La cigarette électronique

Les ventes de cigarettes seraient en baisse et serait accélérée par la croissance des ventes de cigarettes électroniques et par l’augmentation du prix du tabac. Qu’est-ce qu’une cigarette électronique ? Il y a-t-il des risques ?

Depuis quelques années, la cigarette électronique est devenue un élément de la vie quotidienne. “Vapoter”, néologisme créé en 2008 suite à un concours en ligne, est un verbe devenu usuel et cherche à se différencier de “fumer”. De fait, le mot cigarette électronique n’est pas très juste car il s’agit d’un dispositif producteur de vapeur et non pas de fumée

Savez-vous que, selon une étude canadienne, 11 milliards de cigarettes sont grillées sur Terre chaque jour. Le tabac serait à lui seul responsable de 5 % de la déforestation, par le bois qu’il nécessite pour le séchage. Enfin, la fumée d’une cigarette pollue autant que dix voitures diesel tournant au ralenti pendant trente minutes.

Pourtant, il semble que les ventes de cigarettes seraient en baisse de 7,5 % en France en 2013, en s’établissant à 47,5 milliards, soit quand même 63 millions de tonnes ! Cette baisse serait accélérée par la croissance des ventes de cigarettes électroniques et probablement par l’augmentation du prix du tabac. Ce sont 27 % des Français qui fument.

Et les “vapoteurs”?

Ils seraient entre 1,5 et 2 millions en France. Certains y font appel afin de se sevrer du tabac dans de bonnes conditions ou encore dans le but de diminuer leur consommation, d’autres ont testé le produit et y ont trouvé goût. Par ailleurs, l’incessante augmentation du prix du tabac compte parmi les principales motivations qui orientent de nombreux consommateurs vers la cigarette électronique.

En quatre ans, c’est un vrai boom sans précédent. Entre 2010 et 2014, le nombre de points de vente est passé d’une douzaine à plus de 2 500, pour un chiffre d’affaires estimé à 200 millions d’euros.

C’est quoi la cigarette électronique ?

C’est un dispositif produisant une “vapeur” d’eau ressemblant visuellement à la fumée produite par la combustion du tabac. Cette vapeur peut être aromatisée et contenir, ou non, de la nicotine. L’e-cigarette comporte une pile, un dispositif de stockage d’e-liquide (cartouche ou réservoir) et un atomiseur. L’ensemble est contenu dans une enveloppe plastique ou métallique.

Que contient le e-liquide ?

Il s’agit d’un mélange à base de propylène glycol ou de glycérine végétale, additionné quelquefois d’alcool et d’eau. Il s’y ajoute des arômes généralement issus de l’industrie alimentaire et éventuellement de nicotine à des taux variables, en général de 0 à 36 mg/ml.

Que connaît-on de sa toxicité ?

A ce jour, aucun effet indésirable ou cas d’intoxication en lien avec la présence des solvants (propylène glycol) n’a été rapporté. Les principaux agents cancérigènes contenus dans le tabac n’ont été détectés dans les liquides à vapoter qu’à l’état de traces, à des taux équivalents à ceux contenus dans les substituts nicotiniques tels que les gommes ou les patchs et qui seraient 500 fois moindres que ceux que l’on retrouve dans les véritables cigarettes.

Cependant, une étude américaine fait grand bruit en ce moment. Selon des chercheurs de l’université de Portland, leurs travaux en laboratoire, publiés sous forme d’une lettre dans une édition du New England Journal of Medicine (NEJM), le liquide à partir duquel se forme la vapeur inhalée par les utilisateurs d’e-cigarette fabrique une substance cancérigène, le formaldéhyde. Il apparaît lorsque le liquide est chauffé grâce à un courant d’une tension de 5 volts. A ce voltage, le taux de formaldéhyde fabriqué est alors largement plus élevé que ceux trouvés avec la combustion des cigarettes conventionnelles. Un utilisateur de cigarette électronique qui inhalerait chaque jour l’équivalent de trois millilitres de ce liquide vaporisé, chauffé au maximum, absorberait quelque 14 milligrammes de formaldéhyde. Sur le long terme, l’inhalation de 14 milligrammes (+/–3 mg) de cette substance nocive chaque jour pourrait multiplier par 5 à 15 fois le risque de cancer.

Cependant, les conclusions de cette étude sont critiquées. Pour Peter Hajek, directeur de la division sur le tabagisme à la faculté de médecine et de dentisterie de Londres, « quand les fumeurs de cigarettes électroniques surchauffent le liquide, cela produit un goût âcre désagréable, ce qu’ils évitent de faire ». Dans les conditions de la vie réelle, les vapoteurs ne seraient donc pas exposés à des concentrations de formaldéhyde de l’ordre de celles analysées dans l’étude. Il faut cependant rester prudent et attendre les conclusions d’études complémentaires.

Et les effets sur l’entourage ?

L’incitation à la consommation de tabac, en particulier le risque pour les jeunes de s’initier au tabagisme, est réelle.

Il y a peu d’études et de recul sur la toxicité du vapotage passif, il est cependant estimé que le risque n’est pas comparable à celui du tabagisme passif mais pourrait être source de pollution par les composés organiques volatils dans l’environnement intérieur.

Les recommandations du “groupe d’experts France”

Un groupe d’experts chargé par le ministère de la Santé d’élaborer un rapport sur la cigarette électronique a présenté ses avis et a formulé 28 recommandations en mai 2013. Il rappelle que la priorité est l’arrêt du tabac en raison de sa nocivité. Le gouvernement a repris un certain nombre de recommandations sur la cigarette électronique, notamment :

  • l’interdiction d’utilisation dans les lieux publics,

  • l’interdiction de vente aux mineurs,

  • l’interdiction de publicité.

Le rapport d’experts proposait également de rendre possible la vente en pharmacie, avec le statut de médicament, de certaines cigarettes électroniques (avec tous les contrôles applicables aux médicaments) mais de ne pas en faire un lieu exclusif de vente ; ainsi que de poursuivre les recherches concernant les effets de ce nouveau produit d’utilisation courante.

Est-elle enfin efficace dans le sevrage tabagique ?

Des résultats positifs qui ressortent de deux essais récents montrent qu’un pourcentage de 9 % des fumeurs ont arrêté leur tabagisme à 6 mois contre 4 % dans un groupe placebo et qu’il n’existe pas de différence en efficacité entre la cigarette électronique à la nicotine (ECN) et les patchs. Cependant, le pourcentage de sujets ayant diminué leur consommation d’au moins la moitié était plus important dans le groupe ECN comparativement au groupe patchs: 61 % versus 44 %, Enfin, aucun effet secondaire grave n’a été rapporté dans les études de cette revue à court ou moyen terme. Selon leurs auteurs, les e-cigarettes avec nicotine ont un intérêt sur le long terme, mais les niveaux de preuve sont limités en raison du peu de données actuellement disponibles.

En conclusion

Si la cigarette électronique est utilisée dans le sevrage tabagique, des évolutions réglementaires seront nécessaires. En particulier, comme le souligne l’Académie nationale de pharmacie, « la composition qualitative et quantitative des produits utilisés dans les recharges doit être précisée et contrôlée dans le cadre de la norme Afnor, et la température obtenue à la sortie de l’atomiseur doit être limitée afin d’éviter la transformation de la glycérine en acroléine, substance très toxique ». Ces nouvelles normes sont en cours de rédaction outre-Atlantique et, si elles sont entérinées, les industriels devront alors obtenir une autorisation pour maintenir sur le marché leurs cigarettes électroniques.

Dr Michel Nasr pneumologue


LA CONFÉRENCE FILMÉE...

La conférence santé animée par le Dr Michel Nasr sur ce même sujet, le 4 décembre 2014 au siège de la MTRL, a été filmée, et on peut la regarder dans son intégralité :

Article original de :
Dr Michel Nasr

Paru dans Mutuelle & Santé n° 85

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