La gestion des émotions pour développer la santé et le bien-être

Mme Anna Komkova, psychologue du travail, sur le sujet : "La gestion des émotions pour développer la santé et le bien-être" (Journée Réflexe Prévention Santé du 29 avril 2016)

L’être humain peut éprouver toute une gamme d’émotions variées, aussi est-il important de savoir les nommer et les distinguer.

Quelles images peuvent nous venir lorsque l’on parle d’émotions ?

Certaines personnes, quand elles ressentent des émotions incontrôlables, les associent à des volcans ou à des tsunamis, qui dévastent tout sur leur passage. Je les visualise plutôt comme la grande palette de couleurs d’un peintre. Sur cette palette, certaines émotions sont plus faciles à réguler, à apprivoiser. La fierté par exemple: : c’est une émotion que je peux activer, amplifier en me souvenant des réussites passées, mais aussi en écoutant quelques paroles élogieuses reçues de mon entourage. Cette fierté me permet d’acquérir plus de confiance en moi.

Répétons-le, il est important de pouvoir nommer ces émotions et de savoir les distinguer. Chaque émotion peut avoir une intensité différente, que l’on pourrait évaluer par exemple sur une échelle allant de 1 à 7. Des études nous montrent que 50 % de notre intelligence émotionnelle nous vient de nos parents, de notre éducation, de notre culture, de nos histoires, de l’environnement dans lequel nous vivons. La bonne nouvelle, c’est que nous avons la main sur l’autre moitié des émotions pour agir sur elles. Il y a une véritable satisfaction à éprouver certaines émotions telles que la joie ou la fierté, mais d’autres sont déplaisantes.

Ces émotions sont présentes dans la vie pour refléter la réalité, pour nous accompagner. Chaque émotion est utile, chacune a un rôle, un message à nous communiquer. C’est très important d’être conscient de ce message et de l’utilité de chaque émotion. Les émotions déplaisantes ont, elles aussi, leur utilité. Le dégoût, par exemple, est une émotion qui nous protège de tout empoisonnement biologique ou social.

Les émotions sont nos guides d’adaptation à chaque situation

Cette fonction adaptative des émotions est très importante. Elle est en lien avec notre santé et notre bien-être. Nos émotions nous protègent physiquement mais aussi psychiquement. Il est important d’apprendre à identifier, à ressentir ses émotions, de bien les comprendre et de les accueillir à l’intérieur de soi. C’est ce que l’on peut appeler la météo émotionnelle. Comment cette méthode fonctionne-t-elle ? Il faut commencer par faire une introspection afin d’identifier son état émotionnel. Ainsi, je fais une sorte d’arrêt sur image et je me demande quelles sont les émotions que j’éprouve en cet instant ; je les nomme, je définis leur intensité et je tente de retrouver leurs causes.

J’essaie ensuite de comprendre comment elles se manifestent dans mon corps, dans mes pensées, dans mon comportement. Dans ma météo émotionnelle, je cherche l’utilité de ces émotions, le message qu’elles véhiculent dans la situation que je suis en train de vivre. Ces émotions sont mes alliées, mes guides. Elles font partie d’un processus, chacune a un déclencheur précis. Il faut pratiquer cette météo émotionnelle plusieurs fois par jour, pour identifier, pour ressentir de plus en plus finement ces émotions et améliorer notre compétence à les comprendre. En accueillant les émotions, je peux les utiliser à bon escient comme support de mon activité, de ma santé et de mon bien-être. Certaines d’entre elles sont dysfonctionnelles, parasitaires, elles polluent et ne sont pas utiles à notre activité, ou ne sont pas favorables à notre santé. Dans ce cas, il faut apprendre à les réguler, à les atténuer. Parler à quelqu’un de ses émotions peut être un bon moyen de les réguler.

Les émotions intenses sont énergétivores, elles nous épuisent

C’est le cas de la colère, dont les conséquences physiques ont été étudiées. La colère suractive notre rythme respiratoire, notre rythme cardiaque, et crée une forte tension musculaire. Éprouver de la colère de moyenne à forte intensité régulièrement peut entraîner un risque de maladies cardio-vasculaires. Mais cela ne signifie pas qu’il ne faille jamais en éprouver !

Il est approprié de ressentir de la colère lorsque l’on est confronté à une injustice, à une menace, à une transgression des règles. Il faut alors réagir et défendre son intégrité physique et psychique. Encore faut-il savoir exprimer cette colère de façon constructive. Je vous invite à aller vers les stratégies de régulation fonctionnelle face à des émotions qui vous dérangent : parler pour trouver du soutien social, écrire dans un journal intime… On peut alors réévaluer les situations, positiver, relativiser. Ces stratégies de régulation sont très efficaces.
Une autre stratégie, très simple, fonctionne très bien : notre respiration ! Il faut entrer en connexion avec soi-même. En suivant notre respiration, nous pouvons diminuer l’intensité de nos émotions, stopper la naissance des émotions déplaisantes et essayer d’activer des émotions positives. Les émotions positives nous servent de tampons, de protections, elles nous procurent de la détente, de la sérénité et de l’énergie tout en stimulant notre système immunitaire. Ressentir les énergies positives plusieurs fois par jour constitue un vrai levier de bien-être, un véritable facteur de développement de son capital santé.

Des études montrent que, si vous éprouvez onze émotions positives pour une émotion négative, votre capacité d’adaptation est en danger. Le bon ratio préconisé est de trois émotions positives pour une émotion négative. C’est le ratio de l’équilibre émotionnel.

Un autre concept a été développé  : le savouring, qui consiste à savourer les émotions positives. Pour ce faire, il faut prendre le temps, faire durer l’émotion, augmenter son intensité pour en profiter pleinement. Je vous invite particulièrement à travailler et à développer cet équilibre émotionnel, pour qu’il vous accompagne à chaque instant.

Anna Komkova, psychologue du travail

Article original de :
Mme Anna Komkova

Paru dans Mutuelle & Santé n° 90

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