Étude sur l’ostéoporose masculine (étude STRAMBO, Lyon)

Les fractures ostéoporotiques sont un problème pour un individu et pour la santé publique. Derrière tous ces événements pénibles pour un individu, il y a des coûts majeurs pour le budget de la santé qui ne touche pas uniquement les femmes.

Les fractures ostéoporotiques sont un problème pour un individu et pour la santé publique. Elles sont à l’origine de la souffrance, de la perte d’indépendance et de l’hospitalisation. Elles peuvent nécessiter une mise en institution et une rééducation prolongée.

Derrière tous ces événements pénibles pour un individu, il y a des coûts majeurs pour le budget de la santé. Le problème ne peut que s’aggraver : le risque de fracture augmente avec l’âge, donc le nombre de ces fractures et les coûts associés augmentent avec le vieillissement de la population.

Ostéoporose chez l’homme âgé, problème majeur de santé publique

L’ostéoporose ne touche pas uniquement les femmes. Elle touche des millions d’hommes à travers le monde avec des conséquences très graves. Une partie des fractures ostéoporotiques surviennent chez les personnes en activité professionnelle et entraînent des coûts liés à la perte de productivité au travail. Pour cette raison, il est nécessaire d’étudier les facteurs de risque de l’ostéoporose chez l’homme âgé. Nous avons déjà présenté ici l’étude STRAMBO, fruit de la coopération entre la MTRL et l’unité INSERM 1033 à Lyon. Dans le cadre de cette étude, 1 169 hommes âgés de 20 à 85 ans, affiliés de la MTRL, ont passé les examens à l’hôpital Edouard-Herriot (service de rhumatologie, pavillon F) entre février 2006 et février 2008. Les hommes âgés de plus de 60 ans sont suivis régulièrement depuis.

Etude STRAMBO : les résultats s’accumulent !

Les analyses du premier bilan ont déjà apporté les résultats présentés dans les articles publiés dans des revues scientifiques et lors des congrès internationaux. Notre question principale concerne la microarchitecture osseuse, son évolution avec l’âge et ses déterminants. La microarchitecture osseuse, c’est la structure interne de l’os, autrement dit, comment l’os est « fait » à l’intérieur. Pour comprendre l’os et son évolution avec l’âge, il est utile d’imaginer l’os comme un matériau et le squelette comme un bâtiment. Comme les structures d’un bâtiment doivent assurer sa stabilité et sa rigidité (sans coûter trop cher), la structure de notre squelette doit assurer sa rigidité et sa résistance aux fractures (sans peser trop lourd).

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Jusqu’à 2004, la microarchitecture osseuse n’était évaluée que dans une biopsie osseuse. Jusqu’alors, il était nécessaire d’effectuer une biopsie osseuse pour obtenir un morceau d’os permettant de faire les mesures. Dans notre étude, nous utilisons l’appareil XtremeCT SCANCO, de la société suisse SCANCO Medical AG, qui évalue la microarchitecture osseuse sans faire de biopsie. Cet appareil a été commercialisé en 2004 et nous avons eu le premier exemplaire en Europe. Jusqu’ici, nos analyses ont été focalisées sur les déterminants de la microarchitecture osseuse. Chez l’homme, une baisse de la sécrétion hormonale avec l’âge s’associe à une détérioration de celle-ci. Un point doit être souligné. Parfois, nous devons faire les analyses dans les sousgroupes créés en fonction des taux d’hormones. Cependant, il faut que le nombre de sujets par groupe soit suffisant pour obtenir des résultats fiables.

Heureusement, l’étude STRAMBO portant sur plus de 1 150 hommes permet de créer les sous-groupes de taille suffisante pour obtenir les résultats concluants. Certains résultats intéressent, pour l’instant, principalement le milieu scientifique. La relation entre la microarchitecture osseuse et les taux sanguins d’ostéoprotégérine ou de sclérostine (deux molécules impliquées dans la régulation du métabolisme osseux) est un signal pour les laboratoires pharmaceutiques qui mettent au point les médicaments anti-ostéoporotiques. D’autres résultats ont une signification pratique dans la vie quotidienne. Le tabagisme, un apport en calcium faible et une force musculaire faible sont tous associés à une détérioration de la microarchitecture osseuse. Et il ne s’agit pas de « gros fumeurs » ! Dix cigarettes par jour suffisent pour affaiblir notre squelette ! Ces résultats montrent qu’un mode de vie sain (pas de tabac, nutrition riche en calcium, activité physique maintenue malgré les années qui passent) favorise la stabilité et la résistance mécanique de notre squelette.

Nos résultats très préliminaires suggèrent que l’évaluation de la microarchitecture osseuse permet de mieux identifier les hommes à haut risque de fracture. Il faut néanmoins insister sur les mots « très préliminaires » et juger ces résultats avec prudence. Cependant, s’ils sont confirmés, leur intérêt sera double. D’une part, ils aideront à identifier les hommes à haut risque de fracture qui doivent obtenir un traitement. D’autre part (et à plus long terme), les analyses des déterminants biologiques des paramètres microarchitecturaux associés à la fragilité osseuse pourront inspirer les études sur les nouveaux médicaments.

Journée mondiale de l’ostéoporose en 2014

La Fondation internationale de l’ostéoporose organise chaque année (le 20 octobre) la Journée mondiale de l’ostéoporose. Cette année, son sujet était l’ostéoporose masculine. La Fondation rappelle son importance en disant qu’un homme sur cinq âgé de plus de 50 ans souffrira d’une fracture due à l’ostéoporose. La fracture de la hanche est la plus invalidante, or un tiers de ces fractures surviennent chez l’homme. La Fondation rappelle quels sont les facteurs de risque de fracture chez l’homme : âge de plus de 70 ans, antécédents familiaux et personnels de fracture ostéoporotique, certaines maladies chroniques (par exemple, maladies inflammatoires des intestins) et certains médicaments (gluco-corticoïdes, thérapie anti-androgénique chez les patients atteints de cancer de la prostate). La Fondation souligne que les facteurs du mode de vie sont les déterminants du risque de fracture, surtout le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, l’alimentation pauvre en calcium, le manque d’exercice physique et l’exposition faible au soleil (notamment chez les personnes âgées vivant en institution).

Certains facteurs faciles à observer peuvent inciter un homme âgé à parler à son médecin du risque d’ostéoporose. Ils comprennent une diminution de la taille de plus de 3 centimètres depuis l’âge de 25 ans, une fracture suite à une chute de sa propre hauteur survenue à partir de l’âge de 50 ans ou un traitement à base de corticoïdes par voie orale prolongé (actuelle ou dans le passé). Nous disposons des moyens qui permettent d’estimer le risque de fracture, comme la mesure de la densité minérale osseuse par absorptiométrie biphotonique à rayons X et les algorithmes tenant compte des facteurs de risque de fracture. Nous disposons des médicaments qui augmentent la densité osseuse tels que bisphosphonates, dénosumab, tériparatide, ranélate de strontium. Néanmoins, le médicament ne peut être efficace que s’il est pris régulièrement. Or plus de 50 % des patients arrêtent le traitement anti-ostéoporotique lors de la première année !

Journée mondiale de l’ostéoporose et étude STRAMBO

La Fondation internationale de l’ostéoporose reconnaît l’importance de l’ostéoporose chez l’homme et la considère comme un des sujets phares. Sans être prétentieux, on peut dire que la fidèle participation des sujets volontaires et le travail de l’équipe de recherche de l’étude STRAMBO ont contribué à la mise en évidence de l’importance de l’ostéoporose masculine. Notre étude s’inscrit dans les priorités de la recherche mondiale sur l’ostéoporose. Nous sommes la plus grande étude sur la relation entre la microarchitecture et la fragilité osseuses dans le monde ! Néanmoins, la participation de tous est indispensable pour obtenir les résultats fiables qui pourront améliorer la prise en charge de l’ostéoporose masculine dans la pratique clinique !

Pour en savoir plus

Une brochure sur l’ostéoporose chez l’homme (en français) peut être téléchargée sur le site de la Fondation internationale de l’ostéoporose (lien : http://share.iofbonehealth.org/WO D/2014/patient-brochure/WOD14-patient_brochure-FR.pdf.)

Dr Pawel Szulc, Unité INSERM 1033,service rhumatologie, Hôpital Edouard-Herriot, Lyon

Article original de :
Dr Pawel Szulc

Paru dans Mutuelle & Santé n° 84

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