La bonne pratique de la sieste et ses bienfaits

L'intervention de Mme Clémence Peix-Lavallée, Sophrologue, lors de la Journée Réflexe Prévention Santé, le 29 avril 2016

Ce texte, retranscrit par Amandine Raymond, rapporte l'intervention de Mme Clémence Peix-Lavallée lors de la Journée Réflexe Prévention Santé, organisée par la MTRL le 29 avril 2016


Retrouvez la vidéo de la conférence, avec une intervention du Dr Patrick Lemoine, et un exercice pratique de sieste !


La sieste, certains s’en délectent, d’autres la proscrivent. Personnellement, elle me régénère, mais certaines personnes en ressortent groggy, au ralenti.

La sieste dont les spécialistes vantent les mérites est celle qui donne un coup de fouet et permet de récupérer, qui augmente la performance et la créativité. Les études quantifient que 20 min de sieste augmentent de 20 % notre capacité intellectuelle.

Les sportifs l’ont compris depuis longtemps, en faisant une sieste le matin entre deux entraînements. En entreprise, “siester” est toujours mal vu. Seulement 17 % des cadres dirigeants trouvent “acceptable” de faire une petite pause de moins de 20 min. Dans le même temps, une étude rapporte qu’un cadre sur trois pique du nez en réunion.

Le groupe Terra Nova, qui promeut des solutions politiques innovantes, a publié un rapport dans lequel il est recommandé de “permettre de courtes siestes au bureau et [de] former les responsables en ressources humaines aux questions du sommeil et à son importance”. L’essentiel, pour les auteurs de ce rapport, est de faire évoluer la perception portée sur la sieste, qui est toujours considérée comme une prime à la paresse alors qu’il s’agit d’une façon de mieux répartir les temps d’activité et de récupération dans la journée.

Les raisons – bonnes ou mauvaises – de faire la sieste

En France, 13 % des 18 à 55 ans font la sieste. À partir de 55 ans, cette habitude augmente.

On fait généralement la sieste pour deux raisons : par manque de sommeil, mais aussi parce que c’est une heure biologiquement et génétiquement programmée. En effet, le mot sieste vient de l’espagnol siesta, qui procède lui-même du latin sexta, qui signifie “la sixième heure du jour”.

Si vous vous levez à 7 heures le matin, vous ressentirez naturellement un appel au sommeil entre 13 heures et 15 heures, que vous ayez déjeuné ou non. C’est un reliquat de notre rythme archaïque. Selon certains scientifiques, l’Homo erectus fractionnait son sommeil, il dormait souvent mais peu à la fois. Au cours de l’évolution, le rythme de sommeil s’est régulé avec des temps d’éveil et de sommeil plus longs.

Commentaire de Patrick Lemoine Aux origines, la sieste était une question de survie thermique car, dans ces régions de fortes chaleurs, il fallait se mettre au frais. Cela reste inscrit en nous et, de par le monde, on constate une transmission culturelle très importante de la pratique de la sieste.

La sieste, pour qui ?

Chez les bébés et les jeunes enfants, la sieste est physiologique. Pour les seniors, la sieste est corrélée à la survenue de maladies, aux douleurs récurrentes.

Chez l’adulte, la sieste est un acte volontaire, un choix de vie. On accepte pendant quelques instants de lâcher prise, de renoncer à être une force active. Par contre, la sieste est interdite aux insomniaques, qui passent 25 % de leur nuit à ne pas dormir.

Il existe plusieurs types de siestes. La sieste flash, pendant laquelle on s’assoupit quelques instants, fonctionne comme une régénération neuronale qui permet de se sentir un peu plus frais ensuite. Puis il y a la sieste classique de 20 min qui permet de récupérer entre 2 et 3 heures de vigilance. Il existe aussi la sieste royale, de 90 min. Cette sieste-là permet de compenser une vraie dette de sommeil, mais elle doit rester ponctuelle, au risque de décaler l’horloge interne. C’est une forme de sieste à laquelle ont notamment recours les gens qui travaillent en horaires décalés.

Il y a cependant une sieste particulière, qui peut être douloureuse et inconfortable, dont on se réveille, vaseux, en stade de sommeil profond. Tout le reste de la journée, notre cerveau essaie de nous ramener dans le sommeil afin d’achever le cycle entamé. Pour éviter cette sieste inopportune, il suffit de régler un réveil à 20 ou 30 min maximum.

Les avantages que procure la sieste

La sieste est riche en bienfaits physiologiques et physiques, mais elle agit également au niveau psychique et mental. Après un sommeil de 2 heures seulement au cours d’une nuit, une sieste de 30 min peut restaurer le taux des hormones réactives au stress et le système immunitaire.

Au niveau physique, la sieste a des bienfaits cardiovasculaires, car elle permet de faire baisser la tension artérielle. Dans ce moment de détente, la respiration oxygène correctement les organes vitaux et permet d’harmoniser le système nerveux autonome. Cette détente agit après quelques minutes seulement. Elle augmente également les capacités cognitives.

Les études montrent qu’après une période d’apprentissage, un temps de sommeil permet de favoriser la mémoire à moyen terme. C’est également une libération de la créativité. En tout début de sieste, entre l’éveil et le sommeil, on est dans un état de semi-conscience dit “hypnagogique”. C’est un moment propice aux sensations, aux visions, très porteur de créativité et de connexions transversales.

Il faut oser faire la sieste, c’est un signe de maturité. Ces moments nous régénèrent sur le plan biologique, psychologique et émotionnel. Cela peut être un outil formidable, une véritable hygiène de vie.

Questions

  • Vaut-il mieux faire la sieste assis ou couché ? Il vaut mieux adopter une position assise pour ne pas donner au cerveau l’information que l’on va au lit pour entamer une nuit. Il n’est pas conseillé non plus d’être dans le noir complet, le but n’est pas d’accéder au sommeil profond.

  • En est-il de même pour les bébés ? Le sommeil diurne des bébés ne correspond pas à une sieste. Mais il est préférable qu’ils sentent la différence entre jour et nuit pour trouver leur rythme biologique.

  • Quel est l’impact des écrans sur le sommeil ? Les écrans perturbent le sommeil puisqu’ils donnent une information d’éveil à notre cerveau. On peut même ne pas ressentir le besoin de sommeil. Beaucoup d’adolescents sont en difficulté scolaire car ils vivent la nuit et dorment en classe pendant la journée.

Article original de :
Mme Clémence Peix-Lavallée

Paru dans Mutuelle & Santé n° 90

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