Accompagner la ménopause par l’homéopathie

Présentation des symptômes de la périménopause et de la ménopause, et des traitements allopathiques et homéopathiques indiqués.

L’espérance de vie d’une femme est de 84,3 ans en 2008, soit plus de trente ans de vie après la ménopause. Il est de notre devoir de médecins de traiter les symptômes de la période ménopausique pour améliorer la qualité de vie des patientes

Le terme périménopause désigne la période qui précède la ménopause, quand apparaissent des signes cliniques ou biologiques annonciateurs de la ménopause, et qui se poursuit un an au-delà de l’arrêt des règles. En France, on appelle dans le langage courant cette période préménopause, mais, en termes anglo-saxons, préménopause désigne toute la période précédant la ménopause, de la puberté jusqu’à la ménopause, raison pour laquelle il faut parler en France non plus de préménopause mais de périménopause. La ménopause est la période qui suit l’arrêt des règles depuis un an au moins.

Diagnostic de la périménopause et de la ménopause

Le diagnostic est évoqué sur les symptômes et l’âge de la patiente.

  • La périménopause est évoquée après 40 ans, quand les patientes se plaignent de symptômes variés et variables en fonction des mois ; tout dépend du fonctionnement hormonal ; les symptômes le plus souvent décrits en consultation s’intègrent dans deux tableaux différents :

    • soit des douleurs de seins avant les règles, des cycles qui deviennent courts (cycle habituel de 28 jours, qui va diminuer à 26, 24 voire 20 jours entre le premier jour des règles et le premier jour des règles suivantes), des règles qui deviennent plus abondantes, des pertes blanches qui débutent plus tôt dans le cycle, des troubles de l’humeur de type irritabilité, des troubles du sommeil, une prise de poids avec, en particulier, des gonflements avant les règles. Cela traduit un trouble de l’ovulation avec une hyperoestrogénie relative, c’est-à-dire que tout se passe comme s’il y avait trop d’œstrogènes au niveau des récepteurs à hormones des différents organes.

    • soit des bouffées de chaleur, une sécheresse vaginale, des troubles de l’humeur de type dépression, une prise de poids, des douleurs aux articulations, des cycles irréguliers avec des règles qui s’espacent ; ces symptômes sont plus évocateurs d’une hypo-oestrogénie (pas assez d’oestrogènes) et d’autant plus gênants et fréquents que la ménopause est proche.

  • La ménopause sera évoquée lorsque la patiente n’a plus de règles depuis un à deux ans ; elle pourra présenter des bouffées de chaleur, des douleurs articulaires, une fatigue, des troubles de l’humeur et du sommeil, une sécheresse vaginale et cutanée.

Chez les patientes qui ont subi une ablation de l’utérus ou chez celles qui sont porteuses d’un stérilet à hormones qui ont supprimé leurs règles, il est possible de faire réaliser des dosages biologiques : FSH (Folliculating Stimulating Hormon, hormone hypophysaire qui témoigne du fonctionnement ovarien), oestradiolémie (mesure du taux d'oestradiol dans le sang). Leurs résultats donnent une forte probabilité de ménopause mais pas une certitude ; en effet, dans la période de périménopause, il existe de fortes variabilités hormonales, et les dosages peuvent être fluctuants. En pratique courante, ces dosages n’ont aucun intérêt et ne doivent pas être prescrits systématiquement.

Prise en charge des symptômes fonctionnels en périménopause et intérêt d’un traitement homéopathique

En périménopause, les traitements allopathiques sont de deux types :

  • Ceux qui arrêtent le fonctionnement ovarien et donc « cachent les symptômes » : la pilule œstro-progestative, mais il existe de nombreuses contre-indications : l’intoxication tabagique, les anomalies lipidiques, les antécédents de migraines ; la pilule progestative : c’est une bonne solution en l’absence d’effets secondaires, mais on peut observer des irrégularités de cycle, des prises de poids qui conduisent nos patientes à arrêter ces traitements.

  • Ceux qui traitent chaque symptôme : le stérilet à hormones pour les règles abondantes, mais il n’empêche pas les douleurs de seins et peut donner des irrégularités de cycle ; les progestatifs à prises répétées, mais leur non toxicité sur le sein n’est pas prouvée, et la tolérance n’est pas toujours bonne, en particulier sur le contrôle des cycles ; les progestatifs locaux (crèmes progestatives à mettre sur les seins), mais les cycles irréguliers et les anomalies de règles ne sont pas traités ; les benzodiazépines ou les antidépresseurs : ils ne doivent pas être une réponse aux symptômes de la périménopause, car ils créent une dépendance et sont difficiles à arrêter. Ils cachent les problèmes mais ne les résolvent pas.

Le traitement homéopathique permet une prise en charge globale des symptômes ; il respecte la physiologie ; il aide à passer un cap en douceur ; il ne comporte aucune contre-indication. Il est particulièrement indiqué lorsqu’il existe plusieurs symptômes gênants, lorsque la patiente ne souhaite pas prendre d’hormones, lorsqu’elle ne les supporte pas, lorsque le médecin pense que les hormones sont à éviter chez cette patiente (risque familial de cancer du sein par exemple, troubles métaboliques…). Il faut rappeler que, dans cette période, si la femme ne souhaite pas de grossesse, une contraception doit être impérativement utilisée.

Le traitement symptomatique

En homéopathie, il est possible aussi, de traiter les symptômes séparément. Prenons l’exemple des bouffées de chaleur et des douleurs de seins. Les bouffées de chaleur dont se plaignent les patientes sont surtout celles qui les réveillent la nuit, qui s’accompagnent de rougeur, de sueurs. On peut alors prescrire : Lachesis 9 CH (à base de venin de serpent) et Belladonna 9 CH (à base de plantes communément appelées Cerise du diable). Si la patiente a une sensation de froid après la bouffée de chaleur, on prescrira Amylium nitrosum 9 CH (à base de sel chimique). Si elle se plaint de palpitations, on prescrira Glonoinum 9 CH (à base de trinitrine). Si elle souffre de bouffées de chaleur localisées au visage, en particulier aux pommettes, si elle a des migraines, on prescrira Sanguinaria 9 CH (à base de plantes communément appelées Sanguinaire du Canada).

Une solution simple peut être représentée par Menocynesine, médicament complexe qui contient plusieurs médicaments homéopathiques destinés à atténuer les bouffées de chaleur. Les cycles irréguliers peuvent être améliorés par une prescription de Folliculinum 5 CH (à base de folliculine), en cas d’hypo-oestrogénie, ou Folliculinum 15 CH, en cas d’hyper-oestrogénie ; ces traitements seront prescrits par un médecin ou conseillés par le pharmacien.

Les douleurs de seins répondront à des traitements comme : Lac caninum 15 CH (à base de lait de chienne), en cas de seins gonflés, très douloureux à la palpation, amélioration par l’arrivée des règles, par la pression ; Bryonia 9 CH (à base de plantes communément appelées Bryone blanche), seins douloureux, douleur aggravée par le mouvement, améliorée par la pression forte.

Les médicaments de terrain ou de fond

L’homéopathie prend tout son intérêt dans la prise en charge globale des troubles ; il s’agit de la prescription de médicaments dits de terrain, c’est-à- dire qu’ils vont traiter les symptômes de la patiente de façon globale, en tenant compte de la morphologie de la patiente, de son comportement. Quelques exemples.

On prescrira : Lachesis 15 CH à une patiente qui souffre de bouffées de chaleur la nuit, soulagées par l’air frais, avec angoisse, troubles du sommeil, ecchymoses faciles au niveau des membres inférieurs, lourdeurs de jambes, alternance de périodes de mutisme et d’excitation ; Sepia 15 CH (à base d'encre de seiche) sera conseillé chez une patiente triste, mince, voire maigre, migraineuse, qui se plaint de bouffées de chaleur le matin, montant du bassin à la tête, qui se réveille toutes les deux heures la nuit, qui souffre rapidement en périménopause de sécheresse vaginale ; Sulfur 15 CH (à base de soufre) correspondra au traitement d’une patiente enjouée, bien en chair, ne craignant pas la chaleur (bras nus même en hiver), chez qui les bouffées de chaleur sont explosives, accompagnées de sueurs profuses.

On voit bien, dans ces exemples, qu’il peut être difficile de trouver le médicament adapté à la patiente ; parfois plusieurs consultations sont nécessaires.

Prise en charge de la ménopause par un traitement homéopathique

Les traitements allopathiques reposent sur le [traitement substitutif hormonal]definition "traitement hormonal substitutif") (TSH) qui, en assurant une substitution des hormones manquantes, améliore de façon spectaculaire les symptômes de ménopause.

Plusieurs études ont soulevé le risque d’augmentation du cancer du sein lié à ce traitement, en particulier la WHI en 2002, ce qui a amené l’Association française d’études de la ménopause (AFEM) à émettre des recommandations de bonne utilisation de ces traitements, pour les médecins et pour les patientes. Malgré ces recommandations et la publication d’autres études rassurantes, en particulier sur les schémas utilisés en France, il existe toujours actuellement une crainte sur l’utilisation de ces produits, et rares sont les patientes qui demandent ce traitement pourtant extrêmement efficace.

Il est vrai que, parfois, ces traitements sont mal tolérés, avec douleurs des seins, saignements utérins (métrorragies), et difficiles à équilibrer. Les traitements [phytothérapiques, comme les traitements par le soja, ont fait aussi l’objet de recommandations de prudence, car ils contiennent des phyto-oestrogènes, pour lesquels une dose maximale ne doit pas être dépassée (1 mg d’apport par kg de poids corporel environ).

Le traitement homéopathique peut apporter une solution aux symptômes, mais il n’a pas l’effet de retarder les symptômes de la ménopause, ni de les masquer comme un traitement substitutif. Les traitements symptomatiques des bouffées de chaleur sont les mêmes qu’en périménopause (cf. paragraphe périménopause). Dans la période ménopausique, il peut apparaître une sécheresse vaginale pour laquelle des médicaments comme Sepia peuvent apporter une aide, mais souvent une crème locale (lubrifiant, ou crème à bas taux d’hormones) est nécessaire.

Les traitements homéopathiques sont très intéressants pour diminuer les douleurs articulaires : Rhus toxicodendron 9 CH (à base d'arbustes communément appelés Sumac vénéneux) sera indiqué pour des douleurs articulaires à type de courbatures, enraidissement, aggravés par le repos, l’humidité et améliorés par le mouvement lent, le changement de position et la chaleur ; Bryonia alba 9 CH est prescrit, au contraire, sur la notion de douleurs aiguës, piquantes, lancinantes en points fixes, améliorées par le repos et aggravées par le mouvement, la chaleur.

Quant aux traitements de fond, on retrouvera ceux cités précédemment en périménopause ; souvent, le médicament prescrit en périménopause accompagnera la patiente en début de ménopause. Des études ont été réalisées sur la prise en charge des bouffées de chaleur par homéopathie, en particulier chez des patientes ayant eu un cancer du sein. Elles retrouvent de façon significative une efficacité de la prise en charge homéopathique sur les symptômes mais aussi sur l’amélioration de la qualité de vie.

Peut-on s’automédiquer ?

Pour des traitements symptomatiques, en étant certain du diagnostic, en ayant étudié son symptôme, ses modalités (amélioration, aggravation), il peut être possible d’essayer certains médicaments. Le mieux est de demander conseil à son pharmacien ou à un médecin qui connaît l’homéopathie. La prescription d’un traitement de fond ne peut être faite qu’après une ou plusieurs consultations et un interrogatoire complet par un médecin habitué à prescrire de l’homéopathie.

Ce qu’il faut retenir

L’homéopathie respecte la physiologie ; elle intègre les symptômes de la patiente à son fonctionnement global et les améliore sans générer de danger. Elle permet d’accompagner les femmes dans ce cap difficile de leur vie qu’est la périménopause puis la ménopause.

Dr Christelle Charvet

Pour en savoir plus

Site officiel de l’AFEM, espace grand public : www.menopauseafem.com/

Article original de :
Dr Christelle Charvet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 62

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