Ostéoporose : la recherche avance

Nouvelles techniques d’imagerie à l’aide de radiographie numérisée pour prévenir de l’Ostéoporose. Développement de biomarqueurs pour estimer le risque de fractures.

En France, chaque année, plus de 50 000 personnes âgées le plus souvent des femmes – se fracturent le col du fémur. Cette fracture se complique généralement, ce qui peut contribuer au décès ou laisser un lourd handicap. La moitié de ces patients ne peuvent pas retrouver de capacités physiques suffisantes pour retourner vivre à leur domicile

Par ailleurs, 45 000 femmes présentent une fracture du poignet. Cette fracture est le plus souvent bénigne, mais elle constitue un signal d’alarme, car elle signe une fragilité osseuse sous-jacente&nbsp: la fracture, survenue au décours d’une chute banale, ne résulte pas seulement de celle-ci mais est également liée à un état osseux qui n’a pas permis de résister à la chute. Il n’est pas normal de se fracturer l’avant-bras au cours d’une chute. On estime en général qu’un traumatisme dont la violence est inférieure ou égale à celle d’une chute de sa propre hauteur ne doit pas engendrer de fracture. Le traitement orthopédique de cette fracture ne suffit pas, il faut explorer la fragilité osseuse sous-jacente. Finalement, environ une femme sur deux qui dépasse l’âge de 50 ans aura une fracture liée à l’ostéoporose, et un homme sur quatre.

De l’utilité d’une ostéodensitométrie

Le dépistage des femmes à risque de fracture repose de nos jours sur l’utilisation de l’ostéodensitométrie, qui permet de repérer les femmes les plus à risque en mesurant la densité minérale osseuse, au niveau de la colonne lombaire et de la hanche. On utilise aussi de plus en plus un outil disponible sur Internet, développé par l’Organisation mondiale de la santé, le FRAX®. Celui-ci permet de calculer la probabilité de certaines fractures pour les dix ans qui viennent, en recueillant quelques facteurs de risque cliniques et la densité minérale osseuse. Toutefois, ces outils ne sont pas toujours utilisés à bon escient car les trois quarts des femmes qui ont une fracture liée à l’ostéoporose ne reçoivent pas de traitement approprié par la suite, en France et dans tous les autres pays développés. Les femmes concernées ont donc tout intérêt à demander une ostéodensitométrie à leur médecin après ce type d’incident. Par ailleurs, la moitié des fractures s’observent chez des femmes dont la densité minérale osseuse n’est pas en dessous du seuil défini par l’OMS, si bien que l’examen peut être pris en défaut.

De nouvelles techniques pour améliorer la prédiction du risque de fracture

C’est pourquoi nous développons de nouvelles techniques d’imagerie. Par exemple, un scanner à haute résolution, qui donne des images très précises de l’architecture osseuse, a déjà permis de montrer dans des études pilotes conduites à Lyon par l’unité INSERM UMR 1033 (Pr Roland Chapurlat), localisée à l’hôpital Edouard-Herriot, qu’il pourrait améliorer le dépistage des femmes qui ne sont pas considérées comme à risque par l’ostéodensitométrie standard. De même, une radiographie numérisée du pied permettant d’analyser la microarchitecture (analyse de texture) serait susceptible d’améliorer la prédiction du risque de fracture. Ces techniques sont de réalisation rapide et ne présentent pas d’inconvénient pour la santé. En particulier, elles irradient beaucoup moins qu’une radiographie simple. Par ailleurs, un nouveau logiciel d’analyse des scanners de hanche pourrait aussi assurer une meilleure évaluation du risque de fracture du col du fémur. De même, notre connaissance de la fragilité osseuse sera probablement améliorée par le développement de nouveaux bio-marqueurs, afin de mieux estimer le risque de fracture mais aussi de mieux choisir les traitements, car tout le monde ne réagit pas nécessairement de la même façon à un même produit. On pourrait ainsi prescrire les futurs traitements en connaissant certains gènes des patients, qui les prédisposent à mieux réagir à tel ou tel médicament, alors qu’actuellement tout le monde reçoit les mêmes produits. Certains patients réagissent favorablement à un médicament donné, d’autres moins, sans que l’on puisse le savoir à l’avance. Cette personnalisation de la médecine est un de nos objectifs.

Une grande étude de cohorte est en cours

Ces nouvelles technologies sont en cours de validation. De ce fait, une grande étude de cohorte est en cours à Lyon et à Orléans, visant à assurer un suivi de femmes ménopausées de plus de 50 ans, sur plusieurs années. Il s’agit de l’étude QUALYOR, qui va rassembler 1 575 femmes non traitées. Après une mesure de densité minérale osseuse par l’examen traditionnel qu’est l’ostéodensitométrie, celles qui ont une densité modérément abaissée pourront participer à ce suivi, en bénéficiant de ces nouvelles techniques d’imagerie. L’objectif principal de cette cohorte est de déterminer avec plus de précision quelles sont les femmes qui présenteront des fractures après la ménopause, afin de pouvoir introduire une prévention adéquate. Ces nouvelles techniques d’imagerie permettront de préciser quelles sont les altérations de la qualité osseuse qui favorisent les fractures, indépendamment de la quantité d’os présente (densité osseuse).

Si vous êtes intéressée, vous pouvez contacter le Centre de prévention des ostéoporoses à l’hôpital EdouardHerriot, au 04 72 11 74 40 ou 04 72 11 74 39.

UNE INITIATIVE ORIGINALE

Le service du professeur Chapurlat, en collaboration avec des médecins pédiatres de l’hôpital Edouard-Herriot (Pr Cochat, Dr Bacchetta), envisage de lancer une étude sur l’importance de l’apport en vitamine D chez les adolescents. La justification scientifique repose sur le fait qu’une part importante de la masse osseuse chez la femme ménopausée dépend de ce qui s’est passé pendant cette phase d’acquisition de la masse osseuse. La prévention des fractures – 50 ans plus tard – dépend en partie de la compréhension des événements survenus pendant cette période de croissance. L’étude, qui s’appelle VITADOS, comportera aussi une mesure de micro-architecture, comme dans l’étude QUALYOR.

Article original de :
Pr Roland Chapurlat

Paru dans Mutuelle & Santé n° 72

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