Le gluten en question

Le gluten : questions au Dr Nathalie Vergnolle

En Mars 2016, nous avons interrogé la directrice de l’Institut de recherche en santé digestive (UMR-1220, INSERM, INRA au CHU Purpan à Toulouse), Dr Nathalie Vergnolle, au sujet du de l'intolérance au gluten.

Dans quelles pathologies le gluten est-il fortement déconseillé ?

Le gluten est totalement déconseillé dans la maladie cœliaque, l’allergie au blé et l’hypersensibilité (non cœliaque) au gluten. Cette dernière pathologie est difficile à diagnostiquer car nous n’avons pas de marqueur spécifique, contrairement aux deux premières.

Ces patients présentent les mêmes symptômes que ceux souffrant du syndrome du côlon irritable avec des manifestations au niveau des intestins (douleurs accompagnées de constipation, diarrhée, ou alternance des deux) et ailleurs (douleurs musculaires, maux de tête...). Environ un tiers des personnes souffrant de ce syndrome sont en fait hypersensibles au gluten, mais on ne peut pas dire que la cause de cette maladie soit due exclusivement au gluten.

Comment détecte-t-on une intolérance au gluten ?

L’intolérance est difficile à diagnostiquer et peut passer inaperçue pendant plusieurs années. Les [symptôme][definitin "symptômes"] peuvent être mineurs voire trompeurs. Les principaux signes sont généralement des douleurs abdominales, des ballonnements, des diarrhées chroniques voire des nausées... mais ces symptômes peuvent aussi avoir d’autres origines. Ces signes apparaissent progressivement et non de façon soudaine comme cela est parfois le cas dans les allergies.

Afin de déterminer des groupes de personnes intolérantes au gluten, nous devons suivre leur alimentation en milieu hospitalier de manière très précise, retirer le gluten de leur nourriture pendant un certain temps et voir l’impact que cela a ; puis réintroduire le gluten et voir si les patients présentent à nouveau des symptômes abdominaux. Le diagnostic d’intolérance est donc difficile à établir.

Les naturopathes recommandent de ne pas introduire de céréales contenant du gluten chez le nourrisson avant 6 mois. Qu’en pensez-vous ?

Je vous apporterai une réponse de mère. Effectivement, des études ont montré que si on introduit trop tôt certains éléments comme le gluten, on favorise l’apparition d’intolérance. Mieux vaut le faire quand le bébé est plus âgé.

Les protéines du gluten se caractérisent par une teneur élevée en acide glutamique (ou un de ses dérivés, le glutamate), et en proline. Le glutamate est le plus important neurotransmetteur excitateur du système nerveux central. Doit-on pour autant recommander aux personnes souffrant de troubles neurologiques d’éviter le gluten ?

Nous savons que le gluten peut être associé à certains troubles neurologiques comme la dépression chez les individus véritablement diagnostiqués hypersensibles au gluten. Mais le gluten n’est pas systématiquement déconseillé pour des personnes souffrant d’épilepsie ou d’hyperactivité. Il faut avant tout identifier la réalité de l’intolérance au gluten chez les patients.

L’effet nocebo du gluten est important. Si l’on supprime les aliments contenant du gluten, il faut veiller à maintenir un bon équilibre alimentaire et vitaminique.

La sélection de souches céréalières par modification génétique au cours des dernières décennies aurait-elle pu contribuer à l’émergence de pathologies associées au gluten ?

Il existe des arguments en faveur de cette hypothèse, notamment parce que l’on voit apparaître de plus en plus ces intolérances, mais nous n’avons pas de preuve scientifique qu’il existe de lien direct. Outre les modifications génétiques des souches céréalières, de nombreux paramètres de notre alimentation ont changé et peuvent être corrélés à l’apparition de ces hypersensibilités (pesticides, additifs alimentaires, désherbants...) ; il ne faut pas oublier que nous avons été exposés à ces différents produits toxiques depuis notre enfance, tout comme nos parents.

Ce sont des sujets complexes sur lesquels nous manquons encore de données.

Article original de :
Mme Brigitte Postel

Paru dans Mutuelle & Santé n° 89

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