L'ostéopathie en pratique

L’ostéopathie est une discipline qui permet de diagnostiquer et de soigner une grande variété d’affections. Zoom sur un art, une philosophie et une science.

Depuis 2007, 60 écoles d’ostéopathie pouvaient délivrer des formations dans cette discipline. Ces formations n’étant pas uniformes (variant de 3 à 5 ans avec un enseignement pratique parfois insuffisant), un rapport de l’IGAS daté de 2012 a pointé les insuffisances et dérives de certaines. En 2014, de nouveaux critères ont été définis. Le point avec Dominique Blanc, praticien à Lyon Croix-Rousse depuis 20 ans et président des Ostéopathes de France, la plus importante des associations reconnues par le ministère de la Santé, ainsi qu'avec le Dr Jacques Churlaud, osthéopathe à Paris.

Une formation qualitativement régulée

Propos du Dr Blanc :

« Devant l’offre de formation pléthorique et de niveau très disparate, de nouveaux textes réglementaires ont été publiés en septembre 2014, instaurant de nouveaux critères qualitatifs d’agrément pour les établissements formant à cette discipline. Ainsi, le nombre des écoles a au moins été divisé par deux (60 agréments environ avant la réforme, moins de 30 aujourd’hui) ; elles ont été jugées non conformes aux critères de qualité fixés par le ministère et approuvés par les professionnels. Toutefois, certaines écoles retoquées ont engagé, comme il était dans leur droit, des recours contre la décision administrative. Si cette réforme n’est pas parfaite, elle tire notre profession vers le haut, car la formation va être majorée. »

« Désormais, la loi impose aux écoles de dispenser un enseignement post-bac de 4 860 heures sur 5 ans, doté d’une formation clinique renforcée (1 500 heures de pratique). Chaque étudiant de 5e année doit avoir effectué 150 consultations complètes validées par l’école. Et les enseignants doivent avoir une ancienneté professionnelle de 5 ans minimum. De fait, le nombre des étudiants va être limité : l’effectif des ostéopathes étant passé de 10 000 en 2010 à plus de 25 000 en 2015, la situation professionnelle des ostéopathes est devenue critique. »

L’ostéopathie est probablement la plus importante médecine complémentaire en France. Selon un sondage OpinionWay réalisé en 2014 pour le Syndicat français des ostéopathes, les Français ont de plus en plus recours à l’ostéopathie. On note une progression de 20 % en 4 ans : 48 % en 2014 versus 40 % en 2010.

Le déroulé d'une consultation

Une consultation ostéopathique est articulée autour d’une anamnèse, d’une phase de tests palpatoires et d’une phase de traitement et de conseils. Lors de l’anamnèse, l’ostéopathe s’intéresse aux antécédents personnels, traumatiques, médicaux et chirurgicaux de la personne, afin d’essayer de comprendre au mieux l’apparition des symptômes, qui sont la manifestation locale d’un état global. Grâce à des tests palpatoires spécifiques, l’ostéopathe détecte les zones du corps présentant des restrictions de mobilité susceptibles d’altérer l’état de santé. Une fois les restrictions repérées, l’ostéopathe fait le lien entre les informations de l’anamnèse "cognitive" et des tests palpatoires "perceptifs" pour mettre en place un axe de traitement.

L’anamnèse terminée, l’ostéopathe commence par un bilan classique en position debout avec des tests posturaux puis, en position couchée, il teste les différentes articulations (chevilles, genoux, bassin, rachis...), le système viscéral, puis la base du crâne, la voûte crânienne dans son ensemble et, pour finir, pratique des tests spécifiques au niveau des articulations temporo-mandibulaires (mâchoire et tempes), une mauvaise occlusion dentaire ou une mandibule trop longue, par exemple, pouvant avoir soit une cause locale, soit être la conséquence d’une perturbation du système vertébral, postural, viscéral ou crânien, soit encore entraîner une courbure de la colonne – il s’agit, dans ce cas, d’un mécanisme compensatoire qui permet de maintenir l’équilibre du corps.

La rencontre avec le patient

Propos du Dr Churlaud :

Lorsqu’un patient vient consulter avec un symptôme X, l’ostéopathe est intéressé par le symptôme, mais pas uniquement. Le symptôme est bien souvent le résultat d’un processus beaucoup plus complexe. Il peut être l’aboutissement d’un processus de compensation ou d’expression de quelque chose de sous-jacent et dont le malade n’a pas forcément conscience. Le praticien doit identifier de façon précise l’origine des tensions et des blocages qui restreignent la mobilité des différents tissus.

Ainsi, lorsque je reçois un patient, je m’intéresse à l’individu dans sa globalité. J’ai une approche analytique. Et, dans mon analyse, je vais intégrer tous les tissus du corps pour comprendre quels processus amènent au symptôme manifesté par le patient. On ne soigne pas un dos ou une articulation douloureuse mais un être vivant.

J’observe la personne, je l’interroge sur ses antécédents médicaux et chirurgicaux, son alimentation, la qualité de son sommeil... et l’écoute exprimer son problème, puis je lui propose de s’allonger. Je procède alors à une palpation, une “écoute tissulaire” la plus fine possible, pour essayer de sentir dans les tissus quelles sont les origines du problème. L’outil “diagnostic” de l’ostéopathe, c’est avant tout son ressenti palpatoire. Ce qui nécessite expérience et savoir-faire.

Le diagnostic établi, comment procéder ?

C’est la palpation qui va permettre de déterminer le déroulement du traitement. Le corps du patient nous guide dans le choix des techniques. Lors de la palpation, le corps se livre dans sa globalité. Il transmet d’emblée un message total que l’on va décrypter en fonction de sa sensibilité. Lors de la consultation, il se produit une interaction entre le thérapeute et le patient où la dimension humaine et l’histoire de la personne tiennent une place essentielle. Ensuite, nous disposons d’un panel de techniques et nous allons utiliser celles qui nous semblent les plus adaptées au patient, “ici et maintenant”. Pour un même symptôme manifesté par deux personnes distinctes, la technique que j’appliquerai à l’une et à l’autre ne sera donc pas forcément la même.

Traumatisme caché ou enfoui chez un patient

Un patient livre avec les mots ce qu’il peut et ce qu’il veut bien “livrer”. Prenons le cas d’un patient suivi par un psy, cela peut durer plusieurs années avant qu’il n’aborde le fond du problème. Ce qui est intéressant dans l’approche corporelle, c’est que le corps se livre avec simplicité dans sa globalité. Mais ça ne veut pas dire qu’en une seule séance on va pouvoir tout aborder avec la personne et tout résoudre. Prenons le cas d’une jeune fille qui a subi des attouchements sexuels dans l’enfance, lorsque la main de l’ostéopathe va aborder le ventre ou le bassin, on va ressentir l’information. Comment ? La main ne va pas pouvoir se poser facilement sur cette partie du corps. C’est tout un faisceau d’éléments ressentis qui vont nous permettre de comprendre que c’est une zone “difficile” pour le patient. C’est un fait très marquant quand on le rencontre.

A qui s’adresse l’ostéopathie ?

A tous ceux qui veulent rester en bonne santé ou la recouvrer. La thérapie holistique ne se donne pas pour tâche de faire retrouver un meilleur rendement ou de procurer une satisfaction superficielle au patient. Elle s’adresse à ceux qui sont à la recherche de l’accomplissement et de l’épanouissement de leur être. L’ostéopathe par son attitude d’écoute des tissus, par ses techniques de réharmonisation, par son intention d’aider le patient à réagir et à élargir sa compréhension du problème, peut alors l’accompagner vers la guérison.

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Propos recueillis par Brigitte Postel

Basé sur l'article de :
Mme Brigitte Postel

Paru dans Mutuelle & Santé n° 88

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