Faire le lien entre l'apport d'oxygène et les maladies dégénératives

Présentation de l’oxygénation et des pathologies dégénératives. Quel lien existe-t-il entre l’oxygène et l'obésité, le diabète et les cancers ?

Cet article reprend une intervention faite dans le cadre des conférences prononcées fin mai 2015 pour le 50e anniversaire de la MTRL. Le Dr Béatrice Mercier est venue expliquer l'importance de l'oxygène, de la respiration et son influence sur la santé.

Merci à la MTRL de me permettre de vous parler de l’oxygène, qui est mon gaz préféré. Et pour bien vous faire comprendre l’importance de l’oxygène, j’aimerais en appeler à un merveilleux philosophe belge, M. Jean-Claude Van Damme. Que nous dit-il ? « Entre toi et moi, il y a un produit qui s’appelle un produit. C’est un produit qui s’appelle l’oxygène. Alors si tu fais comme ça [il inspire], tu vis. Mais si je tue l’oxygène comme sur la Lune, tu meurs. » Jean-Claude Van Damme a toujours raison ! Si toutes vos réactions chimiques créatrices d’énergie se mettaient à faire grève, vous n’auriez que cinq secondes de survie. Or il est absolument nécessaire d’avoir un métabolisme oxygéné pour avoir de l’énergie… C’est le métabolisme le plus performant, 18 fois plus performant que la respiration !

A quoi va servir cette énergie ?

Il y a tout d’abord l’énergie mécanique, celle qui vous fait bouger. Ensuite, il y a l’énergie osmotique. A l’intérieur et à l’extérieur des cellules, il n’y a pas les mêmes ions. La cellule déteste le calcium ; pour elle, c’est la mort ; elle prend donc le calcium et le rejette, ce qui lui demande de l’énergie. Inversement elle a besoin de potassium, alors elle va le prendre dans la circulation sanguine, ce qui lui demande aussi de l’énergie. Il y a aussi l’énergie chimique, pour l’ensemble des réactions chimiques de votre organisme ; l’énergie calorifique – parce que vous êtes des humains à sang chaud –, et l’énergie électrique bien sûr, pour faire fonctionner l’ensemble de votre cerveau, de votre moelle épinière et de vos nerfs. On est ici en biologie. En biologie, l’oxygène, il en faut un peu mais pas trop. On a des problèmes quand on a trop d’oxygène, et on a des problèmes quand on manque d’oxygène.

L’excès d’oxygène s’appelle l’hyperoxie. A-t-il un intérêt scientifique et médical ? Oui, puisque quand on fait appel à des data base – des lieux où l’on référence les publications scientifiques et médicales –, c’est à ce jour 6 559 références. Quel est le dégât principal de l’excès d’oxygène ? C’est le stress, le stress oxydatif. Et comment peut-on entrer en excès d’oxygène sur notre bonne vieille Terre ? Essentiellement par l’usage d’oxygène médical, comme l’hyperbarie par exemple. Ce qui est plus inquiétant encore, c’est l’hypoxie, littéralement “en dessous de l’oxygène”. Attention, ce n’est pas l’oxygène dans l’air, c’est l’oxygène dans la cellule, puisque c’est elle qui l’utilise et qui a besoin d’être oxygénée.

Et là, les références scientifiques s’élèvent à 122 861 ! C’est donc très important… Là aussi, le manque d’oxygène génère du stress. Prenez par exemple le syndrome d’apnée obstructive du sommeil : vous avez les personnes qui respirent et qui ont de l’oxygène, et qui après arrêtent de respirer : il n’y a plus d’oxygène au niveau cellulaire, et “l’usine” qui est chargée de récupérer l’oxygène, puis de créer l’énergie et un métabolite que l’on appelle la mitochondrie, se met en grève : « Puisque tu ne me fournis pas d’oxygène, tu attendras que je veuille bien repartir ! » Et l’oxygène qui revient ne doit pas être utilisé pour fabriquer de l’énergie, mais va l’être pour fabriquer des radicaux libres. On est alors en plein stress oxydatif : il est donc essentiel que la cellule soit oxygénée en permanence. Car, quand on monte en altitude, on n’a pas d’air !

Pollution aérienne et pollution à l’intérieur des maisons : de laquelle faut-il le plus se méfier ?

Le stress quotidien, le vieillissement, une mauvaise hygiène de vie, le tabagisme, la sédentarité, les différentes pathologies, les pollutions de tout ordre vont générer un manque d’oxygène. La pollution aérienne, que vous la voyiez ou non (les fines particules de matière, vous ne les voyez pas), est très dangereuse car elle pénètre dans le sang. N’oubliez pas que l’on a plus de problème avec l’air pollué des maisons qu’avec l’air extérieur ! Et il y a ce que vous ingérez, que ce soit de l’eau, des salaisons avec des nitrates… Certains médicaments vont aussi provoquer une hypoxie cellulaire. Sans oublier bien sûr ce qui nous pend au nez à l’heure actuelle : les ondes électromagnétiques. Chez les personnes qui sont électrosensibles et chimiosensibles (un syndrome désormais pris en compte), il est reconnu que tout l’arrière de leur cerveau est mal irrigué. Elles ont donc des problèmes d’hypoxie au niveau du cerveau, et c’est très dangereux.

Tout déséquilibre entre apport et demande d’oxygène conduit à une hypoxie des tissus et va gêner les cellules dans leur fonctionnement. C’est un cercle vicieux. Le manque d’oxygène génère une diminution d’énergie. L’énergie est créée sous la forme d’une petite molécule que l’on appelle l’ATP, qui va provoquer le ralentissement de l’activité cellulaire : la cellule va moins fonctionner, moins assimiler, moins éliminer, moins se renouveler, moins communiquer… Cela génère tout un ensemble de dysfonctionnements qui provoquent à leur tour de l’hypoxie. Quand vous êtes obèse, par exemple, vous générez de l’hypoxie, mais l’hypoxie génère l’obésité. C’est le cercle vicieux parfait.

Si l’on se réfère toujours à cette data base PubMed, et que l’on associe des mots avec “hypoxie”, on trouvera tous les dysfonctionnements des systèmes qui sont là pour amener cet oxygène au niveau de la cellule, c’est-à- dire le système respiratoire, c’est-à dire la circulation sanguine… Il y a des choses qui sont plus inquiétantes : cerveau, cancer, obésité, diabète". Toutes ces maladies sont reliées entre elles et sont reliées à l’hypoxie. Exemple de relations entre elles : le cerveau, qui représente 2 % du poids du corps, mais 20 % de votre oxygénation (60 % chez le nouveau-né). L’hypertension artérielle, l’obésité, l’inactivité physique, la dépression, le tabagisme, le niveau faible d’éducation – qui, pour le coup, n’est pas relié à l’hypoxie – sont tous des facteurs qui prédisposent aux cas d’Alzheimer. On appelle Alzheimer le diabète de type 3, et je vous en supplie : arrêtez de noyer vos cellules dans du sucre ! La prochaine fois que vous voyez une tarte, vous dites non, je ne veux pas d’Alzheimer donc pas de sucre – allez, une fois de temps en temps, mais c’est tout !

Dans des revues comme Le Quotidien du médecin (c’est pour vous prouver que votre médecin est au courant), on a des relations entre toutes les pathologies que je vous ai indiquées : entre l’obésité et le diabète, entre l’obésité et l’hypoxie, entre l’hypoxie et le diabète, entre l’obésité et le cancer, etc. Je vais donc vous expliquer en trois points la relation entre l’oxygène et l’obésité, et le diabète, et le cancer.

La relation entre oxygène et obésité

Le professeur De Cristofaro, du centre de Teramo, en Italie a étudié la relation entre le taux d’oxygène à disposition des personnes en fonction de leur indice de masse corporelle (IMC). Sa conclusion est que plus on est gros, moins on a d’oxygène, et il faut de l’oxygène pour maigrir, c’est tout à fait comptable. Que se passe-t-il ? Pour maigrir, vous devez utiliser la graisse. L’oxygène, c’est un comburant mais, pour obtenir de l’énergie, il faut du carburant. Dans un moteur à explosion, le carburant c’est l’essence ; dans votre corps, il y a deux carburants principaux : le sucre et la graisse.

C6H12O6, ce n’est pas une insulte, c’est la formule chimique du glucose : pour brûler 1 dose de glucose, il faut 6 doses d’oxygène, qui génère du CO2 (gaz carbonique), de l’eau et qui donne 4,02 kcal pour 1 g de substrat. Votre cerveau et votre système nerveux utilisent obligatoirement le sucre. C’est pour ça que vous l’aimez autant ! Votre cerveau le réclame, mais si vous le noyez dans le sucre, là, les pathologies commencent.

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Moins d’oxygénation = plus de graisse

Est-ce que votre corps a le sens de l’humour ? Non, ça se saurait. Si vous manquez d’oxygène, vous allez précieusement conserver votre graisse, d’autant plus que la soeur de la tante de votre grand-mère a réussi à survivre à une famine épouvantable parce qu’elle était capable de stocker la graisse, et que le mari était plutôt attiré par cette femme, capable de porter les enfants parce qu’elle avait de la réserve, et du coup ils ont choisi les gros. Evidemment, ce n’est plus à la mode mais, à l’époque, c’était super. Seulement, votre cerveau fonctionne comme si on était en période de famine : je n’ai pas assez d’oxygène, alors je préserve mon oxygène et je stocke ma graisse. Donnez de l’oxygène à votre organisme – accompagné d’un petit régime et d’un peu de sport – et, à ce moment-là, votre corps, qui est très intelligent, va utiliser ce surplus de graisse pour obtenir de l’énergie et vous permettre de bouger, d’aller mieux. Faites-lui confiance !

L'oxygène et le diabète

Il y a quelque chose de terrible qui se passe dans votre sang quand vous avez trop de sucre dans le sang, soit parce que vous êtes diabétique, soit parce que vous venez de manger au MacDo et qu’après le repas, vous avez un taux de sucre absolument épouvantable dans le sang : c’est la glycation, la “caramélisation”. Une sorte de caramélisation des protéines, qui vont virer au noir, et là ce n’est plus du tout amusant. Quelle est l’origine de la glycation ?
Vous avez du sucre, donc des acides aminés dans le sang, et il se forme une réaction chimique réversible : la glycation des protéines. Et si vous insistez un petit peu avec un taux de sucre élevé, vous allez avoir un développement réversible d’autres produits, les produits d’Amadori.

Cependant, si vous avez beaucoup de produits d’Amadori qui restent dans le sang, ce n’est plus du tout marrant, puisque l’on va passer au stade ultime : l’advanced glycation end products.
Cela ressemble à de l’humus, et ça en a aussi la structure. C’est-à-dire que vous vous faites de l’humus dans le sang : vous imaginez l’état de votre sang, l’état de vos cellules ! Plus vite les protéines de votre organisme succombent aux réactions de glycation, plus vite vous mourrez… C’est vraiment une question de vie ou de mort. La glycation des protéines augmente la production de radicaux libres et les risques de dégradation de tous les tissus. Vous vieillissez plus vite. Les protéines glyquées augmentent très significativement les marqueurs de l’inflammation ; elles augmentent le risque de maladies auto-immunes, de problèmes au niveau des reins, de problèmes au niveau des yeux, de problèmes cardiovasculaires… Ça, ce sont des pathologies que l’on retrouve chez les gens très âgés et chez les diabétiques.

Les protéines glyquées dégradent la structure et les fonctions des membranes des cellules. Vous avez de petites choses à la surface d'une cellule, qui sont des “protéines serrure” : c’est-à-dire que vous allez avoir un messager clé qui va pénétrer dans la cellule et l’informer de tout ce qui se passe autour. Si vous glyquez cette “protéine serrure”, c’est comme si vous mettiez du chewing-gum dans la serrure : forcément, vous rendez votre cellule sourde et, en la rendant sourde, vous la rendez muette… Il ne faut quand même pas lui demander de mieux fonctionner après cela ! S’il y a glycation des protéines internes à la cellule – car on n’est pas forcément à la surface cellulaire, on est aussi à l’intérieur de la cellule –, la cellule ne fonctionne plus du tout. C’est un profil que l’on retrouve beaucoup, comme dans le cas de la maladie d’Alzheimer.

On a fait une expérience par rapport à l’oxygène. On a pris du sang et on l’a séparé par centrifugation : en haut le plasma, en bas les globules rouges. On n’a pas touché aux globules rouges, par contre le plasma a été, lui aussi, séparé : une partie n’a pas été traitée et l’autre moitié a été traitée avec un appareil qui génère de l’oxygène. Puis on a réuni la moitié des globules rouges avec la moitié du plasma non traité et l’autre moitié des globules rouges avec le plasma traité à l’oxygène pendant 3 heures. Après, on a évalué les hémoglobines glyquées : sans oxygène et avec oxygène. On a le même sang au départ : ça veut dire que l’oxygène est capable de déglyquer l’équivalent des produits d’Amadori. Si vous avez suffisamment d’oxygène, vous allez empêcher la formation des produits d’Amadori et donc empêcher la formation de cette sorte d’humus dans votre sang. Avouez que ça vaut le coup d’être bien oxygéné !

Pour terminer : l’oxygène et les cancers

Bien sûr, le manque d’oxygène n’est pas seul à l’origine des cancers, ça se saurait… Mais le premier qui a découvert que lorsqu’on mettait une cellule en hypoxie on générait un cancer, c’est Otto Warburg (prix Nobel de médecine en 1931) : c’est donc quelque chose qui est connu depuis très longtemps. Après, on a eu les travaux de Judah Folkman, qui dit que,placée en situation d’hypoxie, la cellule émet un signal chimique qui va générer une vascularisation. C’est-à-dire que vous avez quelques cellules qui ne vont pas très bien, qui se baladent, ou un groupe cellulaire de moins de 3 cm3 – ce n’est pas un cancer : ce sont des cellules mal parties, mais enfin rien de dramatique – qui émettent ce signal : « Oh les copains, les vaisseaux sanguins, venez un peu vers nous ! » Vous allez me dire alors qu’ils vont leur donner de l’oxygène… Eh non, ils vont leur donner des sucres ! Donc je vous répète : arrêtez de noyer vos cellules avec du sucre !

Les cellules cancéreuses fonctionnent sur le métabolisme de fermentation. Une cellule normale, saine, fonctionne sur le métabolisme d’oxydation. A présent, c’est quelque chose qui est reconnu. Il est reconnu que les cellules cancéreuses à croissance rapide n’arrivent pas à s’autodétruire. Parce que vous avez un corps qui est absolument magnifique et qui a prévu le cas où il y aurait des cellules mal parties, cancéreuses, avec des virus ou des bactéries… Et vous avez la possibilité d’autodestruction – c’est une destruction propre – et ça s’appelle l’apoptose. Or pour avoir de l’apoptose, il vous faut de l’oxygène, plus de la vitamine D et du calcium. L’apoptose va permettre de réduire la cellule en fine poussière. Les macrophages vont alors passer par là et éliminer ces poussières : plus de cellules cancéreuses, plus de cellules parasitées et tout va bien dans l’organisme.

L’oxygène est utilisé en prévention, mais aussi en accompagnement – pour éviter qu’une tumeur ne métastase, il faut lui fournir plus d’oxygène. Récemment, l’équipe du docteur Michael Sitkowski, qui officie à Boston, a travaillé sur des poumons cancéreux de souris, et ils ont mis en évidence que l’immunothérapie était utile, mais quand il y avait de l’oxygène. Les petites souris ont eu le meilleur effet anti-tumeur en respirant 60 % d’oxygène en plus pendant 24 heures…

Pour conclure, je ne vais pas vous dire que l’oxygène est unique pour être en bonne santé, mais je vais vous présenter la méthode RASSSSS, que j’aime beaucoup : “R” pour respiration ; “A” pour alimentation ; “S” pour soleil ; “S” pour sport ; “S” pour sommeil ; “S” pour sourire ; et “S” pour sexe… Même si je n’ai pas osé le présenter !

Dr Béatrice Mercier, biologiste

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