Santé : diabète et méchant

Débat MTRL sur la situation du diabète aujourd’hui entre plusieurs intervenants

Le dernier débat des désormais traditionnels rendez-vous de la MTRL, Une mutuelle pour tous, sur le front de la prévention, portait sur la lutte et le dépistage du diabète. Il revenait pour l'occasion au docteur Christine Martin, médecin endocrinologue, animatrice de Diatogs, réseau de santé agréé par l'Agence Régionale de Santé pour les diabétiques de type 2, de présenter les enjeux de cette pathologie. Qu'est-ce que le diabète de type 2 ? Comment sait-on prévenir la survenue du diabète ? Quels sont les risques médi­camenteux ? Peut-on guérir du diabète ? Comment se soigner ? Autant de questions auxquelles les intervenants au débat ont tenté de répondre.

D'entrée, Christine Martin a défini la pathologie qu'est le diabète, à savoir, très globalement, un excès de sucre dans le sang, définition admise couramment par le grand public. Sachant qu'il convient de nuancer, dans la mesure où on discerne plusieurs formes de diabète : le type 1 et le type 2 pour schématiser.

Maladie potentiellement mortelle, le diabète est défini ainsi dès les premiers temps de la médecine occidentale par les médecins grecs de l'école d'Hippocrate, qui donne d'ailleurs le nom à la pathologie. On apprend, dès le deuxième siècle avant J-C, « que les malades étaient frappés d'une soif continuelle et qu'ils semblaient uriner aussitôt ce qu'ils venaient de boire, comme s'ils étaient traversés par l'eau ».

Le diabète de type 1, dont la forme la plus fréquente est la conséquence d'une maladie auto-immune, est le plus souvent insulo-dépendant. Il peut survenir à tous les âges mais touche aussi plus particulièrement les personnes âgées. Le DNID, dit de la maturité, touche lui le plus souvent les individus en surpoids ou obèses qui ont des antécédents familiaux. Il est le plus souvent non insulo-dépendant, mais un traitement par insuline peut être nécessaire pour la maîtrise du risque cardiovasculaire, comme de l'hypertension artérielle, la répartition androïde des graisses, la baisse du taux du cholestérol. Cette forme de diabète représente 80 % des cas.

Les origines du diabète viennent d'un mauvais fonctionnement du pancréas, « un organe schizophrène puisqu'à la fois naturellement régu­lateur, lorsqu'il apporte suffisam­ment d'insuline, et néfaste, lorsqu'il vient à dysfonctionner », reconnaît le docteur Christine Martin. Les principales causes, notamment pour le diabète de type 2, sont la sédentarité et l'obésité, deux maux de notre société, qui engendrent une montée en puissance de la pathologie sur l'ensemble de la planète, même si on enregistre quelques disparités, comme le souligne le doc­teur Pascal Dureau, « notamment en Afrique du Nord », un phénomène probablement lié aux habitudes ali­mentaires.

Type 2 : quels médicaments ?


En 2009, 2,7 millions de personnes étaient traitées par médicament pour un diabète de type 2, soit environ 4,6 % de la population française. Le contrôle de la glycémie (sucre dans le sang), un accompagnement et un traitement adaptés permettent d'éviter ou de retarder les complications. La Haute Autorité de Santé (HAS) et l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) diffusent une recomman­dation de bonne pratique pour aider les professionnels de santé à définir la stratégie médicamenteuse la mieux adaptée pour le contrôle glycémique de leurs patients. Afin de faciliter la diffusion de cette recommandation, la HAS met en ligne sur son site une vidéo grand public reprenant les principaux messages de la recommandation, ainsi qu'un lien vers un arbre décisionnel informatisé destiné aux médecins.

« Nous payons les fruits de notre abondance »

Reste que le diabète est en constante augmentation dans le monde, la rançon de l'évolution du mode de vie, dans les pays développés notamment, qui ne connaissent plus de pénuries alimentaires. « Nous ne connaissons plus les disettes et nous payons les fruits de notre abon­dance », constate Christine Martin.

Cette expansion de la pathologie, en particulier en France, implique sa nécessaire prise en charge, natu­rellement, mais surtout une préven­tion et un dépistage. Nombre de diabétiques s'ignorent. La maladie est silencieuse. Sur les trois millions de diabétiques sur le sol national, au moins 500 000 vivraient dans l'ignorance du mal. D'où, pour Pascal Dureau, l'intérêt de prises de sang, appropriées à partir de 35-45 ans et systématiques chez les patients à risques, plus particulièrement les enfants de parents diabétiques. Dans ces cas, on gagne vingt ans pour l'administration de traitements curatifs. D'autant qu'on vit avec le diabète jusqu'à la fin de sa vie...

Au plan économique, le traitement du diabète est relativement peu coûteux par rapport à d'autres patholo­gies au long cours comme l'hyper­tension. Le traitement de la glycémie a un faible coût, d'où un excellent rapport qualité-prix. Il n'empêche, comme dit l'adage, « mieux vaut prévenir que guérir ». L'ennemi premier du diabète est l'ac­tivité physique, « à ne pas confondre systématiquement avec la pratique du sport, comme le souligne Michel Nasr, même si naturellement , celle-ci va également dans le bon sens. Il convient d'employer les justes mots, et l'activité physique est particulièrement appropriée ».

Autre­ment dit, ne pas prendre systémati­quement son véhicule pour parcourir quelques centaines de mètres, ne pas hésiter à monter quelques étages à pied plutôt qu'utiliser l'ascenseur... Autant de petits détails du quotidien qui permettent de prévenir l'appari­tion du diabète. Sans oublier que l'on vieillit : « plus on avance en âge, plus on perd du muscle et plus on gagne du gras » . Une constatation, certes un peu déprimante, mais qui permet de mieux gérer les risques et d'adop­ter la meilleure hygiène de vie pos­sible. « Que dire de la consommation des boissons trop sucrées, notam­ment par les femmes enceintes, qui ignorent souvent les conséquences désastreuses qu'elles peuvent pro­voquer ? » Une remarque faite suite à des enquêtes alimentaires sur ce thème.

Etablir des bilans personnalisés

Qui dit prévention, dit aussi consul­tation d'un généraliste, une pratique ignorée par quelque 20 % de la popu­lation. D'où le rôle des mutuelles qui mettent en place des systèmes préventifs et incitatifs. Et d'ailleurs, pourquoi ne pas envisager des « tra­ceurs de l'entraînement physique qui permettraient de tirer un bilan chif­fré de l'activité d'un individu ? », s'interroge tout haut Michel Nasr. Mais aussi, inciter les pouvoirs publics à mettre au diapason les équipe­ments mis à la disposition du public et comparer les installations sportives des campus français à celles de leurs homologues nord-améri­cains. Selon lui, il n'y a pas photo en matière d'efficacité et d'utilisation.

Les mutuelles Incitent également à des bilans personnalisés grâce aux complémentaires santé. Quant aux campagnes invitant les populations à adapter leur hygiène alimentaire à leur mode de vie, elles devraient, elles aussi, porter leurs fruits (et légumes !). Puisqu'il convient aussi de regarder le verre plutôt à moitié plein qu'à moitié vide, l'espérance de vie moyenne ne cesse d'augmenter, comme le taux de diabète d'ailleurs, et paradoxalement. Les associa­tions de patients peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre la propagation de cette pathologie, dont les complications engendrent des risques multiples : cardio-vasculaire, bien-sûr, mais aussi apnée du sommeil, athérosclérose, AVC, neuropathie, cécité ou insuffisance rénale chro­nique. Autant dire que l'ennemi invisible peut faire mal et qu'il est néces­saire de tenter de l'éradiquer.

Frank Schmitt

Les participants au débat :
Docteur Christine Martin, médecin endocrinologue au Centre Hospitalier Lyon Sud,animatrice de Dialogs, réseau de santé agréé par l'ARS pour les diabétiques de type 2.
Docteur Christelle Besnard-Charvet, gynécologue homéopathe
Docteur Micher Nasr, pneumologue
­Docteur Pascal Dureau, médecin généraliste
Romain Migliorini, président de MTRL, Une Mutuelle pour tous
Alain Zimmermann, chargé de clientèle MTRL
Jean-Luc Lazarus, MTRL
Frédérique Barbier, MTRL
Christian Charron, en charge de la revue de la MTRL

Article original de :
Frank Schmitt

Paru dans Mutuelle & Santé n° 77

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