Cancers de la peau : les espoirs de la recherche pour vaincre un jour les mélanomes

10% des cancers de la peau diagnostiqués en France sont des mélanomes, de forme plus agressive : Julie Caramel, chargée de recherche Inserm, nous éclaire sur les avancées de la recherche.

En trente ans, le nombre de nouveaux cas de cancers de la peau a plus que triplé. Les carcinomes cutanés représentent 90 % des cancers cutanés diagnostiqués en France, et les mélanomes 10 %. Heureusement moins fréquents, les mélanomes sont cependant plus difficiles à traiter. Au Centre Léon-Bérard, un groupe de recherche s’intéresse à ce cancer agressif. Rencontre.

Chaque année, 80 000 cancers de la peau sont diagnostiqués en France, indique l’Institut national du Cancer. Deux types de cancers de la peau aux origines cellulaires bien différentes existent : les carcinomes (90 %) et les mélanomes (10 %) qui, bien que plus rares, sont les plus agressifs et dont l’incidence augmente plus rapidement ces dernières années. La recherche pour comprendre les mécanismes cellulaires de ces cancers, et surtout pour identifier de nouveaux traitements efficaces, est donc plus que jamais nécessaire. Le groupe de recherche “plasticité cellulaire dans le mélanome”, situé sur le site du Centre Léon-Bérard, étudie justement cette pathologie. L’occasion de poser quelques questions à Julie Caramel, chargée de recherche INSERM qui dirige ce groupe au sein du Centre de recherche contre le cancer de Lyon (CRCL).

Sur quel type de cancer de la peau porte vos travaux ?

Nous travaillons sur le mélanome cutané, une forme agressive de cancer de la peau provenant des mélanocytes, des cellules spécialisées responsables de la pigmentation de la peau et assurant une protection contre les rayons ultraviolets en cas d’exposition au soleil. Elles sont responsables du bronzage mais aussi de l’apparition de nævus, communément appelés “grains de beauté”, totalement bénins. De nos jours, le mélanome est malheureusement de plus en plus fréquent car le nombre de nouveaux cas augmente de 10 % tous les ans depuis cinquante ans. Nous tentons de mettre en lumière les mécanismes qui sont à l’origine de la formation d’un mélanome.

  • 80 000 cancers de la peau dont 15 000 mélanomes par an en France
  • 1 500 à 2 000 mélanomes diagnostiqués sont métastatiques
  • 56 ans, c’est l’âge moyen des patients au moment du diagnostic

Données Institut national du Cancer

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Quelles sont les causes du développement d’un mélanome ?

Le facteur de risque n° 1 est bien évidemment le soleil, qui provoque des mutations de l’ADN. Si elles ne sont pas réparées, ces mutations peuvent entraîner la transformation cancéreuse. La mutation génétique la plus fréquente chez les patients atteints de mélanome se situe au niveau du gène BRAF, présente dans 50 % des cas. Tout l’enjeu consiste à diagnostiquer et agir rapidement car les risques qu’un mélanome devienne métastatique sont importants et rapides. Cette évolution est de mauvais pronostic, la survie moyenne d’un patient atteint de mélanome métastatique étant de six mois environ.

JE ME PROTÈGE DU SOLEIL TOUTE L’ANNÉE… PAS SEULEMENT EN ÉTÉ !

Le soleil est le premier facteur de risque de développer un cancer de la peau. Les rayonnements ultraviolets (UV) peuvent entraîner des dommages de l’ADN et favoriser le développement de carcinomes et de mélanomes. Il existe pourtant des gestes simples pour limiter les risques de développer ces cancers. Il convient d’éviter le soleil entre 12 et 16 heures (heure solaire) et de rechercher l’ombre le plus souvent possible. En cas d’exposition, il est nécessaire d’appliquer une crème solaire haute protection et de renouveler régulièrement l’opération. Le port de lunettes de soleil, d’un chapeau et de vêtements couvrants est vivement conseillé. De manière générale, il est formellement déconseillé d’exposer les enfants, de s’exposer de manière prolongée au soleil et d’utiliser une cabine à UV.

Quelles sont les avancées de la recherche ?

Il y a encore une dizaine d’années, le taux de mortalité était très important. Suite à la découverte en 2005 de l’implication du gène BRAF dans les mélanomes, des thérapies “ciblées” ont été développées donnant des résultats spectaculaires chez les patients atteints de mélanomes métastatiques. Malheureusement, ceux-ci rechutent systématiquement, suite à l’émergence de résistance aux traitements. Il était donc nécessaire de développer des stratégies de combinaisons thérapeutiques. De nouveaux traitements ont par ailleurs visé à stimuler le système immunitaire des patients pour l’inciter à tuer les cellules cancéreuses, il s’agit des immunothérapies. Elles sont particulièrement efficaces mais ne fonctionnent que chez la moitié des patients et présentent d’importants effets secondaires. Les stratégies de traitement actuellement à l’étude visent ainsi à combiner les thérapies ciblées et les immunothérapies. On observe des résultats très encourageants puisque 30 à 40 % des patients répondent durablement à ces traitements.

Quels sont les enjeux futurs ?

L’enjeu est de comprendre pourquoi certains patients répondent positivement à ces traitements et d’autres non, mais aussi d’expliquer les mécanismes qui permettent à ces cellules cancéreuses de s’adapter constamment. Cette résistance aux traitements est complexe et multifactorielle. Nous étudions ces différents éléments avec un intérêt particulier pour les interactions entre les cellules cancéreuses et les cellules du système immunitaire. Pour rappel, les immunothérapies visent à réactiver la fonction protectrice du système immunitaire contre les cellules cancéreuses. Les lymphocytes T peuvent être, quant à eux, définis comme des cellules du système immunitaire qui ont pour fonction de détruire les cellules cancéreuses. Toutefois, leur rôle peut être perverti par les cellules tumorales, ce qui les empêche d’exercer leur rôle de surveillance et de défense. Or leur action est nécessaire pour qu’une immunothérapie fonctionne.

Nous savons que la plasticité des cellules cancéreuses, c’est-à-dire leur capacité à s’adapter et à changer d’état de manière réversible à l’image d’un caméléon, joue un rôle dans la résistance aux thérapies ciblées. Nous cherchons à prouver que cette plasticité est aussi responsable de l’inaction des lymphocytes T et donc de la résistance aux immunothérapies.

Pour faire un don : www.centreleonberard.fr
Centre Léon Berard
Service Relations Donateurs
28 rue Laennec, 69008 Lyon

Julie Caramel, chargée de recherche INSERM

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