Cancers : gérer et prédire les toxicités des immunothérapies

Présentation de l’immunothérapie comme moyen de traiter le cancer et ses risques de toxicité qui peuvent être évalué grâce au projet ImmuCare.

L’immunothérapie s’est imposée ces dernières années commune nouvelle arme majeure dans l’arsenal thérapeutique du cancer. Comme tous les traitements, elle peut entraîner des effets indésirables.

Moins connues que celles liées aux chimiothérapies, les toxicités liées aux immunothérapies peuvent pourtant s’avérer graves. Pour accompagner les patients et les médecins traitants, l’Institut de cancérologie des Hospices civils de Lyon a développé un dispositif unique en France visant à gérer les toxicités des immunothérapies anticancéreuses.

Des patients sous surveillance rapprochée

Comme la chimiothérapie, l’immunothérapie est un traitement administré par voie intraveineuse. Utilisé dans de nombreux cancers (mélanome, lymphomes, cancers du poumon, du rein, cancers ORL), il agit sur l’ensemble de l’organisme. Son mécanisme d’action est toutefois très différent : ce ne sont pas les cellules de la tumeur qui sont directement ciblées, mais les cellules immunitaires qui entourent ces cellules. Il s’agit de stimuler les défenses naturelles de l’organisme pour lui apprendre à détruire lui-même cancer et les métastases éventuelles. Des progrès spectaculaires ont été observés au cours des années récentes et dans des situations multiples incluant le mélanome, le cancer du poumon, le cancer de la vessie. Une fois activé, le système immunitaire peut se révéler très efficace pour lutter contre la maladie cancéreuse mais peut aussi être à l’origine de réactions graves dirigées contre les organes du patient (poumon, foie, peau, glande thyroïde, intestin). Des signes cliniques pouvant sembler peu alarmants (fatigue, toux, diarrhée, essoufflement…) doivent faire l’objet d’une attention particulière car ils peuvent en réalité cacher des réactions immunologiques sévères, de nature à impacter la qualité de vie des patients. Il est donc crucial de bien identifier et surveiller ces toxicités pour mieux les contrôler.

Télé-expertise et télésurveillance pour gérer les toxicités

Pour repérer et traiter précocement les effets indésirables liés aux traitements et accompagner au mieux les patients et les médecins traitants, l’Institut de cancérologie des HCL a développé ImmuCare, un dispositif de gestion des toxicités liées aux immunothérapies dans le traitement du cancer. Le programme a démarré avec la mise en place d’outils : la télé-expertise et la télésurveillance. Le premier, à destination des médecins traitants et des structures d’hospitalisation à domicile, permet à ces professionnels d’accéder rapidement à des experts hospitaliers pour les aider à identifier les signes alarmants, à gérer les cas les plus urgents et faciliter l’hospitalisation lorsqu’elle est nécessaire. Le second volet consiste en une télésurveillance des patients à leur domicile, par le biais de questionnaires élaborés par les médecins des HCL et envoyés chaque semaine aux patients. Ils permettent de rechercher des symptômes communs à la prise d’une immunothérapie et liés à la spécialité médicale (perte d’appétit, toux, diarrhée, neuropathies, vomissements…).

En fonction du score obtenu, une réponse est faite au patient et un rendez-vous est fixé en cas de nécessité. Ce dispositif vise à réduire le risque de consultation en urgence et à améliorer la qualité de vie pendant les traitements, en ajustant la thérapie et en palliant, au plus juste, les problèmes quotidiens des patients. En parallèle, des comités médicaux ImmuCare ont été mis en place pour chaque spécialité (dermatologie, endocrinologie, pneumologie, néphrologie, allergologie, pharmacie, radiologie, radiothérapie…) et des réunions de concertations pluridisciplinaires de recours sont programmées pour chaque patient afin de traiter toutes les questions en lien avec son traitement : reprise thérapeutique après toxicité, contre-indications relatives ou absolues à un traitement par immunothérapie… Un lien fort est également établi avec le service de pharmacovigilance des HCL, afin de garantir aux patients la meilleure prise en charge, dans les meilleurs délais.

Pour aller plus loin : prédire les toxicités pour une décision éclairée

Si la prise en charge s’organise aujourd’hui autour de la gestion des toxicités, un enjeu majeur pour l’avenir consiste à pouvoir prédire les risques, afin d’apprécier, pour chaque patient, le bénéfice-risque d’un traitement par immunothérapie. À ce jour, la communauté médicale ne dispose pas d’indicateurs permettant de prédire les risques à l’échelle individuelle. Seule une connaissance précise des mécanismes de survenue de ces effets secondaires et la mise en place d’un plan d’action personnalisé et centré sur le patient permettront d’améliorer la gestion de l’immunothérapie anticancéreuse. C’est pourquoi la Fondation Hospices Civils de Lyon a choisi d’accompagner le projet ImmuCare, et en particulier le volet “recherche” de ce projet à fort impact pour les malades.

Il repose sur :

  • la mise en place d’un observatoire des patients, adossé à une collection de prélèvements biologiques permettant de réaliser une étude détaillée des mécanismes de survenue des effets secondaires observés sous immunothérapie anticancéreuse ;

  • le développement de programmes de recherche ayant pour objectif de mieux définir les patients pour lesquels le rapport bénéfice/risque d’un traitement par immunothérapie sera favorable ;

il s’agira de comprendre comment un patient donné, de manière individuelle, va pouvoir bénéficier au mieux d’une immunothérapie en présentant le moins possible de toxicités liées à ces traitements. La Fondation HCL a déjà collecté une première tranche de 85 000 € auprès des particuliers et des acteurs économiques de la région pour soutenir ImmuCare. Il manque 200 000 € pour boucler le budget : chacun est invité à contribuer en faisant un don, déductible des impôts.

PR STÉPHANE DALLE, COORDONNATEUR DU PROJET IMMUCARE

“Grâce à l’essor des immunothérapies anticancéreuses, le traitement du cancer bénéficie depuis quelques années d’avancées totalement inédites. Nous observons déjà de très bons résultats mais, malheureusement, ces nouveaux traitements sont aussi associés à des toxicités pour certains organes. Par exemple, des éruptions cutanées sévères, avec des décollements de la peau importants, et donc une répercussion sur la qualité de vie des patients. Ou encore des hépatites aiguës qui peuvent représenter une menace pour le fonctionnement du foie. C’est pourquoi nous devons mieux maîtriser les effets secondaires et être à même de mieux prédire, pour chaque patient, les bénéfices espérés et les risques attendus. C’est LA condition pour pouvoir envisager un développement des traitements par immunothérapie. Il est en effet dévastateur pour les malades qui luttent contre un cancer de voir se développer d’autres pathologies éventuellement graves, précisément à cause des traitements qui leur sont administrés pour traiter leur cancer.”

Pour plus d’informations et pour soutenir le projet ImmuCare : www.fondationhcl.fr , Rubrique Projets

Contenu original de :
Stéphane Dalle

Paru dans Mutuelle & Santé n° 98

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