Sexualité et cancer du sein : un sujet tabou

Plus de 50 000 femmes par an en France sont atteintes d’un cancer du sein et très souvent elles rencontrent des troubles sexuels pendant et après leur maladie. Quelles solutions pour s’en prémunir ?

Plus de 50 000 femmes par an en France sont atteintes d’un cancer du sein ; ce diagnostic entraîne un “tsunami” psychique et physique. Dans cette tourmente où le mot “cancer” fait surgir la notion de quantité de vie, la qualité de vie est souvent placée au second plan. Heureusement, le plus souvent, elle revient en force et doit s’accommoder de cette réalité nouvelle et de la problématique qu’elle pose

Le cancer du sein représente 35,7 % des cancers féminins et atteint majoritairement des femmes jeunes et actives puisque la moitié a moins de 61 ans au moment du diagnostic. Le pronostic excellent fait que beaucoup de patientes vont survivre, et l’impact sur la sexualité des traitements est un problème qui va s’amplifier dans la période d’après cancer du sein.

Le sein a une triple représentation symbolique : identité, sexualité, maternité, et une pathologie impliquant cet organe va avoir des répercussions sur l’identité féminine. Une étude américaine a montré que 76 % des patientes concernées par un cancer du sein rencontraient des troubles sexuels ; pour autant, cette question n’est que rarement abordée dans les consultations d’oncologie.

L’Institut Curie, en partenariat avec la société Simone Pérèle, a étudié l’impact du cancer du sein sur la sexualité. 378 femmes entre 18 et 70 ans ont répondu au questionnaire, 6 mois à 5 ans après la fin de la radiothérapie pour un premier cancer du sein non métastatique. Les femmes demeurent actives sexuellement dans 71 % des cas environ, comme dans la population générale. 60 % des patientes déclarent que leur désir sexuel a été affecté par le cancer et ses traitements. 65 % estiment ne pas avoir été suffisamment informées de l’impact des traitements sur la sexualité. La qualité de la sexualité pendant les traitements ou après les traitements pour le cancer du sein dépend beaucoup de celle qui précédait la découverte du cancer.

La physiologie de la sexualité et son atteinte dans le cancer du sein

L’OMS définit « la santé sexuelle comme un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonction ou d’infirmité. La santé sexuelle a besoin d’une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, et la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui apportent du plaisir en toute sécurité et sans contraintes, discrimination ou violence. Afin d’atteindre et de maintenir la santé sexuelle, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et assurés ».

Plusieurs étapes se distinguent dans la sexualité féminine :

  • la libido, ou désir, correspond à une attirance pour un acte sexuel ou un partenaire ; elle est sous la dépendance des androgènes qui sont sécrétés par moitié au niveau des surrénales et par moitié par les ovaires ; en clair, la libido est possible même après la ménopause ;
  • l’excitation, conséquence de stimulations physiques ou psychiques, se caractérise par la lubrification du vagin, l’accélération du coeur ; la lubrification du vagin est essentiellement sous dépendance des oestrogènes et peut être altérée par la ménopause ;
  • l’orgasme est le point culminant du plaisir sexuel ; il est sous la dépendance de stimuli nerveux * ; la résolution est le retour à l’état de base quelques minutes après l’orgasme.

Quels sont les troubles sexuels dont se plaignent les patientes ?

Ils sont de deux types.

Les troubles physiques liés aux traitements

Certains traitements créent un problème hormonal : les chimiothérapies qui induisent une ménopause, l’hormonothérapie qui aggrave les symptômes de ménopause, l’arrêt du traitement hormonal de la ménopause au moment du diagnostic vont entraîner des problèmes vulvo-vaginaux liés à l’absence d’hormones ; cette atrophie va créer une sécheresse vaginale responsable de douleurs pendant les rapports sexuels (dyspareunie) ; or cette douleur va progressivement entraîner une crainte des rapports avec un espacement des relations, qui va elle-même contribuer à l’absence de lubrification et de souplesse vaginales. Les chimiothérapies peuvent avoir une toxicité sur les muqueuses, entraînant une inflammation du vagin ou de la vulve (vulvovaginite), responsable de douleurs pendant les rapports.

La cicatrice au niveau du sein, qu’il s’agisse d’une cicatrice de tumorectomie ou de l’ablation complète du sein (mastectomie), la radiothérapie induisent des douleurs à la mobilisation du bras du côté du sein opéré ; la zone cicatricielle ou irradiée peut elle aussi engendrer des douleurs et rendre les contacts avec le partenaire pénibles.

Les troubles psychiques liés aux traitements et à la maladie

Les interventions chirurgicales, la perte de cheveux et des poils pubiens en cas de chimiothérapie, la prise de poids fréquente sous hormonothérapie ou chimiothérapie sont autant d’éléments perturbateurs de l’image de soi, qui peuvent retentir sur les relations de couple. L’identité féminine est ainsi altérée. La peur de la mort, qui génère des angoisses majeures et change certaines valeurs, est souvent aussi une entrave au plaisir que peut procurer une relation sexuelle.

Le ressenti du ou de la partenaire face à ces modifications corporelles qui peut, bien involontairement, manifester une certaine distance physique intervient aussi dans l’envie de reprendre une sexualité.

Quelles solutions leur proposer ?

L’Afsos (Association francophone de soins de support en oncologie) a proposé en 2010 un référentiel qui précise bien que l’accès à l’information pour les malades et proches est une obligation pour les professionnels et que 1/3 des patients présentent des troubles dont le traitement est très facile s’il est entamé précocement

  • Tout d’abord, parler du problème avec son conjoint et avec un professionnel de santé intéressé par la question. En tant que professionnels de santé, nous devons en parler très tôt dans le parcours de soins pour que la patiente s’autorise à reposer des questions dans l’après-cancer du sein. Si le professionnel de santé ne se sent pas compétent ou pas à l’aise avec ce type de problématique, il ne doit pas hésiter à adresser la patiente à un autre professionnel de santé.
  • Identifier le problème : est-ce plus un problème psychologique lié à l’appréhension du regard du partenaire ? L’absence de désir ? Une douleur pendant les rapports ou une crainte d’avoir mal ?
  • En cas de sécheresse vaginale, il existe plusieurs prises en charge : lubrifiants à base d’acide hyaluronique, injections d’acide hyaluronique (Désirial®) malheureusement non prises en charge par la Sécurité sociale, séances de laser (Monalisa Touch®) non prises en charge ; les massages avec par exemple de l’huile d’amande douce peuvent être prescrits. L’utilisation de dilatateurs vaginaux rend service en cas de rétrécissement vaginal important. Certains traitements hormonaux locaux peuvent être autorisés même en cas de cancer du sein et il ne faut pas hésiter à en parler à l’oncologue.
  • Une consultation auprès d’un psycho-oncologue ou d’un sexologue est conseillée, si possible avec le ou la partenaire. Être active sexuellement n’est pas synonyme de rapports sexuels complets ; des alternatives sont possibles en se réappropriant certaines zones érogènes et en expérimentant des pratiques sexuelles différentes.

Différentes techniques de gestion du stress, d’amélioration de l’image de soi, de communication peuvent être proposées pour retrouver une envie de sexualité.

Le rôle du ou de la partenaire est fondamental : c’est dans le regard de sa ou son partenaire que la patiente va se sentir désirée et désirable ; l’image dans le miroir ne doit pas être la seule référence. La sexualité fait partie de la vie ; vivre après un cancer du sein peut permettre de s’épanouir dans une sexualité identique ou différente. Les femmes doivent oser en parler avec leur partenaire et les professionnels de santé.

Dr Christelle Besnard-Charvet, gynécologue obstétricienne

Article original de :
Dr Christelle Charvet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 97

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