Cabines de bronzage : pourquoi il faut les interdire

Une nouvelle enquête de 60 Millions de consommateurs démontre que de nombreux professionnels passent sous silence la dangerosité des UV artificiels. L’interdiction sera-t-elle la seule solution ?

Nous reproduisons ici, avec l’aimable autorisation de Thomas Laurenceau, rédacteur en chef de 60 Millions de consommateurs, l’article publié par le magazine dans son numéro de février, lequel comporte une longue enquête sur ce sujet que nous invitons nos lecteurs à consulter. Vigoureusement engagée depuis plus de deux ans dans la campagne Ensemble contre le mélanome, la MTRL s’associe à cette demande d’interdiction, considérant que la frime du bronzage toutes saisons ne saurait justifier les risques de santé induits par cette pratique.

Une nouvelle enquête de 60 Millions de consommateurs démontre que de nombreux professionnels passent sous silence la dangerosité des UV artificiels. Et n’appliquent pas les règles élémentaires de prévention. L’interdiction sera-t-elle la seule solution ?

Illustration : Persomed/J. Dasic
Illustration : Persomed/J. Dasic

Depuis le 1er janvier, les cabines de bronzage sont interdites dans la plupart des États d’Australie. Faut-il en faire autant en France ? La question se pose plus que jamais quand on analyse les résultats de notre enquête « clients mystères » réalisée auprès de cinquante établissements et que nous dévoilons dans notre magazine de février.

Enceintes de cinq mois ou plus

Nous avons demandé à un panel de cinquante femmes de se présenter dans des centres de bronzage répartis dans cinq grandes villes (Lille, Lyon, Marseille, Paris et Strasbourg).
On sait que les ultraviolets (UV) artificiels sont classés « cancérogènes certains pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Mais, pour nos clientes mystères, le recours aux UV artificiels présentait encore plus de risques. Soit parce qu’elles étaient enceintes de cinq mois minimum, soit parce que leur phototype (peau, cheveux et yeux clairs) entraînait une sensibilité accrue aux UV.

Laxisme coupable

Logiquement, le personnel des centres visités aurait donc dû les mettre en garde. Pourtant, les trois quarts de nos volontaires n’ont pas été averties de la dangerosité des ultraviolets et ont été invitées à entrer en cabine !
Preuve que la plupart des professionnels ne sont pas à la hauteur de la tâche. Mais doit-on s’étonner de ce laxisme coupable ? Il est vain de confier le discours de prévention au personnel des centres de bronzage, qui vit de cette activité…

Seulement 5 euros la séance

Les résultats de notre enquête sont d’autant plus alarmants que le secteur du bronzage artificiel est en plein essor : on compterait actuellement 40 000 appareils de bronzage mis à disposition du public, selon des chiffres avancés par le ministère de la Santé. Les tarifs s’avèrent, quant à eux, toujours plus attractifs : lors de notre étude, la séance de dix à quinze minutes coûtait en moyenne 5 euros (auxquels s’ajoute l’achat ou la location des lunettes de protection).

500 à 2 000 décès dans les trente prochaines années

Aujourd’hui, le constat est sans appel : la réglementation, récemment renforcée par un décret fin 2013 et deux arrêtés en octobre dernier, ne suffit pas ! Pas plus que les alertes répétées des médecins et des scientifiques sur la responsabilité des UV artificiels dans de redoutables cancers de la peau.
D’après les calculs de l’Institut de veille sanitaire (InVS), dans les trente prochaines années, 500 à 2 000 décès seront dus à l’usage des cabines de bronzage, soit autant que la mortalité imputable au Mediator, médicament retiré du marché pour cette raison.

Appel aux autorités sanitaires

Face à ce constat, la seule solution vraiment efficace en termes de santé publique serait d’interdire les cabines de bronzage à visée esthétique. L’Institut national de la consommation (INC), éditeur de 60 Millions, vient d’écrire aux autorités sanitaires concernées afin de les inciter à s’engager dans cette voie !

Victoire N’Sondé et Fabienne Loiseau

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