Dormir sans médicaments... ou presque !

Conférence de Patrick Lemoine, psychiatre, sur le thème : “dormir sans médicaments… ou presque !” (conférence du 22 mai 2015)

Le sommeil représente un tiers de notre vie ; et combien de temps un médecin, en France, reçoit-il de cours de “sommeil” durant ses études médicales ? Zéro heure ! En gros : les médecins français n’ont aucune culture sur le sommeil ou n’ont, du moins, que celle qu’ils ont la curiosité d’acquérir par la suite.

Ceci explique une chose : la France est le recordman mondial de la prescription d’hypnotiques. Dès que vous allez chez un médecin, le pauvre fait ce qu’il peut avec les outils qu’il a en sa possession ; ainsi, la première réaction au « Je dors mal » sera la prescription d’un hypnotique.

Le sommeil est quelque chose qui pose un vrai problème dans notre pays. On sait que la plupart des personnes qui dorment mal se retrouvent avec des médicaments. Par ailleurs, plus on prend de l’âge, plus c’est dangereux ; et plus on prend de l’âge, plus on en prend – notamment les femmes.

Vous savez sans doute aussi que le sommeil peut être perturbé de bien des manières. Parmi ces manières, il y a le fait de trop dormir, ce que l’on appelle l’hypersomnie – beaucoup plus grave et quasi aussi fréquente que l’insomnie –, et le fait de ne pas dormir, l’insomnie. Et il y a encore le fait de mal dormir. Toutes ces nuances sont très importantes : on ne doit pas traiter les gens de la même façon selon qu’ils dorment trop ou pas assez…

En France, on a énormément de sommeil chimique !

Or il faut bien comprendre que dormir avec un hypnotique, ce n’est pas vraiment dormir : c’est avoir une anesthésie légère. Ce n’est pas du sommeil naturel. En réalité, il n’existe qu’un seul hypnotique correct, c’est le placebo.

Il faut bien comprendre que prendre un médicament hypnotique n’est pas anodin, même si ça rend parfois service. Pour résumer les choses, on ne devrait prendre un hypnotique que si l’insomnie est transitoire et que la cause est connue. Par exemple : votre conjointe vous annonce que votre belle-mère va venir dormir chez vous une semaine. Là, s'il a une insomnie, il a une raison légitime !

Cette étude est très inquiétante, je suis sidéré que les pouvoirs publics ne se soient pas immédiatement emparés de ses résultats :

100 000 personnes suivies pendant en moyenne 7 ans, où : les deux tiers n’avaient pas pris d’hypnotiques ou d’anxiolytiques – c’est la même chose du point de vue chimique – et le tiers restant qui en avait pris… Eh bien, voyez que si vous avez pris des hypnotiques pendant plus de 3 mois, vous avez quand même deux fois plus de risques de mourir que si vous n’en avez pas pris. Ce n’est pas négligeable, et je ne comprends pas que les pouvoirs publics n’aient pas du tout réagi à cela.

Là encore, je suis totalement surpris que dans le dictionnaire Vidal, qui est la bible des médecins en ce qui concerne les médicaments, vous ne trouviez jamais la cause principale des contre-indications des tranquillisants et des somnifères : c’est que lorsque vous prenez un quart de comprimé de Lexomil le soir au dîner, vous multipliez par deux le nombre et la durée des apnées. Qu’est-ce que ça veut dire ? Si vous avez 60 ou 65 ans, que vous êtes un homme et faites 8 ou 10 secondes d’apnée par heure de sommeil, vous êtes quasiment normal ; vous prenez un quart de Lexomil (ou un verre de vin d’ailleurs, c’est pareil), et vous vous retrouvez avec 20 ou 25 secondes d’apnée par heure, et là vous êtes carrément malade ! Avec tous les risques que cela implique : AVC, infarctus

La contre-indication, ce sont les apnées du sommeil avec leur cortège de complications. Or est-ce que votre médecin va systématiquement vous demander, ou demander à votre conjoint, si vous ronflez avant de vous prescrire un anxiolytique ? ou si vous avez des pauses respiratoires ? Vous savez, ce ronflement qui s’arrête, qui se met en pause pour repartir ensuite de plus belle à des niveaux sonores extrêmes ?

Juste pour que vous ayez une idée en termes de décibels : le premier patient que j’ai vu de ma vie en France sur les apnées du sommeil était un avocat de Lyon et il avait été amené à consulter suite à une pétition des voisins… Et il vivait dans une ville ! D’accord, c’était l’été et les fenêtres étaient ouvertes, mais ça vous donne quand même une idée…

On sait que les apnées du sommeil donnent des tableaux cliniques qu’on ne peut plus distinguer au bout d’un certain temps de la maladie d’Alzheimer, ce qui est dommage car, au début, c’est complètement réversible si le diagnostic et le traitement sont réalisés.

Enfin, on sait très bien que quelqu’un qui va prendre un produit sédatif le soir et qui est un peu âgé, qui se lève en cours de nuit parce qu’il a soif, s’il tombe et se casse le col du fémur, c’est le début des gros ennuis…

Une chose moins connue, ce sont les levées d’inhibition avec amnésie. Voilà bien des termes barbares et fort savants, mais c’est très simple : il arrive que le “surmoi” (comme le nomment les psychanalystes) soit soluble dans les tranquillisants. Cela veut dire que, même si vous avez des envies féroces vis-à-vis de votre belle-mère ou de votre inspecteur des impôts, vous ne passerez évidemment pas à l’acte.

Eh bien, vous seriez capable de passer à l’acte si vous preniez ce genre de produits. Par exemple, on a montré aux Etats-Unis qu’un tiers des femmes qui ont été violées, et dont les urines ont été prélevées, avaient des traces de Rohypnol dans leurs urines. Alors qu’elles n’étaient pas sous Rohypnol. A leur insu, on leur faisait prendre un truc et elles étaient violées, signaient des chèques, faisaient n’importe quoi, et après coup elles n’en gardaient absolument aucun souvenir. C’est ce que l’on appelle les drogues de la soumission.

Moi, j’ai une interne qui avait eu une peine de cœur. Elle avait peur de mal dormir, elle a pris un hypnotique, et elle a sauté par la fenêtre : 6 étages. Elle n’est pas morte. Je l’ai évidemment interrogée : elle était bien cassée, la pauvre, mais elle n’était pas déprimée. C’est simplement qu’elle avait eu des idées comme on peut en avoir à 25 ans et qu’on a ce genre de problèmes… Et là, le produit a juste supprimé… les mécanismes qui l'empêchaient de passer à l'acte. Attention à ce genre de produits !

Qu’est-ce qu’un bon sommeil ?

5 Questions au Dr Patrick Lemoine : les troubles du sommeil et leurs solutions, en quelques mots


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Combien de temps faut-il dormir ?

Pensez-vous qu’il y ait un nombre d’heures normal de sommeil ? 8 heures ? Certains ne sont pas d’accord… Et ce sont eux qui ont raison.

En fait, la moyenne, c’est 7 h 30, mais on peut être tout à fait normal et dormir moins de 6 heures et tout aussi normal et dormir plus de 8 ou 10 heures.

Il n’y a qu’un seul critère en matière de sommeil, c’est : "comment je suis au réveil ?". Est-ce que j’ai la pêche ou non ? Et la pêche, c’est la conjonction de la bonne humeur, de la bonne performance intellectuelle, de la bonne performance physique et de la bonne vigilance. Si tous ces facteurs se maintiennent sans variation dans la journée, si je n’ai pas de coup de pompe, de problème de concentration ou de mémorisation dans la journée, c’est que j’ai la pêche. Et si j’ai la pêche, c’est que j’ai bien dormi !

En plus, si j’ai la pêche, je vais bien dormir. Il n’y a pas de bon sommeil sans bon éveil, il n’y a pas de bon éveil sans bon sommeil. On ne peut pas parler d’éveil sans parler de sommeil, et vice et versa. Un bon sommeil, c’est donc ce qui me permet d’avoir la pêche au cours de la journée, et peu importe le nombre d’heures.

Deuxièmement, je dois reconnaître mon sommeil. Car si un jour j’ai des problèmes, mon médecin ne me soignera pas de la même manière. De manière très génétique, on sait qu’il y a des sujets qui sont des moyens dormeurs (7 h 30), d’autres encore des courts dormeurs (6 heures, c’est 5 ou 10 % des gens) et d’autres, enfin, des longs dormeurs (plus de 8 heures).

Être du matin ou du soir ?

Autre phénomène très génétique : c’est le fait d’être "du matin" ou "du soir". Quelqu’un qui est du soir est génétiquement différent de quelqu’un qui est du matin. Là encore, à peu près 75% des gens sont indifférents, ni du matin ni du soir ; soit plutôt du matin, ou plutôt du soir ; et puis après, environ 10 % qui sont carrément du matin et d’autres qui sont carrément du soir. On peut les reconnaître assez facilement, parce que les sujets du matin sont pathologiquement ponctuels, et les sujets du soir, moins !

On n’est pas pareils. Mais l’avantage des sujets du soir, c’est qu’ils peuvent faire les 3 x 8, du travail de nuit ou la fête, avoir des décalages horaires sans conséquence, alors que les sujets du matin sont d’une chronorigidité dramatique : pour moi, un décalage horaire de 3 heures, c’est compliqué, et même le passage à l’heure d’hiver... Je suis donc un sujet du matin : à l’heure… mais rigide !

Les hypersomnies

Une fois qu’on a parlé du bon sommeil, on va parler des hypersomnies. Quelqu’un qui se met à dormir plus, à être somnolent dans la journée, et va avoir quelques petits problèmes de mémoire… Immédiatement que fait-on ? On interroge le conjoint. Et le conjoint nous dit s’il ou elle ronfle, s’il ou elle a des pauses respiratoires, etc.

On parlera très vite des hypersomnies saisonnières, qui touchent essentiellement les femmes, et qui durent depuis le passage à l’heure d’hiver jusqu’à Pâques. Au cours de cette période, les dames mangent souvent plus de chocolat, prennent quelques kilos et ont un irrésistible appel de la couette.

C’est une pathologie qui n’est pas grave, mais qui pourrit un peu la vie des personnes qui en souffrent, parce qu’elles se sentent moins créatives et de moins bonne humeur. Et puis elles guérissent complètement, jusqu’au passage à l’heure d’hiver l’année suivante ! C’est une pathologie qu’il faut connaître : il y a un allongement du temps de sommeil en automne-hiver, surtout quand il ne fait pas beau ou qu’il pleut. De plus en plus, avec l’arrivée des fêtes de fin d’année et le solstice d’hiver. Pour toutes les personnes qui vous disent : « Je déteste les fêtes de fin d’année ! », on peut parier qu’il y a une dépression saisonnière. Et avec une simple lampe achetée pour 100 €, à raison de 10 000 lux par jour tous les matins, une demi-heure pendant tout l’automne-hiver, vous allez voir ces personnes se mettre à adorer Noël, le Père Noël et le jour de l’An !

Juste pour que vous ayez tout de même une petite idée au niveau des chiffres : lorsque vous avez une dépression et que vous voulez vous soigner avec les médicaments antidépresseurs, vous avez 60 % de chances de succès en 2 à 6 semaines.

Lorsque vous avez une dépression saisonnière et que vous êtes traité par la lumière, si vous en avez les signes physiques – boulimie sucrée, prise de poids, somnolence diurne –, vous avez 85 % de chances de succès en 4 à 14 jours. Y’a pas photo, et pourtant : on voit encore prescrire des antidépresseurs dans ce type de pathologie. C’est navrant !

Les insomnies

20 % des Français adultes ont un diagnostic d’insomnies vraies constituées. 40 % des gens ont des troubles du sommeil, même s’ils n’arrivent pas à ce fameux diagnostic… En bref, il y a deux causes de consultations en France : la douleur et l’insomnie.

Je pense que la plainte de sommeil est la plus ancienne plainte qui existe. Vous savez, ce bâton de caducée dont les médecins sont si fiers, qu’ils mettent sur leur pare-brise pour éviter les contraventions… Ce bâton d’Hermès servait au dieu à endormir qui il voulait, quand il voulait. Or Hermès, c’était le dieu de la médecine. Voyez que c’est le principal apanage du médecin : l’art de faire dormir !

Les principales causes de l’insomnie

Caféine

L’insomnie est extrêmement fréquente, on l’a vu. Je n’ai pas le temps de vous énoncer toutes les causes, mais sachez quand même qu’en premier on cherche les causes toxiques. C’est, en premier, la caféine ! J’ai toujours ma liste en tête : thé, café, chocolat, Coca, Redbull. Et n’oubliez pas que le pic d’activité de la caféine, c’est 6 à 8 heures après – et, quand on a plus de 60 ans, on double les heures. C’est le petit café de 16 heures qui va créer l’insomnie du milieu de la nuit, alors que le café pris au coucher peut ne pas poser de problèmes, parce qu’il va favoriser le réveil le lendemain matin.

Le timing est une chose importante, mais, pour quelqu’un qui dort mal, on lui supprime son demi-carré de chocolat le soir et puis, surtout, plus de source de caféine. Le grand piège étant le Coca-Cola, puisque beaucoup oublient que c’est une source majeure de caféine. Moi, j’ai soigné un nombre incalculable de gens qui avaient fait le tour des unités de sommeil, juste en les cuisinant pour m’apercevoir – car ils n’en parlaient pas – qu’ils buvaient deux, trois, voire quatre litres de Coca par jour !

Douleur, médicaments

Les autres causes, c’est la douleur. Tous types de douleur. Plein de médicaments également, notamment les médicaments contre l’hypertension, contre le Parkinson, un diurétique – pris le soir, pour des raisons mécaniques –, et puis la cortisone, l’hormone thyroïdienne… Il y a énormément de médicaments qui provoquent l’insomnie. Quelqu’un qui se met à mal dormir, c’est bien simple : on l’interroge sur le nouveau médicament qu’il a pu prendre.

L'environnement

On ne va pas non plus parler de la literie, de la chaleur, de la température ou de l’hygrométrie de la chambre, parce que vous le savez aussi bien que moi. Après, on peut aussi parler des causes médicales, qui représentent environ 20 % des causes d’insomnies : ça va du diabète jusqu’à l’hyperthyroïdie, en passant par l’hypercorticisme… Je pourrais vous sortir des tas de mots savants, mais ce n’est pas l’objectif.

Les causes psychologiques

Mais la cause principale de l’insomnie, c’est la cause psychologique : c’est l’insomnie transitoire, et c’est avant tout un problème d’anticipation. On anticipe un événement, qu’il soit heureux ou non : on dort aussi mal la veille de son mariage que la veille d’un enterrement ou d’une mise en examen. C’est le fait d’attendre un événement qui va susciter l’insomnie.

Et puis cela peut aussi être chronique, principalement à cause d'une dépression. Contrairement à la légende, la dépression d’un réveil matinal précoce, c’est uniquement dans les grandes mélancolies. L’insomnie entraîne surtout un mauvais sommeil, avec un vécu d’insomnie qui n’est pas objectif. Les déprimés dorment à peine moins que la population générale, mais ils dorment très mal et, au réveil, ils sont très mal. Quelqu’un qui, le matin, est très mal, puis se sent plutôt bien vers 17 heures – dans mon service de déprimés tout le monde pleure le matin, et tout le monde rigole le soir –, c’est la marque de la dépression. Quelqu’un qui a mal à la tête ou au dos le matin et pas le soir, ça sent la dépression et il faut faire attention.

Et puis enfin, il y a ce que l’on appelle l’insomnie psychophysiologique. C’est un terme très savant (juste pour dire que la médecine n’a encore rien compris au film) et c’est un cercle vicieux : quelqu’un se met à mal dormir et, toute la journée, il va déjà se dire qu’il va mal dormir la nuit suivante. Il se couche en se disant qu’il faut dormir à tout prix. Du coup, il ne dort pas, parce que le sommeil est celui qui se donne à celui qui ne le cherche pas.

Moi j’adore l’étude, où vous prenez un panel de très bons dormeurs : vous les mettez tous dans un dortoir et vous les sommez de dormir, leur promettant 10 000 € au premier qui s’endort. Il n’y en a pas un qui va réussir à fermer l’œil ! Le fait de vouloir dormir crée l’insomnie, ce qui fait que les dispositifs mis en place aujourd’hui sont des “distracteurs” : quelque chose qui permet de penser à autre chose.

Je le vois bien dans mon laboratoire de sommeil, quand les gens viennent me voir en me disant : « Docteur, c’est horrible, je n’ai pas fermé l’œil depuis 5 ans ! » ou « C’est incroyable. Depuis que mes enfants pleurent toutes les nuits, je ne dors plus ! » Parce qu’il existe des insomnies subjectives (je dors, mais je ne perçois pas mon sommeil) et des insomnies objectives (je ne dors effectivement pas). Donc quelqu’un qui me dit qu’il n’a pas dormi depuis 5 ans alors qu’il me semble frais comme un gardon, je perçois son coup de pompe comme une insomnie subjective. Et les gens savent très bien ce que je pense, donc ils viennent dans mon labo de sommeil pour me montrer qu’ils ne dorment pas. Le lendemain matin, ils sont effondrés en me disant : « C’est affreux, j’ai dormi comme un bébé, je ne sais pas ce qu’il s’est passé. » Ils voulaient me montrer qu’ils ne dormaient pas. Or si je ne veux pas dormir, je dors. On est tout le temps dans le paradoxe avec le sommeil.

S’il y a des insomniaques dans la salle, comprenez bien que le traitement est d’arrêter de vous dire que c’est important et que c’est un stress. Plutôt que les médicaments, il y a des tas d’autres dispositifs, dont la cohérence cardiaque, qui est l’un des principaux.

L'influence de la température

En fait, c’est simple, c’est juste un problème de thermostat. On a dans le cerveau des petits noyaux que l’on appelle “noyaux suprachiasmatiques”, dans lesquels il y a un thermostat. Pourquoi un thermostat ? Car le rythme qui entraîne tous les autres, c’est le rythme de la température intérieure du corps.

Si ma température descend (ce qui doit normalement se produire le soir), je vais faire du sommeil profond. Sommeil profond = hormones de croissance ; hormones de croissance = gamins qui grandissent, donc qui cicatrisent et qui ont la pêche dans la journée. Si ma température augmente le matin, c’est que je vais avoir la pêche ! Ce n’est pas plus compliqué que ça. Si j’ai 1,4 °C de différentiel entre le maximum diurne et le minimum nocturne, je suis sûr de ne jamais être déprimé, ni insomniaque. Là encore, il y a des facteurs génétiques, mais pas uniquement.

Les femmes plus concernées par l'insomnie que les hommes

L’explication est limpide. A partir de J+14 (jour de l’ovulation), la température des femmes augmente la nuit et de plus en plus jusqu’au jour des règles, et il y a de plus en plus d’insomnies au fur et à mesure qu’on se rapproche des règles : le syndrome prémenstruel, c’est avant tout une insomnie, et la dépression n’est jamais plus qu’une insomnie excessive, c’est un trouble de la vigilance. Le fait qu’avant les règles les femmes fassent plus de tentatives de suicide, aient plus d’hospitalisations et soient plus déprimées qu’après les règles… c’est bête, mais c’est une question de température et du différentiel “jour-nuit” de la température centrale !

Donc, tout le truc en matière de traitement d’insomnie, c’est de retrouver un différentiel de température “jour-nuit” important. Rappelez-vous : ma température descend le soir et je fais du sommeil profond. Nos grands-mères nous le disaient : « C’est le sommeil d’avant minuit qui compte », et elles avaient raison. « C’est en dormant qu’on grandit » : elles avaient encore raison. Et si la température remonte bien le matin, je vais être en pleine forme dans la journée.

D’abord, on ne prend pas de médicament, du moins pas tout de suite. Si on en prend, ce n’est pas longtemps – sauf cas exceptionnel, bien sûr.

Comment peut-on dormir naturellement ?

Un insomniaque, c’est quelqu’un qu’on empêche de dormir. Alors, le matin (et tous les labos de sommeil sont d’accord), on fait une restriction du temps de sommeil. Pourquoi ? Parce que le sommeil, c’est un tissu : si vous tirez de chaque côté, ça fuse et ça fait des trous au milieu et ça, ça s’appelle l’insomnie, le maintien du sommeil.

On dit aux gens de se coucher le plus tard possible, sans pour autant faire la fête ou prendre des substances pour, mais aussi tard qu’ils le peuvent – de préférence après le film à la télé –, et le matin, généralement je pose la question : « A quelle heure vous vous levez ?» «Le matin, c’est pour aller au boulot, alors vers 7 heures, et puis le weekend je récupère, alors je dirais 9 h 30. »

Tout ça, c’est fini. Maintenant, tous les matins, semaine ou week-end, je me lèverai à 7 heures. 15-20 minutes de dérapage, et vous êtes en grand danger de rechuter ! N’oubliez pas qu’il y a un pic de suicides, un pic d’infarctus, un pic d’accidents de voiture le lundi matin – ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’INSEE. Pourquoi ? Parce qu’il y a la grasse matinée du week-end, et c’est encore plus vrai après les ponts, ce qui fait que les gens se lèvent quand leur température est encore basse, et s’ils sont un peu déprimés ou ont leurs artères coronaires un peu bouchées, ou qu’ils ont un problème de vigilance, le premier platane qui traverse c’est pour eux, l’infarctus et le suicide aussi.

Donc on se lève toujours à la même heure, week-end compris. Et toujours un peu plus tôt que ce que l’on souhaite. Je dis toujours à mes patients que pendant 15 jours ils vont me maudire, mais que tout le reste de leur vie ils vont me bénir !

Ensuite, dès le réveil, on fait tout ce qu’il faut pour faire monter la température : un peu de gym, douche chaude prolongée, petit déjeuner copieux, plutôt avec des protéines, baigné d’une lumière intense.

En matière de sommeil, en général, on dit que le soir, moins on mange, mieux ça vaut, et le peu que l’on mange, il vaut mieux que ce soit des sucres lents : des pâtes avec du bon blé… Bref, plutôt des sucres lents pour éviter les accidents hypoglycémiques nocturnes et pouvoir tenir jusqu’au lendemain matin.

Plus le temps de jeûne est important entre le dîner et le petit déjeuner, mieux ça vaut. N’oubliez pas qu’on parle de “dé-jeuner”, soit “couper le jeûne”. Le jeûne nocturne doit être important. Et mieux vous le respectez, mieux ça vaut. Alors le soir, pas de saucisson, si possible pas de viande en sauce (pas de viande, d’ailleurs), pas trop de chocolat ou de sucreries, une petite salade avec un peu de pommes de terre ou de pâtes.

Une fois qu’on a énuméré tout ça, il y a plein de dispositifs qui existent, dont certains sont très intéressants. Je n’ai malheureusement pas le temps de tout vous détailler, mais on peut citer la cohérence cardiaque, le PSiO (ces lunettes un peu magiques qui permettent de distraire l’attention), les systèmes de relaxation et tout ce qui est distractif… Compter les moutons n’est pas forcément une bonne idée, parce qu’au bout d’un moment on se trompe, ça nous énerve et il faut tout recommencer.

Par contre, il faut essayer de ne pas penser au sommeil : avant de se coucher, on prend un calepin et on note tout ce qui a été ennuyeux dans la journée, puis on le met de côté et on essaie d’aborder des sujets autrement.

Ce qu’il faut, c’est avoir des pensées positives sur des trucs sympa et plutôt agréables, et ne pas faire toutes ces erreurs de rythme que l’on voit souvent.

Le bruit : il vous tape sur le système

Dernier point, qui est rarement abordé par les médecins, c’est le bruit. Vous savez que le bruit nocturne ne pose aucun problème s’il est continu : dormir à côté d’une cascade, d’un torrent ou de la mer ? Pas de problème. En revanche, s’il est discontinu (à côté d’un aéroport, dans un immeuble bruyant…), c’est un problème.

On avait fait des études où on montrait que le simple fait de dormir dans un immeuble bruyant faisait élever la tension artérielle de 1 ou 2 points par rapport aux immeubles calmes. Pourquoi ? Parce que si on s’habitue parfois aux bruits de manière consciente (il y a du bruit, mais ça ne me gêne pas pour dormir), on sait que d’un point de vue cardiovasculaire, il n’y a jamais d’habituation. Des années plus tard, à chaque bruit nocturne, vous avez un pic de tachycardie et d’[hypertension essentielle][definition "hypertension], suivi d’un pic de bradycardie, d’hypotension, avec, au bout du compte, une élévation de la tension artérielle.

Si on dort malgré tout, cela a un coût métabolique. Donc, je ne suis pas en train de vous dire qu’on va traiter l’hypertension artérielle avec des boules Quies, mais on peut quand même gagner 1 ou 2 points juste avec cela : en matière de sommeil, c’est très important qu’il y ait une bonne isolation thermique et sonore.

Je crois qu’on a fait le tour de tout ce qui pouvait perturber le sommeil et de tout ce que vous pourriez faire pour l’éviter ; et, je vous en conjure, si vous prenez des médicaments, le moins possible et le moins longtemps possible !

Basé sur l'article de :
Dr Patrick Lemoine

Paru dans Mutuelle & Santé n° 5

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