L’ostéopathie

L’ostéopathie est une discipline qui permet de diagnostiquer et de soigner une grande variété d’affections. Zoom sur un art, une philosophie et une science.

Née aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, l’ostéopathie est une discipline qui permet de diagnostiquer et de soigner une grande variété d’affections. En France, sa pratique s’est surtout développée depuis une vingtaine d’années, dans le courant des médecines qui privilégient une approche globale de l’être. Zoom sur un art, une philosophie et une science

L’ostéopathie est, selon la définition validée par la Société internationale d’ostéopathie (SIO) de Genève et l’Académie d’ostéopathie de France, « l’art de diagnostiquer et de traiter par la main les dysfonctions de la micromobilité des tissus du corps humain qui entraînent des troubles fonctionnels pouvant perturber l’état de santé ». « C’est une approche holistique de l’être qui intègre à la fois le corps et l’esprit », estime Jacques Churlaud, ostéopathe à Paris. Tout l’art du praticien est de rétablir, à partir d’une situation anormale, une situation normale dans l’organisme afin que le patient recouvre la santé. Ainsi, l’ostéopathe ne s’intéresse pas simplement à un organe ou à un problème ponctuel, mais considère un patient de manière globale.

Quels en sont les principes ?

Andrew Taylor Still, le fondateur de l’ostéopathie, a posé comme premier principe que le corps humain constitue une unité fonctionnelle indissociable car toutes les parties du corps sont reliées entre elles par les tissus organiques qui le composent. L’ensemble des systèmes étant en interrelations, les autres structures ou organes peuvent être affectés à distance. Mais la cause est bien souvent loin de son effet et les origines d’une lésion peuvent être multiples, comme l’explique Jacques Churlaud : « Une lombalgie basse peut être en rapport avec un dysfonctionnement du membre inférieur, une projection douloureuse d’origine viscérale (problème de constipation, de fibrome utérin ou de prostate), une projection mécanique venant du haut ou du bas du corps et être aussi en lien avec un problème de somatisation (tensions d’origine nerveuse)... ».

L’ostéopathe doit alors décoder la cascade d’interactions depuis le symptôme jusqu’à son origine. Ce qui explique aussi que les manipulations se fassent parfois sur des zones éloignées du lieu de la douleur : sur le diaphragme pour traiter le dos, par exemple.

Autre principe fondamental : la structure gouverne la fonction, c’est-à-dire que les diverses fonctions corporelles sont en interdépendance étroite avec la structure du système musculosquelettique. Tout traumatisme (stress, blessures émotionnelles, mauvaises postures, accidents...), qui affecte un système corporel (musculosquelettique, digestif, neurologique, vasculaire, hormonal...), perturbe aussi les autres systèmes. Dès qu’une structure qui compose le corps humain perd en mobilité, la fonction qu’elle est censée remplir pleinement est perturbée. Ainsi lorsqu’on souffre d’une tendinite de l’avant-bras, on a du mal à porter un objet lourd ou à se servir un verre. Idem si l’on souffre d’un rhumatisme de l’épaule, on aura du mal à se coiffer.

Troisième grand principe : le corps possède en lui toutes les ressources pour se soigner, à condition que les pathologies n’atteignent pas un stade irréversible. « Le rôle de l’ostéopathe est, à l’aide des techniques manuelles qu’il a apprises, de permettre au corps de contacter sa capacité d’autoguérison », explique Jacques Churlaud.

Ostéopathie vient de l’anglais osteopathy : osteo, l’os et path, le chemin. Littéralement, “le chemin qui passe à travers les os” et, plus scientifiquement, “pratique qui se sert des os comme point d’appui ou comme levier”. Certains ostéopathes donnent aussi au mot osteo le sens de structure et au suffixe pathy, le sens de pathos (trouble, dérangement). Ce qui est également une bonne interprétation.

Des manipulations variées et extrêmement précises

Un examen mené en ostéopathie peut étonner, comme si les doigts du praticien possédaient eux-mêmes cinq sens, capables de ressentir ce qui se passe sous la peau. C’est une discipline essentiellement manuelle, précise et minutieuse : les praticiens palpent le corps pour déceler, dans l’organisation de la structure, les tensions ou les déséquilibres qui causent des malaises ou des maladies, puis appliquent des techniques pour rétablir l’équilibre de l’organisme.

On peut regrouper les techniques de soins en deux grandes catégories.

  • Les techniques directes : ces techniques sollicitent la dysfonction dans le sens correcteur. Exemple : si une vertèbre est bloquée en flexion, l’ostéopathe va aller dans le sens de l’extension.

  • Les techniques indirectes : l’ostéopathe accompagne le déplacement des tissus atteints dans le sens de la lésion, en douceur.

Ces deux techniques intègrent :

  • Les manipulations fonctionnelles. Elles permettent au thérapeute, avec l’aide du sujet, de mobiliser les tissus (muscles, articulations, liquides, membranes...) et d’induire un état de relâchement suffisant pour permettre l’autocorrection d’une lésion.

  • La technique structurelle. C’est à la fois un test de mobilité de toutes les articulations et un traitement. Elle demande d’appliquer une certaine impulsion sur une structure (pour libérer une vertèbre qui ne bouge plus, par exemple). Le fait de mobiliser les articulations va augmenter l’amplitude articulaire et permettre un meilleur drainage des tissus environnants. Et éviter les stases liquidiennes néfastes aux échanges cellulaires.

Les grands systèmes du corps humain

L’ensemble de ces techniques, structurelles et fonctionnelles, s’applique aux grands systèmes du corps humain :

  • Système viscéral : l’ostéopathe va rechercher les organes “fixés”, ceux qui ont perdu leur mobilité, et redonner le maximum de motilité aux viscères (intestin, foie, rate, poumon...).

  • Système crâniosacré : les techniques, ici, pourraient ressembler à une simple imposition des mains. En réalité, il s’agit de très légers mouvements qui permettent de rétablir la délicate mobilité des os du crâne (de l’ordre du micron) et d’agir sur le mouvement respiratoire primaire. Comme n’importe quelle autre articulation, les os du crâne peuvent être bloqués. Et ces lésions peuvent se manifester par des symptômes aussi divers que des migraines, des sinusites, des acouphènes (bruits dans les oreilles), des douleurs dentaires ou des mandibules...

  • Système musculaire et fascias : dans le cas de traumatismes ou d’opérations chirurgicales ayant laissé une cicatrice, l’élasticité des fascias est modifiée, ce qui peut créer une restriction dans les mouvements de l’articulation située à proximité.

  • Système ostéo-articulaire : c’est- à-dire les membres, le bassin, le rachis et les articulations.

Les principales indications

Les applications de l’ostéopathie sont très nombreuses et concernent tant le bébé que l’enfant ou l’adulte.

Il est ainsi recommandé aux mamans, et surtout à celles qui ont eu un accouchement difficile, de surveiller le crâne de leur bébé et de consulter le plus rapidement en cas de déformation ou de signes comme un torticolis, des problèmes de sommeil, des infections ORL à répétition, des régurgitations ou des colites. Ces déformations peuvent avoir, entre autres, des conséquences sur la vision, sur la position de la tête, sur la respiration... « L’idéal serait que tous les nourrissons puissent bénéficier d’une consultation par un ostéopathe à la maternité. Ce qui permettrait de rétablir rapidement la structure dans sa fonctionnalité et d’éviter les lésions pouvant apparaître ultérieurement », estime Jacques Churlaud.

Chez l’enfant, l’ostéopathie peut être indiquée dans le cas de traumatismes, de scoliose, de difficultés scolaires, de troubles du comportement (enfant coléreux, dans la lune...).

Quant aux adultes, beaucoup y ont recours pour soigner des maux de dos, des douleurs articulaires, une inflammation ligamentaire, une sciatique, une dépression... ou à la suite de divers accidents. L’ostéopathie est aussi efficace dans la plupart des cas de maux de tête, torticolis, dans les affections congestives telles que les otites, rhinopharyngites, sinusites, les troubles circulatoires, digestifs, gynécologiques (syndrome prémenstruel) et ceux du sommeil.

Toutefois il existe quelques contre-indications.

L’ostéopathe étant un praticien qui intervient en première intention, il est à même de cerner les maladies où il ne doit pas intervenir et d’adresser le patient au médecin traitant. A noter que l’ostéopathie ne peut pas guérir les maladies dégénératives (cancer, sida, sclérose en plaques...), les maladies génétiques et les maladies infectieuses (tuberculose, tétanos...).

L’ostéopathie en pratique

L’ostéopathe adapte le traitement en fonction de chaque patient. La séance dure entre 45 et 60 min et les prix varient de 50 à 100 euros, selon les régions et les praticiens.

Un traitement peut être ponctuel ou comprendre de trois à plusieurs séances selon la pathologie concernée, à des intervalles de trois semaines environ. Les soins d’ostéopathie ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale, mais certaines mutuelles remboursent en partie ou en totalité.

UNE FORMATION QUALITATIVEMENT RÉGULÉE

Depuis 2007, 60 écoles d’ostéopathie pouvaient délivrer des formations dans cette discipline. Ces formations n’étant pas uniformes (variant de 3 à 5 ans avec un enseignement pratique parfois insuffisant), un rapport de l’IGAS daté de 2012 a pointé les insuffisances et dérives de certaines. En 2014, de nouveaux critères ont été définis. Le point avec Dominique Blanc, praticien à Lyon Croix-Rousse depuis 20 ans et président des Ostéopathes de France, la plus importante des associations reconnues par le ministère de la Santé.

« Devant l’offre de formation pléthorique et de niveau très disparate, de nouveaux textes réglementaires ont été publiés en septembre 2014, instaurant de nouveaux critères qualitatifs d’agrément pour les établissements formant à cette discipline. Ainsi, le nombre des écoles a au moins été divisé par deux (60 agréments environ avant la réforme, moins de 30 aujourd’hui) ; elles ont été jugées non conformes aux critères de qualité fixés par le ministère et approuvés par les professionnels. Toutefois, certaines écoles retoquées ont engagé, comme il était dans leur droit, des recours contre la décision administrative. Si cette réforme n’est pas parfaite, elle tire notre profession vers le haut, car la formation va être majorée.

« Désormais, la loi impose aux écoles de dispenser un enseignement post-bac de 4 860 heures sur 5 ans, doté d’une formation clinique renforcée (1 500 heures de pratique). Chaque étudiant de 5e année doit avoir effectué 150 consultations complètes validées par l’école. Et les enseignants doivent avoir une ancienneté professionnelle de 5 ans minimum. De fait, le nombre des étudiants va être limité : l’effectif des ostéopathes étant passé de 10 000 en 2010 à plus de 25 000 en 2015, la situation professionnelle des ostéopathes est devenue critique. »

L’ostéopathie est probablement la plus importante médecine complémentaire en France. Selon un sondage OpinionWay réalisé en 2014 pour le Syndicat français des ostéopathes, les Français ont de plus en plus recours à l’ostéopathie. On note une progression de 20 % en 4 ans : 48 % en 2014 versus 40 % en 2010.

Comment se déroule la “rencontre” avec le patient ?

Lorsqu’un patient vient consulter avec un symptôme X, l’ostéopathe est intéressé par le symptôme, mais pas uniquement. Le symptôme est bien souvent le résultat d’un processus beaucoup plus complexe. Il peut être l’aboutissement d’un processus de compensation ou d’expression de quelque chose de sous-jacent et dont le malade n’a pas forcément conscience. Le praticien doit identifier de façon précise l’origine des tensions et des blocages qui restreignent la mobilité des différents tissus.

Ainsi, lorsque je reçois un patient, je m’intéresse à l’individu dans sa globalité. J’ai une approche analytique. Et, dans mon analyse, je vais intégrer tous les tissus du corps pour comprendre quels processus amènent au symptôme manifesté par le patient. On ne soigne pas un dos ou une articulation douloureuse mais un être vivant.

J’observe la personne, je l’interroge sur ses antécédents médicaux et chirurgicaux, son alimentation, la qualité de son sommeil... et l’écoute exprimer son problème, puis je lui propose de s’allonger. Je procède alors à une palpation, une “écoute tissulaire” la plus fine possible, pour essayer de sentir dans les tissus quelles sont les origines du problème. L’outil “diagnostic” de l’ostéopathe, c’est avant tout son ressenti palpatoire. Ce qui nécessite expérience et savoir-faire.

Le diagnostic établi, comment procédez-vous ?

C’est la palpation qui va permettre de déterminer le déroulement du traitement. Le corps du patient nous guide dans le choix des techniques. Lors de la palpation, le corps se livre dans sa globalité. Il transmet d’emblée un message total que l’on va décrypter en fonction de sa sensibilité. Lors de la consultation, il se produit une interaction entre le thérapeute et le patient où la dimension humaine et l’histoire de la personne tiennent une place essentielle. Ensuite, nous disposons d’un panel de techniques et nous allons utiliser celles qui nous semblent les plus adaptées au patient, “ici et maintenant”. Pour un même symptôme manifesté par deux personnes distinctes, la technique que j’appliquerai à l’une et à l’autre ne sera donc pas forcément la même.

Pouvez-vous ressentir un traumatisme caché ou enfoui chez un patient ?

Un patient livre avec les mots ce qu’il peut et ce qu’il veut bien “livrer”. Prenons le cas d’un patient suivi par un psy, cela peut durer plusieurs années avant qu’il n’aborde le fond du problème. Ce qui est intéressant dans l’approche corporelle, c’est que le corps se livre avec simplicité dans sa globalité. Mais ça ne veut pas dire qu’en une seule séance on va pouvoir tout aborder avec la personne et tout résoudre. Prenons le cas d’une jeune fille qui a subi des attouchements sexuels dans l’enfance, lorsque la main de l’ostéopathe va aborder le ventre ou le bassin, on va ressentir l’information. Comment ? La main ne va pas pouvoir se poser facilement sur cette partie du corps. C’est tout un faisceau d’éléments ressentis qui vont nous permettre de comprendre que c’est une zone “difficile” pour le patient. C’est un fait très marquant quand on le rencontre.

A qui s’adresse l’ostéopathie ?

A tous ceux qui veulent rester en bonne santé ou la recouvrer. La thérapie holistique ne se donne pas pour tâche de faire retrouver un meilleur rendement ou de procurer une satisfaction superficielle au patient. Elle s’adresse à ceux qui sont à la recherche de l’accomplissement et de l’épanouissement de leur être. L’ostéopathe par son attitude d’écoute des tissus, par ses techniques de réharmonisation, par son intention d’aider le patient à réagir et à élargir sa compréhension du problème, peut alors l’accompagner vers la guérison.

(Propos recueillis par Brigitte Postel)

LE DÉROULÉ D’UNE CONSULTATION

Une consultation ostéopathique est articulée autour d’une anamnèse, d’une phase de tests palpatoires et d’une phase de traitement et de conseils Lors de l’anamnèse, l’ostéopathe s’intéresse aux antécédents personnels, traumatiques, médicaux et chirurgicaux de la personne, afin d’essayer de comprendre au mieux l’apparition des symptômes, qui sont la manifestation locale d’un état global. Grâce à des tests palpatoires spécifiques, l’ostéopathe détecte les zones du corps présentant des restrictions de mobilité susceptibles d’altérer l’état de santé. Une fois les restrictions repérées, l’ostéopathe fait le lien entre les informations de l’anamnèse "cognitive" et des tests palpatoires "perceptifs" pour mettre en place un axe de traitement.

L’anamnèse terminée, l’ostéopathe commence par un bilan classique en position debout avec des tests posturaux puis, en position couchée, il teste les différentes articulations (chevilles, genoux, bassin, rachis...), le système viscéral, puis la base du crâne, la voûte crânienne dans son ensemble et, pour finir, pratique des tests spécifiques au niveau des articulations temporo-mandibulaires, une mauvaise occlusion dentaire ou une mandibule trop longue, par exemple, pouvant avoir soit une cause locale, soit être la conséquence d’une perturbation du système vertébral, postural, viscéral ou crânien, soit encore entraîner une courbure de la colonne – il s’agit, dans ce cas, d’un mécanisme compensatoire qui permet de maintenir l’équilibre du corps.

Article original de :
Mme Brigitte Postel

Paru dans Mutuelle & Santé n° 88

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