Pour éviter la maladie d'Alzheimer, le "Carré d'As" du bien-être mental

Pour éviter la maladie d’Alzheimer, le “Carré d’As” c’est un régime méditerranéen, traiter les facteurs de risque cardiovasculaires, pratiquer une activité physique et se stimuler cognitivement.

La maladie d’Alzheimer est une des maladies les plus craintes par les Français car, si le cancer nous fait craindre la douleur et la mort, la maladie d’Alzheimer nous expose à la peur de mal vieillir et de perdre notre esprit.

Environ un million de personnes souffrent de cette maladie ou d’une forme apparentée. Le principal facteur de risque est l’âge, mais d’autres facteurs semblent favoriser leur survenue : de nombreux travaux scientifiques ont ainsi calculé que la moitié des cas de démences et de maladie d’Alzheimer s’expliquerait par la présence de 7 facteurs de risque :

Il est important de souligner que l’on peut agir sur tous ces facteurs de risque, et qu’il est donc possible de définir des attitudes préventives qui seraient susceptibles de prévenir ou de retarder la survenue de ces maladies pour lesquelles nous ne disposons actuellement d’aucun traitement médical. Je regroupe certaines de ces attitudes préventives sous le terme de “Carré d’As” de la prévention dont l’objectif est tout d’abord de protéger les neurones et les vaisseaux sanguins puis de stimuler les neurones.

Protéger les neurones et les vaisseaux qui les vascularisent

Les trois premiers éléments du “Carré d’As” sont déjà conseillés par les cardiologues depuis longtemps.

  1. Le régime méditerranéen – ou crétois – conseille une alimentation riche en fruits, légumes, poissons et huiles riches en oméga-3. Les éléments antioxydants de ce régime apportent des substances qui protègent la paroi des neurones de différentes agressions liées au vieillissement.

  2. Il est en outre primordial de dépister et de traiter les facteurs de risque cardiovasculaires que représentent le tabagisme, l’hypertension artérielle, le diabète et les troubles lipidiques, qui constituent autant de dangers pour les vaisseaux sanguins de la région cérébrale.

  3. Enfin, on conseille la pratique régulière d’une activité physique, qui augmente la circulation du sang cérébral et active la formation de nouveaux vaisseaux. L’activité physique a un effet bénéfique sur le stress et le sommeil, ainsi que sur les troubles cognitifs du vieillissement en renforçant l’attention et la vitesse cognitive. Plusieurs études ont démontré le rôle significatif de l’activité physique (marcher 30 à 60 minutes chaque jour) et de l’exercice physique (vélo, montée à pied des escaliers, gymnastique, cardio-training).

Stimuler les neurones de la cognition

À ces trois éléments, les neurologues rajoutent un 4e conseil, celui de stimuler en permanence ses neurones au moyen d’un style de vie cognitivement stimulant. La cognition regroupe l’ensemble des fonctions élaborées du cerveau : bien sûr la mémoire, mais aussi l’attention, le langage, le raisonnement, la prise de décision, la résolution de problèmes, la créativité et les comportements sociaux.

Des études scolaires ou universitaires de bon niveau, une profession enrichissante ou la réalisation de loisirs multiples permettent de stimuler l’ensemble des fonctions cognitives. Il ne s’agit pas d’apprendre des poésies toute la journée ou de jouer au bridge tous les après-midi, mais de combiner différentes activités qui sauront mettre en jeu toutes les facettes de notre esprit : jardiner, bricoler, lire (livres, journaux, magazines), peindre ou dessiner, visiter des musées, faire de la musique ou du sport, réaliser des jeux sur ordinateur. Des activités parfois considérées comme plus passives (télévision, radio, cinéma et spectacles, réunions ou conférences) ont l’avantage de favoriser l’accès à des savoirs nouveaux et de renforcer les liens sociaux. Même les jeux de cartes, les mots croisés, les sudokus ou les puzzles se révèlent utiles car ils évitent la sédentarité intellectuelle.

Bien sûr, aucune étude ne démontrera leur intérêt préventif isolément car, comme pour le sport (aucune étude n’a montré l’intérêt du tennis et aucune recherche ne démontrera le rôle bénéfique des mots croisés), le point crucial est de remplir l’inactivité intellectuelle par différents loisirs stimulants, et c’est à chacun de choisir ce qui lui convient pour ne pas se laisser envahir par la sédentarité. Des activités multiples, dans différents domaines, stimulant différentes facettes cognitives selon une progression valorisante et encourageante, évitent de se laisser gagner par la sédentarité mentale.

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Et ça marche !

Le respect de ces éléments du “Carré d’As” a une action bénéfique sur différentes structures cérébrales impliquées dans la cognition. En 2015, l’étude FINGER a suivi pendant deux ans plus de 1 200 personnes saines âgées de 60 à 77 ans. La mise en pratique des éléments du Carré d’As a été encouragée et organisée chez 631 d’entre elles. La comparaison de ces 631 personnes à 629 témoins a montré, après deux années, une amélioration de 83 % des tests de raisonnement et de 150 % des tests de rapidité cognitive.

Et ça marche aussi pour prévenir les démences !

Et cela semble aussi efficace contre la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées puisque des données récentes dans certains pays occidentaux confirment une diminution de l’incidence, c’est-à-dire du risque de développer une démence ou une maladie d’Alzheimer : les États-Unis, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et le Royaume-Uni. Pour ce qui est du Royaume-Uni, le risque de démence a diminué de 20 à 24 % en vingt ans. Quant aux États-Unis, le risque de démence a diminué de 44 % en trente ans. Bien qu’aucune étude similaire n’ait été menée en France, on peut légitimement envisager que notre pays n’échappe pas à cette bonne nouvelle. Certes, l’augmentation de la longévité des Français et de leur nombre aboutira à un accroissement du nombre de personnes avec une démence, mais cette augmentation sera ralentie du fait de la réduction du risque. On peut donc affirmer qu’une population en bonne santé nutritionnelle, physique et cognitive comportera moins de patients avec une démence.

Depuis trente ans, les cardiologues nous conseillent de “manger bien, bouger beaucoup”, et ce qui était bon pour le coeur s’est finalement révélé bon pour le cerveau. À ces conseils bien connus, les neurologues rajoutent “Halte à la sédentarité cognitive !” afin de ne pas oublier de stimuler son cerveau par des activités cognitives riches et variées. Bien sûr, ces mesures préventives n’évitent pas le développement des lésions cérébrales responsables de la maladie d’Alzheimer, elles n’empêcheront pas sa survenue, mais elles retarderont de quelques années l’apparition des signes cliniques de la maladie. Ce n’est pas si mal, car tout le monde sera d’accord : quitte à avoir une maladie d’Alzheimer, il vaut mieux qu’elle survienne à 95 ans qu’à 90…

Peut-on ainsi réaliser le vieux rêve des Anciens d’acquérir la jeunesse éternelle ? Non, bien sûr, mais il existe néanmoins une sorte de Fontaine de Jouvence qui permettrait de conserver longtemps le bénéfice d’un corps sain et d’une pensée efficace.

Dr Bernard Croisile, neurologue des hôpitaux hôpital neurologique de Lyon.

Article original de :
Dr Bernard Croisile

Paru dans Mutuelle & Santé n° 97

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