La mammographie de nouveau sur le grill : Harding, vous avez dit Harding ?

Les résultats publiés dans l’étude parue en juillet 2015 du Dr Charles Harding remettent de nouveau en cause l’intérêt du dépistage systématique du cancer du sein par mammographie.

Les résultats publiés dans l’étude parue en juillet 2015 du Dr Charles Harding² (équipe du Pr Richard Wilson) remettent de nouveau en cause l’intérêt du dépistage systématique du cancer du sein par mammographie.

En septembre 2013, j’avais déjà écrit un article sur ce sujet dans la revue de la MTRL [n° 79] en restant très prudente, car à l’époque nous n’étions qu’une minorité de médecins français à nous poser des questions sur l’intérêt d’un tel dépistage de masse. Je me posais et me pose toujours des questions éthiques sur le surdiagnostic et le surtraitement, moi qui, médecin, ai fait serment de ne pas nuire au patient...

Un intérêt mitigé

Les questionnements sur l’intérêt d’un dépistage de masse du cancer du sein ont pris forme en 2000 quand Gotzsche et Olsen publient une méta-analyse danoise, alertant sur les risques de la mammographie de dépistage. Ces auteurs sont membres de la collaboration Cochrane, structure indépendante ; ils confirment en 2012 leurs premières conclusions ; le document téléchargeable d’information aux patientes qu’ils éditent en 2012 énonce : « Il peut être raisonnable de participer au dépistage du cancer du sein par mammographie mais il peut être tout aussi raisonnable de ne pas s’y soumettre, parce que ce dépistage présente à la fois des bienfaits et des dommages :

Bienfaits : si 2 000 femmes sont examinées régulièrement pendant 10 ans, une seule d’entre elles bénéficiera réellement du dépistage par le fait qu’elle évitera ainsi la mort par cancer du sein.

Dommages : dans le même temps, 10 femmes en bonne santé deviendront, à cause de ce dépistage, des patientes cancéreuses et seront traitées inutilement. Ces femmes perdront une partie ou la totalité de leur sein et elles recevront souvent une radiothérapie et parfois une chimiothérapie.

En outre, environ 200 femmes en bonne santé seront victimes d’une fausse alerte. Le stress psychologique de l’attente du résultat pour savoir si elles ont vraiment un cancer et celui de la suite des soins peuvent être sévères.

L’étude récente de Harding a été menée sur 16 millions de femmes de plus de 40 ans dépistées dans 547 comtés des Etats-Unis. Le suivi a été de 10 ans ; 56 000 cancers ont été dépistés ; 53 000 ont été suivis sur 10 années.

Le résultat est sans appel : l’augmentation des diagnostics est corrélée au taux de dépistage mais pas la baisse de la mortalité dans les 10 ans suivant le dépistage.

Il est probable que l’amélioration des traitements a rendu le dépistage moins performant puisque les traitements sont plus efficaces quelle que soit la taille de la tumeur.

Quelle conclusion ?

Il faudra probablement beaucoup de temps et d’autres études pour que nos responsables médicaux et politiques osent diffuser un avis défavorable au dépistage de masse.

En attendant, il faut donner une information loyale et éclairée à nos patientes telle que proposée dans le document ci-dessus de Gotzsche, leur expliquer les limites, l’intérêt à faire une mammographie. Il faut prôner le dépistage individuel qui inclut la prise en compte des facteurs de risque familiaux (antécédents parmi les parents proches de cancers du sein), personnels (traitement hormonal, surpoids, alimentation mal équilibrée, pathologies bénignes du sein). Et, surtout, il faut promouvoir la prévention du cancer du sein et de ses récidives par une bonne hygiène de vie.

Dr Christelle Charvet gynécologue obstétricienne

²Harding C, Pompei F, Burmistrov D, Welch HG, Abebe R, Wilson R, Breast cancer Screening, Incidence and Mortality across US counties, Jama Internal Medicine, published online July 06,2015, doi :10.1001/jamainternmed.2015.343. – Gotzsche P, Olsen O. Is screening for breast cancer with mammography justifiable ? The Lancet, 2000;355:129-34. – Gotzsche P, Mammography screening : truth, lies and controversy, The Lancet, 21 July 2012, Volume 380, Issue 9838, p. 218. Pour en savoir plus : http://www.formindep.org/Cancer-du-sein-le-pave-dans-la.htmlhttp://cancer-rose.fr/surdiagnostic/etudeharding/ Rachel Campergue, No mammo ?Enquête sur le dépistage du cancer du sein, 2011, Max Milo Editions.

Article original de :
Dr Christelle Charvet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 87

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