La prise en charge homéopathique des douleurs du bassin

Christelle Charvet, gynécologue, propose une prise en charge homéopathique des douleurs pelviennes d’origine gynécologique, intestinale, urinaire.

Le « mal au ventre » est un motif fréquent de consultation. Parfois, les termes sont plus précis : « J’ai mal aux ovaires » ou « J’ai mal à l’utérus ». Les patientes associent douleurs de ventre et douleurs d’origine gynécologique. L’interrogatoire précis et l’examen clinique vont permettre de trouver l’organe en cause.

La plupart du temps, ces douleurs sont d’origine fonctionnelle, c’est-à-dire que l’organe n’est pas porteur d’une lésion mais qu’il fonctionne mal ; l’homéopathe va tenir compte du type de symptôme, de la caractéristique de la douleur CHez la patiente et établir un diagnostic.

Pourquoi ne sait-on pas toujours quel organe est douloureux ?

Parce que vessie, ovaires, utérus, trompes, intestin sont voisins : l’utérus est au milieu dans le pelvis féminin et encadré de deux ovaires. L’intestin est situé en arrière de l’utérus et la vessie en avant.

Analyser ses symptômes pour trouver facilement l’origine de la douleur

Les douleurs d’origine gynécologiques sont souvent rythmées par le cycle : douleurs de règles, douleurs à l’ovulation, douleurs après l’ovulation et avant les règles. Les douleurs sont accentuées par les rapports sexuels. Les douleurs intestinales proviennent en général de l’alimentation ; le ventre est indolore le matin, puis progressivement les douleurs apparaissent après les prises alimentaires pour augmenter en fin de journée. Un gonflement va survenir au niveau de la ceinture abdominale. L’émission de gaz ou de selles soulage les douleurs. Il existe parfois des troubles du transit à type de constipation ou de diarrhée ou alternance des deux.

Les douleurs à la vessie, liées par exemple à une infection urinaire, surviennent sous forme de brûlures lors des urines. Il existe une pression pelvienne. Les urines peuvent être troubles ou avec du sang traduisant l’inflammation et l’infection. L’examen clinique permettra d’éliminer une tumeur ; une échographie pelvienne réalisée soit par voie abdominale (sonde sur le ventre) ou vaginale (sonde dans le vagin) est souvent demandée pour rechercher un kyste au niveau des ovaires, un fibrome, toute pathologie qui nécessiterait une prise en CHarge CHirurgicale. Un examen pour évaluer les types de bactéries présents dans les urines permet de diagnostiquer l’infection urinaire et le germe en cause ; une coloscopie est l’examen à demander en cas d’alternance diarrhée et constipation, présence de sang dans les selles ou douleurs digestives d’apparition récente.

Quel traitement, pour quelle situation ?

Rappelons que le traitement homéopathique sera indiqué s’il n’existe pas de lésion organique grave justifiant un traitement CHirurgical, ou un traitement allopathique par exemple hormonal. L’endométriose est une maladie à part entière ; les patientes qui en sont atteintes ont des règles très douloureuses ; elles peuvent ressentir des douleurs pour aller à la selle, lesquelles douleurs correspondent à des nodules d’endométriose qui se développent sur les ovaires, le rectum, la vessie, dans la paroi de l’utérus, sur les ligaments pelviens.

Cette endométriose peut être responsable d’une diminution de la fertilité. Le traitement est CHirurgical, hormonal, et l’homéopathie ne peut être qu’un traitement d’accompagnement. C’est au médecin de décider, après un diagnostic précis, si le traitement homéopathique est le plus approprié et s’il peut être utilisé seul. Le traitement allopathique consiste à prescrire un antispasmodique, un analgésique ou un anti-inflammatoire, le même quelle que soit la patiente et quelle que soit l’origine des douleurs. Le traitement homéopathique est individualisé. Pour prescrire avec efficacité des médicaments homéopathiques, il faut comprendre l’origine des douleurs et le ressenti de la douleur CHez la patiente qui consulte.

Si la douleur est gynécologique…

Les douleurs de règles sont décrites souvent comme des douleurs à type de crampes ; elles répondent à des médicaments comme Colocynthis 5 CH et Magnesia phosphorica 9 CH . Si la douleur s’aggrave au fur et à mesure que les règles coulent, on conseillera Actaea racemosa 9 CH ; cette prise en CHarge homéopathique est particulièrement intéressante CHez la jeune fille de 12 à 17 ans, lorsqu’il n’y a pas de désir de contraception et pas d’indication de mise sous pilule. Les douleurs peuvent survenir à l’ovulation ; elles s’accompagnent parfois de mini-saignements, qui correspondent à des contractions utérines.

Parmi les médicaments prescrits, on retrouve Actaea racemosa, particulièrement indiqué lorsque les règles sont douloureuses, Secale cornutum, si le saignement est sombre, avec une grande fatigue, Ambrea grisea – femme sensible, saignements à l’ovulation, douleurs avec malaise.

Si la douleur est intestinale…

Le diagnostic posé est souvent celui de « colopathie spasmodique » ou « côlon irritable ». Il faut penser parfois à une intolérance au gluten. L’exclusion du gluten – supprimer pain et toute farine contenant du gluten – pendant une semaine permet de faire le diagnostic. Si positif, le traitement est l’exclusion à vie du gluten dans l’alimentation. Les « colopathes » savent en général reconnaître les aliments mal tolérés : les crudités en excès, certaines graisses animales, les boissons alcoolisées, les gros repas en général. En homéopathie, sont indiqués des médicaments de crise douloureuse : Colocynthis 5 CH (douleur type crampe, améliorée par la pression pliée en deux), Ignatia 7 CH (douleur spasmodique, aggravée en y pensant). Dans ces pathologies CHroniques, un médicament de terrain permet d’éviter les récidives : Nux vomica, Ignatia, Lycopodium sont les grands médicaments prescrits dans cette indication.

Si la douleur est d’origine urinaire…

L’infection urinaire est traitée habituellement par un antibiotique urinaire ; l’homéopathie peut être indiquée en plus de ce traitement pour diminuer les douleurs ; on retrouvera des médicaments comme Cantharis, Formica rufa. Des médicaments de terrain comme Medhorrinum, Sepia sont parfois associés en prévention des récidives. Dans d’autres cas, le symptôme évoque une infection urinaire, associant brûlures et douleurs lors des urines, mais l’analyse urinaire est stérile. Il s’agit simplement d’une cystite interstitielle, traduisant une inflammation de la vessie sans infection ; le traitement homéopathique le plus habituellement prescrit est Staphysagria 9 CH.

Existe-t-il des patients qui ont un terrain douloureux ?

Il existe manifestement des patients qui ont un seuil douloureux différent des autres. Il faut savoir que les patients qui fument ressentent plus de douleurs. L’arrêt du tabac dans toute douleur CHronique est fortement conseillé. Certaines personnes supportent mal la douleur, qui les rend agressives ; c’est pourquoi nous pouvons être amenés en homéopathie à prescrire CHamomilla, Nux vomica pour prendre en compte cette notion de terrain douloureux. La prise en CHarge homéopathique des douleurs pelviennes est personnalisée ; la patiente va noter les modes de survenue de la douleur, le type de douleurs, les circonstances d’aggravation ou d’amélioration. C’est cette analyse détaillée du symptôme par la patiente qui va permettre au médecin homéopathe, à la suite d’un examen clinique complet, de prescrire le ou les médicaments efficaces.  Dr CHarvet CHristelle, gynécologue homéopathe

Article original de :
Dr Christelle Charvet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 74

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