Agir contre l’obstruction nasale

Conférence sur l'obstruction nasale, ses causes et comment la soigner. Le Dr Marianne Cayatte explique en détails les facteurs responsables de la congestion des muqueuses nasales et les solutions pour mieux respirer. (Conférence des 21 et 22 mai 2015)

Le nez est un organe noble et d’une importance capitale que, malheureusement, beaucoup de patients et de médecins négligent, du fait qu’il ne donne pas immédiatement les effets secondaires de son obstruction.

Qu’est-ce que l’obstruction nasale ?

C’est tout simplement le nez bouché. En l’occurrence, l’examen est très facile à faire et le diagnostic immédiat : je mets le fibroscope dans le nez du patient, qui grâce à la caméra voit combien son nez est bouché. Le diagnostic est immédiat et permet de mettre rapidement en place le traitement.

Le problème, c’est lorsque le patient ne prend pas conscience qu’il a le nez bouché et que ça fait des années qu’il respire par la bouche. Un jour, il vient et me dit qu’il a l’oreille bouchée, qu’il ronfle, qu’il dort mal, qu’il est fatigué, qu’il ne sent pas les odeurs et qu’il n’a pas de goût... À ce moment-là, l’examen ORL complet – dont la fibroscopie nasale – permet d'établir le diagnostic.

Les conséquences de l’obstruction nasale sont très simples. Dans un premier temps, c’est physiologique : si on ne peut pas respirer par le nez, on le fait par la bouche. Et lorsque l’on commence à respirer ainsi, l’air qui entre par la bouche n’est pas filtré, humidifié, réchauffé. Il va entrer directement dans les poumons, avec une pollution allergénique importante, avec des nanoparticules de diesel, avec des virus et des bactéries directement dans les bronches, ce qui constitue la deuxième conséquence de l’obstruction nasale.

La rhinite allergique, je lui réserve une place à part dans l’obstruction nasale. Aujourd’hui en effet, dans la consultation ORL et chez le généraliste, elle occupe le choix n°1 pour expliquer le nez bouché. Les patients se plaignent d’éternuements, de démangeaisons du palais, du nez ou de la peau, du nez qui coule, de rhino-conjonctivites à répétition et, effectivement, lors de l’effort, de fatigabilité, de sifflements et de l’installation de l’asthme au long cours...

Quelques chiffres pour vous donner une idée de l’importance de l’obstruction nasale. D’abord, il s’agit de la première maladie chronique au monde. Dans votre entourage, vous avez une personne sur deux qui a le nez bouché ! Soit elle en est consciente, et elle ira consulter, soit elle n’en est pas consciente et elle va hériter de tous les effets secondaires du nez bouché. Selon l’OMS, plus de la moitié de la population mondiale en sera atteinte d’ici quelques années. 70 à 80 % des asthmatiques ont une rhinite allergique...

Il est très important de comprendre que le nez est la racine de l’arbre bronchique. On ne pourra jamais soigner une maladie des bronches si on ne vient pas à la source de la muqueuse bronchique, qui est la muqueuse nasale. Cela fait partie du concept “nez-bronches” ; aujourd’hui, tous les pneumologues et spécialistes des voies respiratoires l’admettent : la muqueuse bronchique prend naissance au niveau du nez et, à partir du nez, elle va être soit en bon état, soit inflammatoire et congestionnée.

20 à 40 % des patients qui ont une rhinite allergique développent un asthme. En fait, la respiration buccale, c’est le mal du siècle. Aujourd’hui, nous vivons des pollutions intérieures et extérieures très importantes : sans s’en rendre compte, on respire par la bouche des éléments pathogènes pour la muqueuse bronchique qui, je le rappelle, est extrêmement vulnérable, puisqu’elle n’est faite, à l’origine, que pour les échanges gazeux ; elle n’est pas là pour recevoir de l’air qui n’a pas été filtré. Donc, lorsque les particules se déposent sur la muqueuse bronchique (pollens, acariens, moisissures, diesel), il se forme des trous dans cette muqueuse qui sont à l’origine de maladies des bronches beaucoup plus sévères.

Le rôle du nez, c'est de filtrer, réchauffer, humidifier l’air qui entre dans nos bronches. La première chose que je dis à mes patients, c’est qu’ils peuvent faire un test très simple pour savoir s’ils ont le nez bouché ou non. Ils n’ont qu’à fermer la bouche, ils ferment une narine et ils inspirent fort pendant quelques minutes pour voir s’il y a une résistance active ou non au passage de l’air. Si l’air a du mal à passer, cela veut dire que le nez est bouché et qu’on est obligé, pour compenser, d’inspirer par la bouche.

Notre “filtre à particules”

Outre son rôle de filtre, de l’humidification et du réchauffement de l’air, le nez est également l’organe de l’odorat. Les papilles gustatives de la langue ne nous donnent que les cinq saveurs de base, parmi lesquelles le salé, le sucré, l’acide et l’amer ; c’est au rhino-pharynx que les molécules odorantes vont monter et nous donner la subtilité gustative dont on ne peut pas se passer, comme le plaisir de déguster un repas.

Les sinus. Illustration : Persomed/J. Dasic
Les sinus. Illustration : Persomed/J. Dasic

De par sa position anatomique centrale, le nez est le chef d’orchestre de tous les organes de la sphère ORL : les sinus frontaux, sphénoïdaux, maxillaires, les trompes d'Eustache pour communiquer avec les oreilles, la muqueuse conjonctivale, le pharynx, le larynx, l’hypopharynx et, bien sûr, la muqueuse bronchique. De par cette position stratégique au milieu de la face, il est celui qui dirige et qui donne la vie, soit tout simplement l’oxygène.

Voies aériennes supérieures. Illustration : Persomed/J. Dasic
Voies aériennes supérieures. Illustration : Persomed/J. Dasic

A partir du moment où le nez se bouche, vous ne pouvez plus avoir cette facilité de distribution d’oxygène, donc de la vie, à tous ces organes. C’est pour cela que les patients qui ont le nez bouché vont assez rapidement souffrir d’oreilles bouchées, d’otite séromuqueuse à répétition, de bouchons de cérumen à répétition, de maux de tête impliquant une congestion du nez et des sinus... Ils vont avoir des problèmes de voix, une toux due à l’inhalation de l’air non filtré qu’ils vont essayer d’extérioriser...

Quels sont les différents allergènes qui causent un nez bouché ? L’obstruction nasale allergique, c’est ce que l’on voit le plus en consultation. Les pollens, les acariens, les animaux domestiques, les moisissures, l’alternaria...

Je constate qu’il y a une forte augmentation d’animaux que les gens font dormir avec eux dans leur lit : lézards, rats, pythons, chat, chien... Il faut savoir que, si les animaux ont une fourrure, ce n’est pas par hasard, si les lézards sont faits pour courir à l’air libre, ce n’est pas non plus par hasard. J’explique alors aux patients que la pièce où l’on dort est un endroit sacré. C’est un endroit qui doit être ventilé, propre, chauffé à pas plus de 19°C – les acariens, bien entendu, se développent par l’humidité et la chaleur, souvent trop forte. La litière du chat ne doit pas se trouver dans la maison. Evitez si possible de dormir avec vos animaux, puisque c’est une quasi-certitude que l’on va avoir le nez bouché toute la nuit.

Dans le monde de l’infiniment petit, la structure extérieure des pollens présente des petites pointes qui leur permettent de s’accrocher à la muqueuse nasale : le pollen de plantain est très allergisant et induit une forte obstruction nasale, le pollen d’armoise, les graminées, donnent le rhume des foins...

Ce qui est fondamental, c'est que l’obstruction nasale est principalement due à la pathologie de la muqueuse nasale. Ce n’est pas la cloison nasale qui est en cause. La grande majorité des nez bouchés, c’est parce que la muqueuse agressée a gonflé et a fait un œdème, parce qu’un agent inflammatoire s’est fixé dessus et n’en part plus. A partir du moment où le pollen s’agrippe à la muqueuse et y demeure, se produit une réaction immunitaire immédiate avec fabrication d’anticorps directement dirigés contre cet allergène. Et tant qu’on ne vient pas débarrasser la muqueuse de cette cause initiale , vous pouvez rester allergique toute votre vie, même si vous faites une désensibilisation, même si vous prenez des antihistaminiques...

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Un lavage nasal régulier est indispensable

Le principe est le suivant : notre système immunitaire ne fonctionne que de façon primaire. Il a une cause qui l’irrite au plus haut point et dont il n’arrive pas à se débarrasser ; il va donc fabriquer des anticorps qui vont venir attaquer l’endroit où se trouve l’allergène. Tant qu’on ne pratique pas de lavage du nez pour chasser l’intrus, vous pouvez garder cette obstruction nasale toute votre vie. Vous allez l’atténuer avec des gouttes nasales et des antihistaminiques, mais vous ne pourrez pas retrouver un nez intègre.

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Voici une image classique de nez bouché . Il s’agit là d’un schéma très classique : 9 patients sur 10 qui viennent me voir ont ce type de configuration. En fait, le nez c’est un tuyau qui doit rester complètement ouvert pour le passage de l’air. Une muqueuse totalement œdématiée et conjonctive  est souvent pleine de pollens, pleine d’allergènes, et c’est pour cela qu’on n’arrive plus à respirer par le nez.

Comme parade, je fais pratiquer au patient un lavage de nez : en moins de 8 jours, il y a une récupération totale de la respiration nasale. Ce qui est vraiment d’une importance capitale : avec un lavage du nez régulier, vous pouvez, en moins d’un an ou d’un an et demi, guérir d’une allergie importante avec de l’urticaire, de l’asthme et tous les signes qui vont avec.

Lait et reflux gastro-œsophagien

L’autre cause majeure d’obstruction nasale, c’est le reflux gastro-œsophagien. Je vais parler de la consommation excessive des produits laitiers, en tout cas en ce qui concerne ma propre expérience. L’examen d’un oropharynx qui montre une langue chargée, blanche, crémeuse, des amygdales avec des cryptes caséeuses, ou encore une luette gonflée au-delà de son volume, c’est toujours la conséquence d’un reflux gastrique aux produits laitiers.

Moi j’irai encore plus loin en tant que médecin ORL, pour dire avec une totale certitude que ce n’est plus une question d’intolérance au lait de vache, mais que c’est devenu une réaction d’hypersensibilité retardée à la protéine de lait de vache. Parce que systématiquement, lorsque je pratique un test cutané sur mes patients pour déterminer les allergies, je teste une goutte de lait sur le bras, et à la fin du test j’ai toujours une papule cutanée qui montre, qui atteste, qui valide qu’il y a une fabrication d’anticorps par notre organisme concernant le produit laitier. Ce qui fait que, quand je demande au patient d’arrêter les laitages pendant trois mois – une période assez courte quand même –, déjà à l’examen ORL un mois après, les amygdales du patient ont dégonflé, il n’a plus de cryptes caséeuses, l’haleine est redevenue normale, la luette a dégonflé, les apnées du sommeil ont diminué, le sommeil s’est normalisé et il n’y a plus d’angines et de pharyngites à répétition. Parce qu’il faut savoir que la langue chargée avec une couche de lait fermenté, présente depuis des mois voire des années, c’est un formidable milieu de culture dans lequel tous les germes entrants se développent avec enthousiasme.

Les autres rhinites

La rhinite vasomotrice fait également partie de l’obstruction nasale classique. Ce sont les mêmes signes que la rhinite allergique, sauf que les tests cutanés sont négatifs. La plupart du temps, ce sont des patients qui ont une rhinite qui réagit de façon importante aux produits comme les parfums, mais aussi au vent, au froid, à la pollution, au tabac... Il suffit alors de leur mettre en place un lavage de nez avec un produit spécifique.

Le tabac, tout le monde en connaît les méfaits. Ce que je peux constater avec certitude, c’est que tous les fumeurs ont le nez bouché.

Les causes mécaniques de la rhinite sont essentiellement les petites tumeurs, le polype de Killian, les problèmes importants de déviation de la cloison... Ce sont des causes qui ont une solution chirurgicale et ce n’est pas ce que l’on voit le plus souvent en consultation.

On en arrive à la partie la plus intéressante de notre sujet, puisque je suis là pour partager avec vous cette expérience du nez bouché, pour démystifier cette affaire en quelque sorte, mais en même temps pour lui redonner sa place centrale, parce qu’il s’agit d’un organe fondamental : il faut savoir qu’il y a 20 000 litres d’air qui traversent chaque jour notre nez, ce qui nous soumet très souvent à une pollution très importante. Outre l’action de filtrer, réchauffer et humidifier l’air, il faut savoir que la muqueuse nasale, très riche en immunoglobulines A, joue un rôle très important dans la défense immunitaire : très rapidement, elle va s’attaquer aux virus et aux bactéries...

La fonction olfactive du nez

Voyons la fonction olfactive, j’en ai parlé un peu rapidement, mais c’est quand même le sens chimique le plus ancien et le plus primitif dans l’évolution des espèces. Des cinq sens, c’est aussi le plus paradoxal car, dominant dans le règne animal, il semble s’être marginalisé chez l’homme par rapport aux autres sens. Pourtant l’odorat est une fonction essentielle, à l’origine du plaisir que nous procure l’alimentation, et qui nous guide également dans nos comportements émotionnels et affectifs. Il a aussi cette fonction de nous protéger en étant le filtre le plus fabuleux de notre corps. Quant à ses capacités d’apprentissage, les sensations olfactives lui permettent d’ajouter sans cesse de nouvelles informations dans un contexte d’hédonisme, de souvenirs et de vie relationnelle.

Il faut savoir que l’olfaction n’est pas un sens “mis en valeur” comme les autres : les patients ont tendance à s’affoler dès qu’ils ont un problème aux yeux ou au cœur... Pourtant, pratiquement un patient sur deux est porteur d’une obstruction nasale et n’a pas, de fait, un odorat très développé. C’est quelque chose qu’il découvre très souvent sur le fauteuil de consultation en constatant : « C’est vrai, j’ai le nez bouché et je ne sens pas bien les odeurs ! » Et je suis étonnée de voir avec quelle facilité on peut passer sur ce sens-là, vu son importance.

Le traitement, c’est essentiel. Je vais démystifier les choses, parce que en tant qu’ORL et allergologue je me suis rendu compte qu’avec le traitement que j’ai mis en place, il n’y a pas besoin d’opérer un nez bouché. Parce qu’une muqueuse nasale hyper-réactive est allergique : si on la touche lors d’une opération chirurgicale, il y a un phénomène rebond et elle est encore plus congestive ! Donc, ça ne sert strictement à rien d’opérer un nez allergique.

Il faut comprendre que le nez bouché, c’est comme tous les organes de notre corps : il devient inconcevable de ne pas se brosser les dents, de ne pas se laver les cheveux ou le corps... Le nez est pourtant un organe fondamental : c’est la porte d’entrée de la vie en nous, racine de l’arbre bronchique... Il travaille pour nous, il filtre des milliers de litres d’air par jour et il a besoin d’aide, car il ne peut pas filtrer tout seul tous ces allergènes qui s’accrochent à lui et qui le paralysent.

Hygiène pratique du nez

Première chose fondamentale donc : le lavage du nez. De manière très simple, c’est faire entrer une solution hypertonique ou soufrée dans le nez, de façon à faire faire des allers-retours avec le liquide, tout en s’appliquant à ne pas faire monter l’eau dans la trompe d’Eustache ; on décroche ainsi les allergènes qui sont agrippés à la muqueuse ; on prend son souffle avec la bouche et on fait un effet Karcher dans l’évier de façon à rejeter les éléments qui sont la cause de l’obstruction nasale.

Une fois que le patient a visualisé à l’examen la réalité de son nez bouché, je lui fais les impédancemétrie qui montrent qu’en fait cette obstruction nasale a bouché également les trompes d’Eustache – de ce fait, l’impédancemétrie montre souvent une courbe plate. Il visualise également son oropharynx avec un miroir et, là, je lui montre ses amygdales gonflées, sa luette gonflée... J’insiste aussi sur le reflux gastrique qui va considérablement rétrécir le passage du pharynx. Aussi, lorsque le nez est bouché, lorsque la passage du pharynx est rétréci, allongé sur le dos la nuit, on va automatiquement ronfler. La luette, étant énorme, va boucher encore plus le pharynx ; l’apnée du sommeil est inéluctable.

En faisant un lavage de nez, vous vous rendez compte que l’opération est d’une facilité déconcertante, et vous allez retrouver une filière nasale complètement perméable, des trompes d’Eustache qui fonctionnent bien et la langue qui reprend sa couleur d’origine : rose. En effet, il ne faut jamais oublier que la santé, c’est cela : les organes nobles doivent retrouver leur aspect d’origine ! Les amygdales, c’est pareil. Quant à la luette, elle ne doit pas occuper tout l’espace du pharynx. Donc le lavage du nez, c’est l’étape fondamentale pour retrouver toute la ventilation de la sphère ORL.

Pour les rhinites qui sont un peu infectées et anciennes, je préconise le lavage à l’eau soufrée. Le soufre, pour la muqueuse nasale, c’est fabuleux. On peut le trouver sous forme d'ampoules d’eau et de soufre. C’est exactement comme si vous étiez en cure thermale, sauf que vous êtes chez vous ! Cest un lavage qui est anti-inflammatoire, anticongestif, antiseptique et qui débouche le nez de façon quasi instantanée. Je n’ai qu’à prendre mon ampoule, la casser et la mettre dans la pipette, je me place à 90 degrés au-dessus de mon évier, la tête sur le côté, je prends mon ampoule et je vais à la narine du bas : j’envoie une giclée, je ferme l’autre narine et je fais le va-et-vient trois fois. Ensuite j’ouvre la bouche... et je souffle très fort avec le nez ! Puis je fais pareil avec l’autre narine.

Article original de :
Dr Marianne Cayatte

Paru dans Mutuelle & Santé n° 5

Télécharger l'article original au format pdf

Étiquettes

Obstruction nasale

Haut de page