Le mélanome : combat pour une détection précoce !

Le mélanome, les risques de son apparition sur une peau saine agressée par un excès soleil et surtout, l'importance de l'autodépistage !

Marie-Aleth Richard, spécialiste de dermatologie au CHU de Marseille, nous explique ce qu’est le mélanome et les risques de son apparition et de son développement sur une peau saine mais agressée par un excès de rayonnement solaire.

Le mélanome cutané est la tumeur dont le nombre de nouveaux cas annuel augmente d’au moins 10 % par an depuis 50 ans. Si le mélanome est le plus redoutable, il n’est pas le plus fréquent des cancers cutanés. L’incidence estimée des mélanomes cutanés est de 7 500 en 2008, alors que le nombre annuel des autres cancers de la peau non mélanocytaires (ou carcinome) a été d’environ 80 000 pour la même période.

Un des moyens de lutte contre cette incidence croissante du nombre de cas passe par l’éducation du grand public sur les risques solaires et les moyens efficaces de la prévention à cet égard.

Les messages sur les dangers du soleil sont de plus en plus compris et mis en application par la population mais cela ne suffit pas ! Car, dans le même temps, malgré ces efforts sur la réduction des expositions solaires, la mortalité par mélanome continue d’augmenter régulièrement !

Le mélanome est ainsi à l’origine de 1 500 décès annuels en France, et sa survie brute à 5 ans est de 76 %. Cette mortalité excessive est essentiellement due à un dépistage trop tardif, du fait de la méconnaissance du grand public sur les signes d’alerte qui doivent inciter à montrer certaines lésions suspectes à un dermatologue.

Détecter le mélanome le plus tôt possible

Le patient et son entourage ont un rôle fondamental dans la découverte du mélanome et dans son diagnostic précoce :

  • car la tumeur est accessible à la vue,
  • car un mélanome peut croître en quelques semaines, et seul le patient, ou ses proches, le voit assez souvent pour le détecter à temps,
  • car un mélanome peut survenir chez n’importe qui à et tout moment au cours de la vie.

La formation à l’autodépistage, aux éléments de son diagnostic précoce, et l’éducation de la population à la reconnaissance des lésions suspectes qui doivent inciter à une consultation chez le dermatologue sont donc primordiales.

Il faut bien comprendre que l’on doit surveiller toute sa peau et pas seulement quelques-uns de ses grains de beauté ou quelques-unes de ses taches. Habituellement, un mélanome va apparaître dans une zone de peau où il n’y avait au préalable aucune lésion.

La dégénérescence ou la transformation d’un de nos grains de beauté en mélanome est exceptionnelle. Le plus souvent, une nouvelle lésion se développe plus ou moins rapidement, qui peut être confondue avec un nouveau grain de beauté alors qu’il s’agit d’emblée d’un mélanome.

La grande difficulté est donc de savoir faire le tri entre nos différentes « taches », entre celles qui sont des grains de beauté et qui sont bénignes, celles qui sont aussi fréquentes mais qui restent bénignes comme les kératoses séborrhéiques et celles qui sont, dès leur apparition, un mélanome.

Illustration Persomed/J. Dasic
Illustration Persomed/J. Dasic

Dépistage régulier chez les sujets à risque

Il n’est pas raisonnable de proposer, en termes de santé publique, que toute la population française fasse un dépistage régulier (par exemple annuel) chez le dermatologue. Le dépistage médical régulier et la surveillance cutanée annuelle doivent concerner les sujets ayant un risque important de mélanome. Ces sujets à risque sont essentiellement représentés par les individus qui ont déjà eu un mélanome, les cas familiaux de mélanome (10 % des cas), et ceux qui ont un grand nombre de grains de beauté sur une peau très claire, chez qui la surveillance de la peau est difficile du fait du grand nombre de lésions qui ont souvent un aspect très atypique. On sait bien, aussi, que la majorité des mélanomes ne se développent pas dans ces populations qui font l’objet d’une surveillance médicale stricte.

L’autodépistage est un moyen fondamental de détection précoce du mélanome dans la population générale. La formation à l’autodépistage de la population générale repose sur trois messages simples qui permettent à tous de repérer des lésions suspectes.

  1. On peut tous, à l’aide d’exemples en images, apprendre à reconnaître une lésion suspecte, une tache anormale qui devra être montrée au dermatologue.
  2. On doit repérer et s’inquiéter de toute tache anormale sur la peau qui ne ressemble pas aux autres taches que l’on se connaît depuis toujours. Les grains de beauté chez un individu donné ont un air de famille, celui qui ne ressemble pas aux autres grains de beauté – le vilain petit canard – doit alerter.
  3. La modification récente d’une lésion ou d’une tache, dont la taille augmente, prend une forme irrégulière, une modification de couleur, une augmentation de l’épaisseur ressentie au toucher, ou une écorchure doivent également alerter.

Que faire si on a un doute ou si on a repéré une lésion qui nous semble suspecte ? Voir son médecin traitant ou son dermatologue ! Les mélanomes diagnostiqués tôt peuvent le plus souvent être guéris définitivement par une simple exérèse chirurgicale. Un mélanome diagnostiqué tardivement est un mélanome à haut risque de métastases et qui peut tuer…

Pour en savoir plus

Article original de :
Pr Marie-Aleth Richard

Paru dans Mutuelle & Santé n° 62

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