Parkinson : des raisons d’espérer

Le Dr Sébastien Bohler, docteur en neurosciences, sur le thème : "Parkinson : des raisons d’espérer" (17 avril 2019)

La maladie de Parkinson est une maladie qui progresse. Aujourd’hui, en France, environ 200 000 personnes sont touchées, et l’on recense quelque 25 000 nouveaux cas par an. En 2030, compte tenu des décès dans l’intervalle, nous compterons probablement 250 000 cas dans notre pays. C’est la deuxième maladie neurodégénérative la plus courante après la maladie d’Alzheimer.

La maladie de Parkinson représente un coût de plus de deux milliards d’euros pour la santé publique. Du point de vue des patients, les symptômes sont invalidants et ce sont principalement des symptômes moteurs, qui touchent notre capacité à faire des mouvements, à nous déplacer. On emploie couramment le terme de bradykinésie pour exprimer le ralentissement des mouvements, qui deviennent également plus raides selon la gravité et la progression de la maladie. Les tremblements rendent également les gestes du quotidien difficiles à exécuter et peuvent être gênants en public. À tout cela peut s’ajouter une douleur physique et d’autres symptômes qui peuvent toucher l’humeur : l’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, etc. Le tableau clinique est véritablement handicapant et difficile à vivre. Il paraît très important de comprendre d’où cela vient : nous sommes dans une maladie neurologique, neurodégénérative, le problème est lié aux neurones qui meurent progressivement dans le cerveau.

Il faut donc voir comment cela se passe dans le cerveau. Lorsque nous faisons un mouvement, par exemple attraper une bouteille avec la main, nous agissons de façon instinctive et facile parce que notre cortex– la partie grise supérieure du cerveau – s’y prépare. Le cortex moteur prépare le mouvement tandis que les noyaux gris centraux, jouent un rôle de stabilisateurs, de synchronisateurs et donnent une connotation naturelle et spontanée au mouvement.

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Cette fonction de stabilisation et de fluidité est réalisée en grande partie par ces neurones qui viennent du fond de notre tronc cérébral. En présence de la maladie de Parkinson, certains neurones commencent à mourir. Ces neurones sont identifiés biochimiquement car ils communiquent les uns avec les autres grâce à un neurotransmetteur, la dopamine. Cette molécule est un messager chimique qui, en passant d’un neurone à l’autre, transmet l’information. Ce sont ces neurones à dopamine qui meurent en cas de maladie de Parkinson, et ils commencent à mourir 5 à 10 ans avant l’apparition des premiers symptômes, qui peuvent survenir dès l’âge de 40 ans. Une fois qu’il ne reste plus que 30 % des neurones, on commence à voir apparaître des symptômes typiques de la maladie. À ce stade, on a déjà perdu 70 % de notre capital de neurones à dopamine. Par la suite, toutes les boucles d’informations entre le cortex et les parties régulatrices du centre du cerveau s’enrayent et les problèmes commencent.

La cause environnementale est une piste importante de recherche

Les causes de la maladie de Parkinson peuvent être d’ordre génétique, environnemental, mais aussi liées aux maladies auto-immunes (lorsque notre système immunitaire, qui nous sert normalement à lutter contre des agressions extérieures, s’attaque à nos propres neurones), ou enfin aux maladies à prions. L’aspect génétique représente environ 5 % des cas de maladie de Parkinson. Les recherches ont bien progressé dans le domaine des causes environnementales, au niveau de l’implication des pesticides. Une étude de l’Inserm datée de 2009 s’est avérée fondamentale pour faire reconnaître le rôle des pesticides dans la maladie de Parkinson. Cette étude menée dans 62 départements comparait les dossiers médicaux d’agriculteurs avec leur taux d’exposition aux pesticides organochlorés, dont le plus connu est le DDT, encore utilisé aujourd’hui.

Ce type d’étude épidémiologique a fait apparaître un lien très net entre le niveau d’exposition aux pesticides organochlorés et le risque de développer la maladie de Parkinson. Des études de biologie cellulaire ont été lancées ensuite pour comprendre l’impact de ces pesticides. Le mécanisme le plus clairement impliqué est le stress oxydatif. Ces molécules toxiques pénètrent dans la circulation sanguine et le cerveau et provoquent des réactions chimiques qui se traduisent par des mécanismes d’oxydation. Des molécules oxygénées à fort potentiel oxydatif se diffusent dans le cerveau et attaquent les cellules, leurs membranes, toute la machinerie intérieure des neurones pour aboutir à leur mort. Les travaux de Barbara Demeneix, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, ont montré que ces pesticides perturbent l’hormone thyroïdienne, qui est essentielle pour la bonne maturation des neurones.

C’est la raison pour laquelle on parle de “perturbateurs endocriniens”, dont le glyphosate fait partie également. C’est un très gros problème, et on commence à avoir de fortes suspicions sur nos pratiques environnementales dans l'origine et le développement de la maladie de Parkinson.

La maladie auto-immune est la troisième cause possible

Qu’est-ce qu’une mitochondrie ? Il s’agit de petites boules contenues dans chacune de nos cellules, qui tiennent lieu de centrales énergétiques. Il y en a également dans les neurones. Ces mitochondries jouent un rôle important, elles indiquent aux cellules immunitaires, aux lymphocytes par exemple, quels agents pathogènes attaquer et tuer. Lorsqu’on est infecté par un microbe, les mitochondries forment des petites vésicules en prélevant une partie de leurs membranes pour aller montrer à l’extérieur du neurone des éléments de protéines du microbe à détruire. C’est le signal donné aux lymphocytes pour détruire les microbes.

Enfin, il existe une cause liée à une protéine toxique : l’alpha-nucléine. En analysant post mortem le cerveau des malades de Parkinson, on observe des boules constituées d’amas de cette protéine alpha-nucléine qui se concentrent dans les neurones à dopamine et finissent par les tuer. C’est un mécanisme de contagion, et ces amas peuvent se répandre dans tout le cerveau en l’espace de quelques années. Il s’agit donc de comprendre comment enrayer ces mécanismes de propagation d’une protéine toxique.

Sébastien Bohler, docteur en neurosciences et rédacteur en chef de la revue Cerveau & Psycho

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