L'activité physique en prévention des cancers

Dr Julien Carretier, docteur en santé publique au Centre Léon Bérard, anime une conférence sur "L'activité physique en prévention des cancers" (Journée Réflexe Prévention Santé 29 avril 2016)

Qu’en est-il de la prévention des cancers et du rôle de l’activité physique dans cette prévention ?

On entend beaucoup parler des principaux cancers : cancer du poumon, cancer du sein, cancer du côlon, cancer de la prostate Tout adulte peut être concerné à un moment donné de sa vie, mais aussi les enfants, les adolescents, les jeunes adultes.

Quels sont les différents facteurs par lesquels notre santé est impactée ?

Entre 5 et 10 % des cancers sont liés à des facteurs génétiques. Les infections, bactéries et virus, entrent également pour une part non négligeable dans l’augmentation des risques. Et puis il y a les facteurs environnementaux : l’eau que l’on boit, l’air que l’on respire, l’habitat, le milieu professionnel. Ce n’est pas tout, il faut aussi tenir compte des facteurs socio-économiques et des facteurs de risques individuels liés au tabac, à l’alcool, à l’exposition aux UV. Le tabac, qui expose à plus de 40 substances cancérogènes, constitue le principal facteur de risque de développement de cancers et de maladies chroniques.

La recherche s’intéresse aujourd’hui de plus près aux facteurs environnementaux, nutritionnels et aux risques liés à l’alcool. De nombreuses études ont été menées ces 20 dernières années pour essayer de consolider le niveau de connaissance scientifique sur ces facteurs-là, auxquels on s’était peu intéressé jusqu’alors. La relation entre nutrition, activité physique et cancers, au niveau scientifique, est complexe à évaluer. Par ailleurs, il est difficile d’isoler un facteur d’un autre car le cancer est une maladie qui évolue dans le temps. Entre le moment où une cellule est exposée et “bugge” et le moment où la maladie se déclare, il peut s’écouler de 20 à 40 ans.

Globalement, on estime qu’un tiers des cancers pourraient être évités si des mesures de prévention étaient appliquées à titre individuel, en particulier sur le tabac, l’alcool, l’exposition au soleil, l’activité physique et l’alimentation. L’important réside dans l’équilibre énergétique. C’est une balance entre les “entrées” et les “sorties”. Les entrées, ce sont nos comportements alimentaires, et les sorties, c’est le métabolisme de base, le sommeil, la digestion et l’activité physique (qui concerne entre 15 et 25 % des sorties).

L’objectif de prévention est d’essayer de maintenir cet équilibre énergétique et d’éviter un surpoids, grâce à une dépense énergétique suffisante.

Comment l’activité physique influence-t-elle la réduction du risque de cancer ?

Pour définir l’activité physique, nous pouvons dire qu’il s’agit de tout mouvement corporel qui, produit par la contraction des muscles squelettiques, entraîne une augmentation des dépenses énergétiques. On peut être actif en de multiples occasions dans la vie quotidienne, pas seulement à travers la pratique d’un sport. L’activité à haut risque, c’est de rester dans ses charentaises ! Et c’est bien le problème avec la multiplication des écrans : les gens sont de plus en plus sédentaires.

Les déplacements de moins de 3 km se font en voiture ou en transports en commun plutôt qu’à pied, à vélo ou en trottinette, par exemple. Il faut changer ces habitudes, rompre ce que l’on appelle “le cercle vicieux de la sédentarité”, ou en jargon scientifique l’hypokinésie. L’activité physique est importante à tous les stades, pendant et après un traitement, mais également en amont de la maladie. Les études montrent que la pratique d’une activité physique régulière et modérée est un facteur protecteur de certains cancers et d’autres pathologies de type diabète ou maladies cardio-vasculaires. L’inactivité est responsable d’un cas sur quatre à cinq des cancers du côlon et du sein. Et plus l’activité physique est intense, plus les effets sont probants.

Les études sur l’activité physique sont également probantes en cas de récidive. Elle permet notamment de stabiliser le poids du patient, ce qui est essentiel car l’obésité est un facteur de récidive des cancers. L’activité physique diminue les infections et permet d’améliorer le sommeil tout en augmentant les émotions positives et donc la qualité de vie, la sociabilité des patients. L’impact psychologique et social est réel, puisque les symptômes d’anxiété et de dépression sont réduits.
Au Centre Léon-Bérard, chaque patient peut bénéficier d’un programme de 3 mois avec 25 séances d’activité physique en période de traitement. Ce programme existe depuis 5 ans et il est aujourd’hui déployé auprès des enfants, des adolescents et des jeunes adultes.

Après la maladie, l’activité physique reste importante. Aujourd’hui, on guérit de plus en plus de cancers, mais se pose la question du second cancer. Les facteurs de prévention agissent donc contre ce risque-là. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) recommande de pratiquer 30 min d’activité physique quotidienne, 10 000 pas environ. Il faut faire de cette activité physique une habitude, trouver une activité qui plaise à chacun, qui convienne vraiment, et en cela le médecin peut orienter ses patients et les aider à choisir en fonction de leurs envies.

Il faut surtout se faire plaisir et inscrire cette habitude dans la durée. Il n’est jamais trop tard pour commencer à être actif !

Julien Carretier, docteur en santé publique, Centre Léon-Bérard, département Cancer et Environnement

Article original de :
Dr Julien Carretier

Paru dans Mutuelle & Santé n° 90

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