La goutte

La goutte est une maladie due à une surcharge d’acide urique dans l’organisme. Description des symptômes et des manifestations de la maladie. Traitements homéopathiques, phytothérapiques et diététiques indiqués.

La goutte est une affection due à une surcharge de l’organisme en acide urique. Elle se traduit cliniquement par des atteintes articulaires inflammatoires et biologiquement par une augmentation de l’acide urique dans le sang, ou hyperuricémie

Cette accumulation tient à ce que le sang du goutteux renferme un excès d’acide urique (au-dessus de 70 mg/l) résultant soit d’une production excessive, soit, plus habituellement, d’un défaut d’élimination. Il s’ensuit que la goutte se présente avant tout comme une affection d’ordre nutritionnel. Maladie des surmenés, des bons vivants, des gourmets et gourmands, elle se manifeste habituellement par un gonflement très douloureux du gros orteil. L’arthrite de la crise de goutte est due à la précipitation dans l’articulation de l’acide urique sous forme de micro-cristaux d’urate de soude.

Les manifestations de la maladie

Les mécanismes d’accroissement de l’uricémie sont :

  • soit une hyperproduction d’acide urique par trouble enzymatique ou par un apport alimentaire excessif ;

  • soit par insuffisance d’élimination rénale.

La goutte aiguë typique est celle du gros orteil. Son début, généralement nocturne, est consécutif à un facteur déclenchant : excès de table, alcool, surmenage physique, traumatisme physique ou psychique, infection, etc. Le tableau clinique est évocateur, il se produit une tuméfaction inflammatoire atrocement douloureuse. La goutte chronique s’installe insidieusement. Les crises, d’abord brèves et localisées, deviennent plus fréquentes, d’intensité moindre, de durée plus longue, avec atteinte d’autres articulations dans le sens généralement ascendant. L’organisme qui produit trop d’acide urique va stocker les excès sous forme de concrétions uratiques dans divers organes. La goutte chronique se traduit habituellement par :

  • l’apparition de tophi : concrétions uratiques visibles sous la peau ;

  • des arthropathies goutteuses : dépôts uratiques dans les articulations ou même dans les os :

  • des manifestations viscérales : calculs d’acide urique (lithiase uratique) ; dépôts uratiques dans le tissu rénal : néphropathie uratique. Le traitement de la goutte chronique ne peut être qu’un traitement prolongé. Il doit débuter un mois après la dernière crise de goutte. Il est basé sur l’association d’un régime diététique, de phytothérapie et d’homéopathie.

La goutte. Illustration : Persomed/J. Dasic
La goutte. Illustration : Persomed/J. Dasic

Fréquence, signes et symptômes

La goutte touche principalement l’homme à partir de la cinquantaine, volontiers obèse ou sujet à des excès alimentaires. La crise typique de goutte se manifeste par une douleur brutale à la base du gros orteil, très intense, permanente, apparaissant la nuit, augmentée par le moindre contact et toute tentative de mobilisation. Par ailleurs, l’articulation est rouge, chaude et gonflée. Les zones les plus atteintes sont dans l’ordre : les orteils (jonction entre les orteils et le pied = articulation métatarsophalangienne), les genoux, les pieds, les chevilles, les mains et les coudes.

Évolution et complications

Les crises récidivent régulièrement. La principale complication est la formation de calculs dans les urines, à l’origine de coliques néphrétiques. En l’absence de traitement – ou en cas de traitement mal conduit – apparaissent des tophi (dépôts d’acide urique sous la peau), sensibles à la palpation au niveau de l’articulation, ainsi que sur le tendon d’Achille et les oreilles et une atteinte du rein par le même mécanisme, pouvant évoluer vers une insuffisance rénale.

Régime diététique

Le régime de la goutte chronique restreint les aliments producteurs d’acide urique.

  • Alimentation : éviter les abats (rognons, ris de veau), le gibier, les crustacés, les poissons gras (sardines, anchois, harengs), les coquillages, les champignons, les légumes secs et autres épinards, chou-fleur, oseille, choucroute, tomate, cresson, les fruits secs gras (amandes, noix), les glaces, les sauces et bouillons de viande…

  • Boissons : restriction des boissons alcoolisées.

  • Cure de diurèse quotidienne : boire 2 à 3 litres d’eau par jour. La crise peut être déclenchée par certaines circonstances météorologiques ou par la consommation d’un aliment précis. À cet égard, il semble que, pour chaque personne, il existe une nourriture à laquelle elle est particulièrement sensible (un type de gibier, une certaine marque d’apéritif, etc.), de sorte que l’on a pu parler d’une véritable « allergie goutteuse ».

Prévention

Une alimentation trop riche et trop abondante génère de l’acide urique, il faut par conséquent recourir à une alimentation avec plus de fruits (frugale) et moins de viandes (carnée). Une tisane de pomme tous les jours évite de tels désagréments : versez de l’eau bouillante sur une pomme découpée en rondelles avec la peau. Laissez infuser pendant 20 minutes et buvez 2 tasses par jour.

QUELQUES GOUTTEUX CÉLÈBRES

Charlemagne, Léonard de Vinci, Christophe Colomb, Martin Luther, Henri VIII, le cardinal Mazarin, Isaac Newton, Louis XVIII, plus près de nous une grande figure lyonnaise, Edouard Herriot, souffrirent atrocement de la goutte. Ils n’étaient pas tous de bons vivants, mais les plus emblématiques – le roi aux six épouses et aux plus nombreuses maîtresses encore, Henri VIII, le maire indéboulonnable de Lyon, le “roi Edouard”, et surtout le monarque “restaurateur” Louis XVIII – avaient un solide coup de fourchette et la dalle en pente… Ce dernier, revenant aux Tuileries après vingt-quatre ans de tourisme européen, renoue avec les fastes gastronomiques de l’Ancien Régime. Obèse, gangréneux, souffrant le martyre de crises de goutte à répétition, il gravit son Golgotha en faisant ripaille : un châtiment terrible pour un crime pourtant bien pardonnable !

Article original de :
Dr Jean-Pierre Willem

Paru dans Mutuelle & Santé n° 72

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