Repères sur la maladie d'Alzheimer

Petit historique et états des lieux de la maladie d’Alzheimer (2014)

La maladie d'Alzheimer et sa prévention étalent l'objet du petit-déjeuner débat organise conjointement par MTRL, la Mutuelle pour Tous que pré­sidaient Romain Migliorini et Le Tout Lyon Affiches. C'était l'occasion pour le docteur Bernard Croisile, chef du ser­vice de neuropsychologie de l'Hopital neurologique de Lyon, de dresser l'état des lieux et des recherches menées sur une maladie dont on connait aujourd'hui les moyens de dia­gnostic, ainsi que certains trai­tements qui ralentissent son évolution mais ne permettent pas de guérir cette maladie neurologique qui atteint les fonctions cognitives et comportementales.

En France, les consultations mémoire liées au diagnostic de la maladie d'Alzheimer ont été instituées dans les années 2000. Le docteur Bernard Croisile a été un véritable pionnier en créant celle de de l'Hôpital neurologique en 1990.

Depuis 1976, la démence sénile n'existe plus !

C'est pourtant en 1901 en Allemagne que le docteur Alois Alzheimer, médecin neuro-psychiatre et neuropathologiste exerçant à Francfort-sur-le-Main, étudie le cas d'une patiente de 51 ans admise à l'hôpital pour une démence. Il la suit jusqu'à sa mort le 8 avril 1906, suite à son décès, il examine son cerveau, y découvrant des plaques séniles et des anomalies de certains éléments fibreux (fibrilles) qui deviendront caractéristiques de la maladie. Il décrit pour la première fois les symptômes de cette démence survenue chez une femme très jeune et l'analyse histologique de son cerveau en 1906, lors de la 37ème conférence des psychiatres allemands. Depuis, la maladie porte son nom.

Ses travaux sont ensuite relayés aux Etats-unis par des médecins neuropathologistes qui pratiquent systèmatiquement des autopsies chez des patients âgés décédés de "démence sénile". Leurs études permettent, grâce à la découverte de mêmes lésions que celles découvertes par le docteur Alzheimer, de supprimer la distinction entre démence sénile, en mettant un même nom, "maladie d'Alzheimer", quel que soit l'âge. La sénilité n'existe pas, il s'agit d'une véritable maladie qui conduit à une perte d'autonomie, ce qui classe la démence au rang des maladies graves et mortelles.

Son seul nom fait frémir d'autant que le nombre de cas de la maladie augmente, allongement de la durée de vie oblige. Cette maladie évolue lentement sur 20 à 30 ans, débutant par des lésions dont les conséquences cliniques ne seront visibles qu'àprès une quinzaine d'années. D'où un dépistage difficile, voire impossible. Mais, le docteur Croisile tient à positiver n'hésitant pas à faire un parallèle avec les progès réalisés dans la lutte contre le cancer  : "on assiste aujourd'hui à 50% de guérisons", en matière de lutte contre la maladie d'Alzheimer, "le combat reste possible, notamment en intégrant les effets positifs d'une bonne hygiène de vie". Si actuellement le dépistage serait trop coûteux, le diagnostic, les plus précoce possible, demeure un objectif atteignable, même s'il s'avère toujours long. Une fois établi, la médecine dispose malgré tout de traitements relativement utiles depuis 1994.

Même s'il n'est pas encore possible d'envisager de guérisons, un ralentissement de la maladie est possible avec ces traitements, chez certains patients, et seulement pour quelques années. Ces traitements sont particulièrement efficaces contre les hallucinations et ils retardent de 2 à 3 ans l'entrée en institution. La France a fait figure d'exception en 2011 avec le déremboursement de ces traitements alors que d'autres pays adoptaient la démarche inverse.

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Perte des informations récentes

Les premiers symptômes de la maladie concernent la mémoire (oubli des informations récentes ou des événements récents) puis d'autres symptômes s'installent : troubles du langage, problèmes d'orientation dans le temps et l'espace, troubles du comportement (agressivité, perte des initiatives, dépression, troubles du sommeil...). Aujourd'hui, selon de récentes études, 75% des résidents des EHPAD sont concernés par une démence. Sur 900 000 cas de démences, 700 000 sont dues à la maladie d'Alzheimer, dont 10 000 avant 65 ans. 225 000 nouveaux cas de démences sont décelés chaque année dont 150 000 dus à la maladie d'Alzheimer.

Si les cas héréditaires sont réels, ils ne constituent cependant qu'une toute petite proportion chez les malades atteints, de l'ordre de 0,14%. L'âge et le genre pèsent pour les sujets à risque et le risque d'en être affecté augmente beaucoup après 80 ans, sachant que la population la plus exposée est féminine, les femmes ont en effet un risque plus élevé, ce qui pourrait s'expliquer par la ménopause. Au plan international, la France se situe actuellement en 7ème position quant au nombre de cas de malades, sachant que certains pays connaissent une évolution exponentielle, c'est le cas notamment de la Chine.

Pour l'heure, au niveau planétaire comme français, aucune politique de dépistage systématique de la maladie à grande échelle n'a été mise en place, pour des raisons de coûts et d'éthique. En revanche des essais thérapeutiques sont peu à peu mis en place, et si la recherche de nouveaux traitements évolue favorablement, les avancées sont lentes. L'espoir réside dans des traitements débutés le plus précocement possible. En matière de recherche, selon le docteur Croisile, certaines pistes sont prometteuses et demandent à être explorées. On dénombre actuellement en France, 18 services réalisant des essais thérapeutiques, dont celui de l'Hôpital neurologique de Lyon.

Une prévention possible

Toujours dans la perspective des moyens de lutte contre la maladie, le docteur Bernard Croisile explique qu'une politique de prévention reste possible, au moins pour retarder l'arrivée des lésions cérébrales et des symptômes de la maladie. Plusieurs ennemis ont été décelés, à savoir : le faible niveau d'instruction, le tabagisme, l'inactivté physique, la dépression, l'hypertension, le diabète, l'obésité...
Autant de facteurs à risques qui permettent la mise en place de stratégies pour lutter contre les risques de développer la maladie. "Ce qui est bon pour le coeur est bon pour le cerveau", résume le docteur Croisile. Comportement alimentaire, activité physique, style de vie cognitivement stimulant, c'est-à-dire varié, permettent donc de ralentir les risques et de retarder l'apparition des symptômes de la maladie.

Toujours dans le domaine de la prévention, il conviendrait également de former les médecins traitants à une meilleure identification des patients à risque afin de mettre en place ces mesures préventives qui ont démontré un réel bénéfice dans plusieurs pays.

Frank Schmitt

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