Édulcorants et diabète

Il est confirmé que les édulcorants remplaçant le sucre favorisent le diabète. Explication.

Démolissant les idées reçues issues de la publicité, il est confirmé – une fois de plus – que les édulcorants remplaçant le sucre favorisent le diabète.

Un comble ! Car justement les aliments à base d’édulcorants (sodas, céréales, desserts, sucrettes…) sont proposés pour lutter contre l’hyperglycémie en cas d’intolérance au glucose ou de diabète de type 2. On savait que ces recommandations se fondaient sur des études contradictoires et peu robustes. Par exemple, dans un travail français publié en 2013, les chercheurs concluaient déjà à un effet diabétogène des boissons avec édulcorants. Curieusement, il avait été très peu relayé dans la presse grand public et les médias. Les édulcorants arrivent intacts au contact des bactéries, indispensables comme vous le savez à notre bon fonctionnement. En effet, ils ne sont pas digérés dans notre intestin. Aspartame, sucralose et saccharine modifient alors la composition du microbiote, à la fois chez les souris et les humains. Une nouvelle étude israélienne publiée dans la prestigieuse revue mondiale Nature fin 2014 lance un nouveau gros pavé dans la mare. Pour les auteurs, « les résultats obtenus suggèrent que les édulcorants pourraient directement contribuer à augmenter l’épidémie d’obésité et de diabète alors que leur objectif est de les combattre ».

Un cheminement scientifique particulièrement élégant

On sait que le type de régime alimentaire d’une personne mince et en bonne santé, tout comme celui d’un diabétique ou d’une personne en surpoids, conditionne la nature et le fonctionnement du microbiote. Dans un premier temps, les chercheurs ont nourri des souris avec trois types de solutions aqueuses tirées au sort : glucose et édulcorants (aspartame, saccharose ou saccharine), ou glucose, ou eau seule. Dès la fin de la première semaine, les souris nourries avec des édulcorants et du glucose présentaient des signes d’intolérance au glucose. Ce n’était pas le cas des autres animaux – y compris ceux qui consommaient du sucre – et ce, que l’alimentation ait été normale ou particulièrement riche en acides gras. C’est la saccharine qui fait clairement le plus de dégâts chez les souris obèses. L’équipe démontre que l’impact sur l’équilibre glycémique est contrôlé par la composition du microbiote !

Je te passe mon microbiote !

Les chercheurs ont traité, dans un premier temps, les souris avec plusieurs antibiotiques à large spectre, afin d’éradiquer les bactéries et tuer ainsi le microbiote. Après un mois de traitement, on ne remarque plus de différence métabolique à l’égard de la glycémie entre les groupes de souris, donc les édulcorants ont perdu leur effet toxique. Il est alors limpide que la présence de microbiote joue un rôle clé dans les altérations métaboliques induites par les édulcorants. La preuve : les chercheurs ont ensuite procédé à des tests de transplantation du microbiote fécal chez les souris dépourvues de bactéries digestives. La même différence métabolique, entre les souris nourries aux édulcorants et les souris témoins, est réapparue. La composition du microbiote est donc bien un paramètre majeur influençant la glycémie ! Un microbiote normal et équilibré d’adulte sain et mince possède la particularité de digérer le glucose dans l’intestin et de fabriquer des acides gras à courtes chaînes (butyrate) qui, une fois absorbés par l’organisme, contre carrent l’insulino-résistance, donc les troubles glycémiques. Or une analyse détaillée des bactéries fécales, en cas de consommation d’édulcorants, a montré une surreprésentation de certains microbes : l’équilibre est donc rompu.

Concordance chez l’homme

Deux séries de résultats sur l’homme sont présentées dans la publication de Nature. Dans une première série de 381 personnes non diabétiques, la consommation d’édulcorants était reliée au degré d’obésité abdominale et aux taux de glycémie à jeun ainsi que d’hémoglobine glyquée. Dans un groupe de 7 volontaires qui consommaient chaque jour la dose maximale de saccharine autorisée durant une semaine, 4 personnes ont vu leur réponse glycémique modifiée au test d’hyperglycémie orale. Le microbiote de ces 4 sujets montre une composition similaire entre eux mais tout à fait différente de celles des autres volontaires. Le transfert du microbiote de ces 4 personnes dysglycémiques chez des souris sans germes a confirmé que les bactéries transférées induisaient une intolérance au glucose chez l’animal !

A suivre…

L’équipe déclare que ces résultats ne sont pas suffisants pour proposer des recommandations chez l’homme, car le mécanisme en cause n’est pas formellement identifié, même si les édulcorants peuvent favoriser la prolifération de certaines bactéries ou contribuer à faire émerger des souches en en détruisant d’autres. D’autres chercheurs de Chicago rapportent que la composition du microbiote des sujets consommant des édulcorants est proche de celle des patients diabétiques. On a donc une preuve sérieuse supplémentaire que le syndrome métabolique (hypertension, surpoids, trouble des lipides) est associé à un changement du microbiote, et inversement. Attendons d’autres travaux supplémentaires.

Dr Philippe Fiévet, Médecin nutritionniste, Maître en sciences et biologie médicales

Article original de :
Dr Philippe Fiévet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 86

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