Les pathologies de la thyroïde (1ère partie)

Principales fonctions de la thyroïde et actions des hormones thyroïdiennes T3 et T4, causes, symptômes et diagnostic de l’hypo et l’hyperthyroïdie, régulation de la thyroïde par l’hypophyse et l’hypothalamus.

Une petite glande située à la base du cou joue un rôle déterminant dans chacune de nos fonctions corporelles. Cet organe, c’est la glande thyroïde. Explications.

La thyroïde secrète des hormones qui interviennent dans le bon fonctionnement des divers systèmes indispensables à notre bien-être. Sans elles, la vie serait impossible. Elles jouent un rôle de contrôleur et de régulateur essentiels de l’activité métabolique dans pratiquement tous les tissus de l’organisme : une glande thyroïde en bon équilibre est une des clés de la prévention du vieillissement.

Il n’est pas surprenant que le moindre dysfonctionnement de la glande – hypothyroïdie, hyperthyroïdie – présente de nombreuses répercussions sur notre santé. Les pathologies de la thyroïde sont fréquentes : 300 millions de Terriens ont une glande thyroïdienne malade. Plus de 400 millions d’êtres humains sont atteints d’une insuffisance thyroïdienne. 20 millions d’individus souffrent d’une hyperthyroïdie pour les formes sévères et 200 millions pour les formes modérées. En France, 12 à 15 % de la population souffre à un moment de sa vie d’une atteinte thyroïdienne, soit un Français sur sept. Autrement dit, le dysfonctionnement thyroïdien est omniprésent dans les familles françaises.

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Les maladies de la glande thyroïde touchent surtout les femmes. Cette fréquence est due aux interactions entre les hormones thyroïdiennes et ovariennes. Elles émergent notamment lors de la grossesse, du post-partum (après accouchement) et de la ménopause. Par ailleurs, le diagnostic des dérèglements de la glande n’est souvent pas posé, et certaines analyses ne reflètent pas l’état réel de la thyroïde. Le bon fonctionnement dépend de notre environnement pollué, qui exerce une influence néfaste sur l’ensemble des métabolismes due aux herbicides, pesticides, métaux lourds, exposition aux rayonnements, tabac, médicaments, qui causent tant de maladies iatrogènes, alimentation polluée et non diversifiée en plus d’une teneur insuffisante en iode. Sans oublier le rôle des stress et des conflits psycho-affectifs.

Principales fonctions de la thyroïde

Chacune de nos milliards de cellules est stimulée par nos hormones thyroïdiennes. Elles sont indispensables à de nombreux autres métabolismes.

  • Métabolisme de base : il diminue de 30 à 45 % dans l’hypothyroïdie et augmente de 50 à 100 % dans l’hyperthyroïdie. La thyroïde joue un rôle essentiel dans la thermorégulation.

  • Métabolisme des lipides : l’hypothyroïdie entraîne une augmentation du cholestérol total et une légère chute dans l’hyperthyroïdie. 

  • Métabolisme des glucides : l’hyperthyroïdie favorise l’absorption intestinale du glucose et inversement dans l’hypothyroïdie. 
  • Métabolisme des protéines : la T4 favorise la synthèse des protéines. L’hyperthyroïdie entraîne une augmentation de la dégradation protéique avec amaigrissement. 
  • Métabolisme des vitamines : la T4 est nécessaire à la transformation du bêta-carotène (nutriment présent dans les carottes, courges, abricots...) en vitamine A. 
  • Rythme du coeur. 
  • Système nerveux central : les hormones thyroïdiennes sont à l’origine du développement des cellules du cerveau qu’on appelle les neurones ; elles stimulent la fabrication de myéline. Par ailleurs, elles favorisent la formation des synapses et leurs communications entre elles. 
  • Croissance en taille : les hormones thyroïdiennes favorisent le renforcement du cartilage et la formation des os. Chez l’adulte, l’hyperthyroïdie augmente la dégradation progressive des os et diminue ainsi leur densité. Ce qui conduit à la déminéralisation et à l’ostéoporose. Ne jamais oublier que les hormones thyroïdiennes présentent des interactions avec tous les organes du corps : peau, coeur, cerveau, muscles, pancréas, glandes surrénales,parathyroïdes, épiphyse, organes reproducteurs.

Hypo ou hyper ?

Cette alternative est permanente. Souvent, les symptômes sont mal identifiés quand il s’agit d’une hyper ou d’une hypothyroïdie légère. Ils sont notamment mal perçus chez les personnes âgées. D’où la nécessité de consulter et de faire des examens pour confirmer le diagnostic. Aussi variés qu’ils soient, les symptômes accompagnant un trouble de la thyroïde ne s’installent pas du jour au lendemain : 

  • frilosité excessive, troubles des règles, ralentissement du coeur, prise de poids, constipation, dépression, chute des facultés intellectuelles pour l’hypothyroïdie ; 

  • tremblements, nervosité, oedème des membres inférieurs, amaigrissement, sensation de chaleur, rythme cardiaque accéléré, transpiration pour l’hyperthyroïdie.

La liste des signes et symptômes est riche et ne fait que s’allonger. Le diagnostic repose sur la clinique (étude de l’ensemble des symptômes) et l’analyse de l’hormone hypophysaire,la TSH ou thyréostimuline, qui régule la sécrétion de deux hormones thyroïdiennes : la tri-iodothyronine, ou T3, et la tétraiodothyronine, encore appelé thyroxine ou T4.
Lorsque la thyroïde ne fabrique pas suffisamment d’hormones, l’hypophyse produit davantage de TSH pour la stimuler. Le dosage de la TSH serait le test le plus sensible pour affirmer la qualité de la fonction thyroïdienne. La problématique du dosage normal de la TSH permet-il d’éliminer un dysfonctionnement thyroïdien ? L’interrogatoire reste le temps clé de l’examen.

Les hormones thyroïdiennes

La thyroïde est une glande qui fabrique des hormones. Elle déverse ses substances directement dans le sang. A dose infime, elles agissent à distance de l’organe d’origine en se fixant sur des récepteurs spécifiques au niveau de cellules cibles.
Les deux hormones principales sont : la triiodothyronine (T3) et la tétra-iodothyronine ou thyroxine (T4), dénommées en fonction du nombre d’atomes d’iode présents : trois pour la T3 et quatre pour la T4. Pour fabriquer T3 et T4, la thyroïde a besoin d’un acide aminé, la tyrosine, présente dans l’alimentation, et l’iode.

Elles assurent et entretiennent la synthèse énergétique nécessaire à l’ensemble des métabolismes. Autrement dit, elles permettent, d’une part, la transformation des molécules complexes et, d’autre part, la dégradation des composés organiques complexes en composés simples qui libèrent de l’énergie (catabolisme).C’est ainsi qu’elles interviennent au niveau : 

  • du métabolisme des graisses : quand la concentration d’hormones thyroïdiennes chute, le taux de cholestérol (LDH) augmente, et quand le taux d’hormones thyroïdiennes augmente,le taux de cholestérol chute ;

  • du métabolisme des glucides, qui fournit l’énergie ;

  • du métabolisme des protéines, qui stimulent la synthèse des acides aminés et leur dégradation selon l’état fonctionnel de la glande. Ainsi, les hyperthyroïdiens voient leurs muscles fondre, et les hypothyroïdiens présentent une masse musculaire normale voire augmentée.

Rôle des hormones thyroïdiennes

Elles jouent un rôle essentiel sur plusieurs autres fonctions.

  • Le métabolisme de base : les hormones thyroïdiennes interviennent au niveau de la production de la chaleur en agissant sur le métabolisme de base, à savoir la dépense d’énergie de l’organisme au repos. En augmentant le métabolisme de base de toutes les cellules de l’organisme, les hormones thyroïdiennes augmentent la consommation en oxygène de tous les organes (coeur, muscles, squelette, foie, reins, cerveau...). 

  • La croissance cellulaire (fabrication de nouvelles cellules, densification des os, maturation des organes).

  • La croissance en taille (formation des os du squelette et leur renouvellement). 

  • L’élimination des déchets résultant du catabolisme (dégradation). 
  • Le développement cérébral du foetus et du jeune enfant. Les hormones thyroïdiennes favorisent le développement des cellules du cerveau (les neurones) et la formation de synapses au niveau du système nerveux central. Ces synapses permettent aux neurones de communiquer entre eux. Elles jouent aussi un rôle sur le rythme du coeur et la force de contraction des cellules cardiaques ; sur l’aspect physique (silhouette ou poids) ; sur l’humeur et l’état psychologique ainsi que sur la sexualité.

La thyroïde fabrique environ 80 % de T4 et 20 % de T3. La T3 est l’hormone thyroïdienne la plus active ; son activité est trois fois supérieure à celle de la T4. Elle est obtenue par conversion de la T4 principalement au niveau du foie. Lors de cette transformation, la T4 perd un atome d’iode.

Importance de la T3 (thyroxine)

L’hormone véritablement active est la T3. Elle seule peut pénétrer dans la cellule, à condition toutefois que les taux de potassium et de calcium soient corrects (trop de calcium rend la cellule moins sensible, le potassium exerce l’effet inverse). Pour devenir T3, la T4 doit perdre un atome d’iode. Cette transformation a lieu dans le foie, les reins, le système nerveux central, le tissu graisseux, l’hypophyse et la thyroïde elle-même.
Cette transformation s’effectue grâce à une enzyme appelée « désiodinase », enzyme qui contient du sélénium.

Axe hypothalamohypophysaire

La fonction thyroïdienne obéit à une régulation interne stricte, en lien avec l’hypothalamus et l’hypophyse. La production des hormones T3 et T4 ne se fait pas spontanément. Elle varie sous l’influence de l’hormone TSH. La sécrétion de la TSH est elle-même régulée par une autre hormone, la thyrotropine ou thyrolibérine, élaborée au niveau de l’hypothalamus qu’on désigne aussi sous le terme de Thyrotropin Releasing Hormone (TRH). L’hypothalamus est situé au-dessus de l’hypophyse, à laquelle il est relié par un faisceau de fibres nerveuses qu’on appelle la tige pituitaire. Cette étroite connexion lui permet de contrôler les sécrétions hormonales de la glande hypophysaire par le biais de ses propres hormones. Ainsi, en sécrétant la thyrolibérine (TRH), l’hypothalamus influence directement la sécrétion du TSH par l’hypophyse. On peut résumer ce feedback sous forme d’un tableau.

Fonctionnement thyroïde, hypothalamus, hypophyse
Fonctionnement thyroïde, hypothalamus, hypophyse

Effets des carences en iode

La fonction thyroïdienne s’adapte d’elle-même aux variations d’apport en iode dans la mesure où celles-ci ne dépassent pas certains seuils. En France, la consommation se situe entre 80 et 120 ?g par jour. Ce qui est insuffisant. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on a diagnostiqué de nombreux gonflements de la thyroïde et des cas de retard mental causés par une insuffisance thyroïdienne, surtout dans les régions montagneuses éloignées de la mer. En effet, les carences en iode sont fréquentes dans certains pays et dans ces régions-là. Les anciennes zones glaciaires qui dévalaient des montagnes ont perdu leur iode lors de la fonte des glaces, qui a « lessivé » les sols.

En cas de carence légère en iode, la thyroïde s’adapte. En présence d’une carence sévère ou prolongée, les mécanismes d’adaptation ne suffisent plus et la synthèse en hormones thyroïdiennes s’écroule, ce qui entraîne une stimulation de la TSH et une augmentation du volume de la glande thyroïde. D’autres effets délétères peuvent se manifester : hypercholestérolémie, certains cancers thyroïdiens et tumeurs du sein.

En 1950, pour enrayer ce problème de santé publique (à savoir la carence en iode), l’Etat français a préconisé l’adjonction d’iode dans le sel de consommation courante, soit 10 à 15 ?g d’iode par gramme de sel. Mais la contrepartie de ce supplément de sel industriel générera un autre fléau social : l’hypertension artérielle. On est au coeur d’un cercle vicieux ! Les causes de carence en iode sont multiples : 

  • apport alimentaire insuffisant ;

  • consommation d’aliments qui interfèrent avec la production d'hormones thyroïdiennes (choux, choux-fleurs, manioc, rutabaga, sorgho, patate douce), ils libèrent des substances bloquant la captation de l’iode ; 

  • certaines plantes prises en excès (tabac, orge, ail, navet, soja, millet) contrarient la bonne absorption de cet oligo-élément; 

  • accélération de l’élimination de l’iode par les reins (manioc). 

Pour en savoir plus

Lire l'article "les pathologies de la thyroïde (2ème partie)"

Dr Jean-Pierre Willem

Basé sur l'article de :
Dr Jean-Pierre Willem

Paru dans Mutuelle & Santé n° 68

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