessite de repenser des schémas que nous prenons pour des vérités.

Première affirmation non fondée : un effet pharmacologique repose obligatoirement sur la présence de molécule dans la substance ; l’efficacité est dose dépendante. Dit autrement : un produit qui n’est pas mesurable n’est pas efficace… Comment, au XXIe siècle, rester dans ces certitudes alors qu’en physique quantique la notion d’une réalité informationnelle sans support matériel est établie ?

Deuxième dogme : « un élément perdu dans un immense volume d’eau ne peut être perçu à distance ». Comment, alors, un requin peut-il percevoir la présence d’une goutte de sang dans plusieurs milliers de mètres cubes d’eau de mer ?

Troisième dogme : « l’eau n’a pas de mémoire ; la preuve en est qu’il a été démontré que les expériences du Dr Jacques Benveniste n’étaient pas reproductibles ». Et celles du Pr Louis Rey, celles du Pr Luc Montagnier et de tous ces chercheurs qui, grâce aux nanotechnologies, ont montré la structure des molécules de l’eau et sa capacité à se modifier en fonction de la substance qu’on immerge ?

Bref : l’infiniment petit existe, et il n’est plus possible de l’ignorer. Alors soyons aussi curieux et courageux que Galilée qui osa exprimer sa conviction que la Terre était ronde et qu’elle tournait autour du Soleil quand la science officielle affirmait l’inverse. Nul doute que, dans le siècle qui vient, les découvertes sur l’infiniment petit prouveront scientifiquement la réalité de l’action du petit pois sous les 20 matelas !

Abandonnons le conte de fées et admettons qu’il puisse demeurer une trace de substance active à la 30e dilution centésimale, ce qui représente “à peu près” une goutte d’eau dans l’océan  : ne pensez-vous pas que l’action bénéfique éventuelle du médicament 30 CH prescrit tiendra pour une large part à un effet placebo dont personne, en médecine allopathique aussi, ne conteste la réalité ?

Christelle Charvet. – Interrogeons-nous quelques instants sur l’effet placebo. De nombreuses études ont été menées et rapportées dans le livre du Dr Patrick Lemoine¹. Le placebo entraînerait des réactions au niveau des neurotransmetteurs avec un réel pouvoir d’amélioration de certains symptômes. L’imagerie par résonance magnétique nucléaire démontre l’activation de zones cérébrales après administration du placebo comme avec des substances « dites actives ». L’effet placebo de toutes les thérapeutiques (y compris les médicaments allopathiques) est estimé aux environs de 30 à 40 % en fonction des pathologies. On trouve même des chiffres de 70 %. En ce qui concerne le médicament homéopathique, de nombreuses études ont montré qu’il existait un effet différent de l’effet placebo² ; la méta-analyse citée dans The Lancet de 2005³ et si controversée, rapporte très clairement plusieurs études démontrant l’effet non placebo du médicament homéopathique, même si de nombreuses études avaient été exclues pour des problèmes de méthodologie.

En effet, 110 essais homéopathiques ont été comparés avec 110 études portant sur des médicaments allopathiques ; après élimination des biais – effectif insuffisant, par exemple –, seules 8 études homéopathiques ont été conservées, mais seulement 6 études allopathiques ! Les preuves d’efficacité supérieure des traitements homéopathiques à celle du placebo sont dites faibles, mais pas nulles… Rappelons que l’éditorialiste avait titré cet article : « La fin de l’homéopathie ». Force est de constater, près de 10 ans après, qu’il n’en est rien. Des expériences chez l’animal d’élevage ont, elles aussi, montré que le choix du médicament homéopathique comptait dans l’efficacité ; je pense en particulier à l’étude faite sur les dindes élevées en élevage industriel (4), auxquelles est administré soit un placebo, soit un traitement homéopathique (Nux vomica 9 CH, Arnica 9 CH), soit un autre traitement homéopathique (Nux vomica 9 CH, Arnica 9 CH et Gelsemium 9 CH) ; si la comparaison entre les deux premiers groupes montre un effet significativement différent en faveur du traitement homéopathique, l’ajout de la souche Gelsemium apporte aussi une différence significative dans l’efficacité ; cette étude illustre l’efficacité non placebo du médicament homéopathique.

Une remarque sur l’effet placebo, qui existe comme vous le faites judicieusement remarquer dans toutes les thérapeutiques : si en tant que médecin je prends en charge par exemple des migraines, des troubles du sommeil, des bouffées de chaleur, avec un médicament allopathique, 30 % des patients auraient été améliorés par un placebo : le choix du médicament allopathique sous-entend que j’ai fait prendre le risque d’effets secondaires graves à 30 % des patients, qui n’en auraient pas eu besoin ; dans ces conditions, je préfère, en première intention, choisir un médicament homéopathique : lui aussi est inutile dans 30 % des cas, est utile et différent du placebo dans 70 % des cas, mais il ne sera jamais responsable de la mort d’un individu.

L’absence d’effets indésirables du médicament homéopathique ?

Est-il si pertinent que cela de prétendre qu’un médicament n’a aucun effet indésirable sans risquer de s’entendre dire que c’est bien là la preuve qu’il n’a aucun effet tout court… Ne pensez-vous pas que cet argument, presque toujours mis en avant pour souligner l’avantage du recours à l’homéopathie, relève plus de la pensée magique que de l’argumentation scientifique ?

Christelle Charvet. – Attention : je n’ai jamais dit que le médicament homéopathique ne pouvait pas être responsable d’effets secondaires ; j’ai simplement dit que l’homéopathie ne pouvait pas tuer quelqu’un ou générer des effets secondaires graves  ; tous les homéopathes ont observé des effets secondaires qui traduisent justement la réactivité de l’organisme. Prenons, par exemple, une de mes patientes qui avait des bouffées de chaleur ; je lui prescris Sulfur : elle me signale dès le lendemain qu’une petite plaque d’eczéma que je n’avais pas vue lors de la consultation s’est étendue et qu’elle s’est grattée toute la nuit. Que signifie cette observation ? En prescrivant Sulfur, j’ai fait réagir le terrain de cette patiente au niveau de la peau, qui est, comme tous les dermatologues le savent, un tissu particulièrement réactif – poussée de psoriasis ou eczéma en période de stress…

Il s’agit donc de symptômes qui traduisent la réactivité de l’organisme au médicament choisi ; j’ai pu dire à la patiente que le médicament choisi était bien « son » médicament ; j’ai modifié la dilution et tout est rentré dans l’ordre. Il existe donc très clairement, parfois, des effets secondaires non souhaités, non dangereux qui, à mon avis, sont une preuve de plus de l’efficacité non placebo du médicament homéopathique. Il est d’ailleurs amusant de voir que certains médecins qui ne « croient » pas au médicament homéopathique disent parfois à leurs patients de se méfier des effets secondaires de l’homéopathie ! Moi qui prescris des contraceptions hormonales et des traitements hormonaux de la ménopause, en avertissant les patientes des risques graves, je vous assure que je n’ai aucune crainte à prescrire des médicaments homéopathiques…

« J’ai modifié la dilution et tout est rentré dans l’ordre » : c’est cela aussi qui intrigue, reconnaissez-le, cet “infinitésimal étonnant” qui voudrait que la substance précisément infiniment petite – ou son ombre, ou son reflet – agisse différemment en passant de 5 CH à 7, ou de 7 CH à 9, et ainsi de suite. C’est aussi curieux à comprendre que les doses habituelles des médicaments homéopathiques : 3 granules 3 fois par jour, par exemple ! Pourquoi 3 et pas un seul une fois par jour quand la question de dose médicamenteuse ne joue absolument pas de la même façon qu’en allopathie ? Revenons à votre patiente : Sulfur était « son » médicament. Soit, et disons, par commodité, que la prescription était de 3 granules matin et soir. Pourquoi une modification de la dose n’aurait-elle pas permis d’éviter de changer la dilution ?

Christelle Charvet. – Vos questions deviennent de plus en plus subtiles au cours de cet entretien : vous vous homéopathisez ! Avez-vous entendu parler de l’hormésis* ? Non, ce n’est pas une île grecque, mais la notion scientifique d’inversion des doses ; cette loi s’applique à de nombreuses substances et énonce que l’effet d’un toxique peut s’inverser en fonction de sa dose ; il est assez logique de penser qu’il en est de même pour l’homéopathie et que la hauteur de dilution intervient dans le signal que perçoit l’organisme. En recherche fondamentale, il a été montré que le rejet d’arsenic dans les urines chez des rats intoxiqués par l’arsenic et traités par des dilutions d’Arsenicum album était variable en fonction de la hauteur de dilution ; dans cette expérience, le rejet d'arsenic par l'urine était significativement plus élevée après administration d’Arsenicum album 7 CH par rapport à la dilution 5 CH ou 9 CH, d’efficacité aussi significative**.

Le nombre de granules prescrit vient d’une habitude des prescripteurs : peu d’importance entre 3, 5, 7 granules ; 5 est plus pratique car les tubes granules commercialisés en France contenant 80 granules, un tube correspond à une prise de 5 granules 2 fois par jour pendant 8 jours (compte rond) ; au-dessous de 3 granules, les homéopathes ont l’impression que le signal est insuffisant, alors que ce n’était pas le cas il y a quarante ans, disent les anciens. Il s’agit peut-être d’un défaut de réaction des organismes modernes » lié à la pollution ; l’homéopathie étant une médecine d’expérience, nous respectons la prescription d’au moins 3 granules par prise.

En ce qui concerne la répétition des prises, elle est fondamentale dans les situations aiguës ; si l’on pense que le mode d’action est lié à un « signal », tout s’éclaire, et il devient évident qu’il faut envoyer un signal fréquemment tant que l’organisme ne réagit pas ; si une réaction est obtenue, on espace les prises puis on arrête le médicament. Pour une pathologie chronique et une modification du terrain en profondeur, une dose par semaine suffit, le signal n’ayant pas besoin d’être répété quotidiennement. Ma patiente « Sulfur » avait reçu du Sulfur en 15 CH : voyant une réaction cutanée, j’ai choisi de changer la dilution pour modifier la réaction de l’organisme au produit et j’ai espacé les prises  ; il n’était pas logique d’augmenter la fréquence de prise, puisque l’organisme avait déjà réagi. Il faut bien comprendre que la prescription de l’homéopathie est basée sur le ressenti du médecin face au patient, tant pour le choix du ou des médicaments que pour la répartition des prises. Non, l’homéopathie n’est pas une science exacte, mais qui peut encore croire que la médecine en est une...

Juste une dernière pour la route, comme on dit… Je sais bien qu’un médecin, face au patient, n’a pas forcément à traiter une maladie mais un être qui est, ou qui se sent, malade, ce qui ouvre un champ beaucoup plus vaste pour le type de traitement et le choix du ou des médicaments qu’il va utiliser. En homéopathie, quand on voit la quantité de substances que la pharmacopée traditionnelle propose, et dont certaines sont indiquées pour les maux les plus variés et la plus grande diversité des états d’âme, cette infinité des possibles offerte au praticien laisse plutôt dubitatif. Vous avez certainement un remède contre le scepticisme ?

Christelle Charvet. – Vous vous soignez en faisant cet entretien et en publiant mes réponses ? Votre question en appelle une autre : ne croyez-vous pas qu’en allopathie il y a aussi une quantité de médicaments ? Rappelons qu’en allopathie le soin s’adresse non pas à un malade particulier mais seulement à une maladie. Pourtant, le Vidal, livre dans lequel les médecins se renseignent pour choisir un médicament, compte plus de 4 600 spécialités  ! En homéopathie, l’individualisation, la personnalisation des traitements rendent nécessaire l’accès à un nombre important de médicaments ; actuellement, nous disposons dans la pharmacopée française de plus de 3 000 souches, avec des dilutions variables.

Ce nombre va être réduit en raison des enregistrements homéopathiques européens, qui ne garderont que les médicaments dont la prescription peut être étayée par des références bibliographiques ou des justificatifs d’expérience. Il nous restera suffisamment de médicaments pour soigner correctement tous les patients, sceptiques ou non, qui considèrent que leurs symptômes leur sont particuliers, et revendiquent une prise en charge individualisée.

J’aimerais terminer cet entretien par un regard plus général sur la santé. En médecine conventionnelle, nous abordons le patient par la maladie ; jamais personne dans les facultés ou dans ma formation hospitalière ne m’a enseigné ce qu’était l’état de « bonne santé » et comment la préserver : nous attendons la pathologie ; les symptômes dits fonctionnels sont étiquetés souvent psychosomatiques, au mieux méprisés, mais parfois traités par antidépresseurs, qui masquent le symptôme sans le traiter et au risque d’effets secondaires. La prise en charge homéopathique part du principe que tout symptôme traduit un déséquilibre de l’organisme et exprime une souffrance physique et/ou psychique : cette souffrance mérite d’être écoutée, comprise et traitée par des conseils d'hygiène-diététiques et des médicaments homéopathiques personnalisés ; nous évitons ainsi l’évolution vers une lésion, plus difficile à traiter en homéopathie comme en allopathie. « Mieux vaut prévenir que guérir » et « D’abord ne pas nuire » sont les devises qui me guident pour assurer au patient une prise en charge globale, optimalisée et sécurisée.

Propos recueillis par Christian Charron


¹ Dr Patrick Lemoine, Le mystère du placebo, Editions Odile Jacob.
²Recherche en homéopathie, Editions CEDH, 2005.
³Shang A, Huwiler-Muntener K, Nartey L et al, Are the clinicalceffects or homeopathy placebo effects ? Comparative study of placebo-controlled trials of homeopathy and allopathy, Lancet, 2007, Sep 2 ; 366(9487) ; 690.
(4) Bruckert K, Les hématomes à l’abattoir chez la dinde. Essai de prévention homéopathique, thèse vétérinaire, ENVL, Univ. Claude- Bernard, Lyon 1, 1997.

*Les Cahiers de l’hormésis, Institut de recherche sur le phénomène de l’hormésis, mars 2011, n° 1.

**Cazin J.C, Cazin M, Gaborit J.L and coll., A study of the effect of decimal and centesimal dilutions of arsenic on the retention and mobilization of arsenic in the rat, Human Toxicology, 1987; 6:315-320.

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