La phytothérapie, une chance pour la médecine moderne

La phytothérapie, des origines à aujourd’hui, et la place centrale qu’elle pourrait retrouver dans l’arsenal thérapeutique.

La phytothérapie, étymologiquement, c’est le traitement par les plantes. Elle englobe l’aromathérapie, qui utilise les huiles essentielles de plantes, et la gemmothérapie, méthode thérapeutique à base de bourgeons et de jeunes pousses de certains végétaux

Dans toutes les civilisations du monde, les plantes font partie intégrante de l’univers de l’homme, pour se nourrir, se vêtir, se soigner. Que ce soit magie ou expérience, vertus réelles ou supposées, elles ont toujours été utilisées pour soulager les maux.

Petit rappel historique

Trois mille ans avant Jésus-Christ, les Sumériens connaissaient déjà des décoctions de plantes. Le papyrus Ebers, un des plus célèbres traités médicaux de l’Egypte ancienne, constitue un catalogue de remèdes et d’applications.

Plus près de nous, le Grec Dioscoride, médecin des armées de Néron, dans son célèbre De materia medica, répertorie de nombreuses plantes et leurs indications. Au IIe siècle, Galien collige les connaissances de l’époque en matière de traitements par les plantes.

Des secrets de l’Égypte, aux pratiques des marabouts d’Afrique, de la médecine chinoise aux sorciers du Moyen Age, les plantes ont toujours été omniprésentes dans la pharmacopée.

Au XIXe siècle, les progrès de la science, de la médecine et de la chimie facilitent l’extraction des principes actifs et la mise en évidence de l’efficacité des plantes, confirmant ce que l’empirisme nous avait appris.

En Europe, les plantes constituent alors l’élément essentiel de notre arsenal thérapeutique. Les choses vont changer après la Seconde Guerre mondiale, avec l’avènement des médicaments de synthèse. La rigueur de la démarche scientifique, la séduction des modèles expérimentaux, la maîtrise escomptée d’un nouvel arsenal thérapeutique, favorisent le rejet d’une médecine qui apparaît comme obsolète : la phytothérapie traditionnelle, peu à peu, tombe en désuétude.

Réveil de la phytothérapie après une éclipse de plusieurs décennies

En isolant les constituants majeurs de chaque plante, en renforçant leur activité tout en essayant de limiter leurs effets secondaires, les scientifiques s’engagent dans une course brillante à la recherche d’un effet immédiat, de plus en plus puissant, reproductible, et donc standardisé.

La standardisation, les impératifs économiques qui en découlent – comment soigner un symptôme de manière codifiée, au meilleur prix – conduisent tout naturellement à l’utilisation de molécules chimiques, présentées comme moins chères et mieux contrôlables. On s’attache à trouver un remède pour chaque symptôme, l’humain disparaissant peu à peu derrière la technique.

Cependant, une « phytothérapie rénovée » voit le jour au début des années 80, avec l’apparition de nouvelles formes galéniques qui offrent une gamme de possibilités plus étendue avec, en corollaire, une redynamisation de la prescription.

Une réglementation rigoureuse, toujours en vigueur, s’applique au contrôle de la qualité des plantes et des médicaments qui en résultent. Des règles strictes régissent leur mode d’extraction et leur réalisation, nous garantissant des principes actifs de qualité constante.

La législation française ne permet pas la libre circulation des plantes de toute provenance, protégeant ainsi la phytothérapie clinique des circuits douteux, fantaisistes, des plantes contaminées par diverses pollutions et micro-organismes. Il est à remarquer que, si cette législation nous met à l’abri du charlatanisme, elle pèche cependant parfois par excès de zèle, supprimant un peu facilement certaines plantes majeures de l’arsenal phytothérapique, comme ce fut le cas pour le kava-kava (Piper methysticum) par exemple.

La phytothérapie aujourd’hui

La phytothérapie actuelle présente une grande facilité de prescription et donne au praticien la possibilité de connaître avec exactitude la dose délivrée.

Les formes galéniques que nous utilisons sont simples et pratiques pour le patient et offrent un éventail suffisamment large pour s’adapter aux besoins de chacun : gélules, teintures de plantes, extraits sans alcool, bourgeons sous forme de macérats glycérinés.

En aromathérapie, branche naturelle de la phytothérapie, les huiles essentielles, substances très actives, sont fragiles, insolubles dans l’eau et, pour certaines, irritantes après ingestion. Nous pouvons les prescrire en toute sécurité, au dosage voulu, dans des gélules gastrorésistantes, des bourgeons de plantes, des suppositoires, des ovules ou des préparations en application cutanée.

Si la phytothérapie couvre presque tout le champ des pathologies en médecine générale, il y a toutefois des domaines dans lesquels son action est remarquable, par exemple la prévention des pathologies hivernales, la rhumatologie, les pathologies ORL, la pathologie veineuse, les problèmes d’anxiété et de sommeil, les troubles digestifs, les pathologies gynécologiques.

Les risques de l’automédication

Depuis quelques années, cependant, la phytothérapie peine à retrouver la place qui est naturellement la sienne. Le déremboursement des préparations (1er janv. 1990) a porté un coup d’arrêt au développement de la thérapeutique, décourageant les jeunes praticiens de se former, vidant les écoles, freinant la recherche au profit de produits tout faits, intéressants mais standardisés.

La politique de santé actuelle ne prévoit aucun espace pour ce type de thérapeutique et de prise en charge personnalisée du patient. La tendance est à l’automédication.

L’automédication apparaît comme un acte simple, à la portée de tous, d’autant que nombre de préparations se trouvent en vente libre sur les comptoirs des magasins, voire des grandes surfaces, souvent même avec des « indications thérapeutiques ». Si cela peut présenter un intérêt pour quelques cas légers, il faut que cette pratique reste marginale. Une prescription thérapeutique ne saurait exister sans un diagnostic médical préalable, établi par un médecin, seul compétent pour étiqueter les symptômes, les rattacher au contexte, demander si besoin des examens complémentaires et mettre en route un traitement cohérent.

Sa formation en phytothérapie lui permet de connaître parfaitement les plantes, leurs effets secondaires, les contre-indications et les interactions médicamenteuses éventuelles, les dosages optimaux ; le médecin phytothérapeute est avant tout un médecin.

Pour conclure

La phytothérapie ne prétend pas apporter toutes les solutions, encore moins rejeter les progrès de l’industrie chimique qui nous ont permis des avancées thérapeutiques remarquables, pour les pathologies graves en particulier. Utilisée seule lorsque cela est possible, la phytothérapie permet de traiter le patient dans sa globalité sans effets secondaires.

Utilisée en même temps que certains traitements chimiques (chimiothérapie, cortisone, antibiotiques…), elle permet d’en limiter les effets délétères et de les supporter plus aisément.

L’actualité de ces derniers mois, qui met en lumière les problèmes inhérents à de nombreux médicaments chimiques, pousse les patients à s’interroger sur la légitimité de la surenchère de consommation de certaines drogues pour soulager une infinité de symptômes, sans s’occuper de leurs causes. La phytothérapie, avec son arsenal moderne, offre des réponses alternatives dont on ne saurait se passer.

Plus que jamais, la phytothérapie peut retrouver sa place légitime dans le système de santé si nous saisissons la chance, patients et médecins, de lui redonner ses lettres de noblesse, celles d’une phytothérapie clinique rigoureuse.

Article original de :
Dr Danielle Colongeon

Paru dans Mutuelle & Santé n° 70

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