Reprendre en main son alimentation

Savoir pourquoi rectifier son alimentation est un puissant moteur de compréhension et possède un effet facilitateur sur sa mise en œuvre, mais en plus on en retirera une fierté bien légitime, car ce sera une petite victoire.

L’alimentation est le facteur inconditionnel de toute bonne santé. Reste à se pencher sur nos travers, calmement ! Revoir son mode d’alimentation s’appuie sur des principes de base simples, tout droit sortis du bon sens. A cette condition, les petits changements, les améliorations nutritionnelles seront plus faciles à mettre en pratique : savoir pourquoi rectifier son alimentation est un puissant moteur de compréhension et possède un effet facilitateur sur sa mise en œuvre, mais en plus on en retirera une fierté bien légitime car ce sera une petite victoire. Ce ne sera pas Austerlitz, non, mais simplement une réussite personnelle dont nous serons le seul artisan. Reprendre en main son alimentation, c’est aussi se réapproprier sa puissance.

Quelques principes simples

Le changement s’appuiera sur une petite liste de points importants à respecter. La correction de l’état biologique entre totalement dans le champ de la correction nutritionnelle, aidée par la prise de compléments alimentaires parfois, ce qui en général permet de gagner du temps dans l’amélioration de la santé.

Remarquons que l’appauvrissement de la teneur nutritionnelle des aliments est souligné dans de nombreuses études officielles. En soixante années, les aliments ont perdu 50 % de leur teneur en constituants. Pourquoi ? Car les modes de culture intensive ne permettent pas à l’aliment végétal de se « remplir ». Le végétal pousse trop vite, gavé de produits chimiques aux fins de production accélérée. Trop d’eau, pas assez de constituants nutritifs.

Pensez aux aliments que l'on fait pousser dans des solutions toutes prêtes, « hors sol » comme on les appelle… la solution de barbotage n’a pas la diversité nutritionnelle d’un humus ! Ensuite, les pesticides et autres produits chimiques ont lessivé les sols, tuant les micro-organismes de la terre ; or ceux-ci permettent de nourrir le végétal. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter aux différents livres de Jean-Marie Pelt, par exemple, une autorité en la matière en France. L’amélioration bactérienne des sols, grâce aux souches bactériennes bien choisies aspergées sur ces derniers, améliore grandement la qualité de la récolte et la production : les Japonais, par exemple, sont en pointe dans ce domaine.

Alors, quels sont les buts à considérer ?

  1. Améliorer la détoxication par le foie et les intestins.

  2. Rétablir l’équilibre de la flore intestinale.

  3. Réduire l’inflammation et les oxydations intempestives.

  4. Restaurer la perméabilité sélective de l’intestin grêle.

  5. Retrouver une bonne sécrétion enzymatique.

  6. Arrêter la constipation.

Commencer par réduire le tissu adipeux

Pour vider notre « baignoire », il faut à la fois tirer le bouchon d'évier et fermer le robinet.

La première chose à envisager, c’est la réduction du tissu adipeux. Plus l’accumulation de graisse est importante dans l’organisme, plus celui-ci est en état inflammatoire. Ainsi, rien que le tour de taille d’un individu donne des renseignements remarquables sur son état inflammatoire !

En effet, le tissu gras est un véritable organe endocrinien sécrétant diverses hormones, mais aussi une certaine cytokine appelée interleukine 6. Il existe une interaction entre l’adiponectine, hormone correctement sécrétée par les adipocytes lorsque ceux-ci sont peu nombreux – et dont le taux diminue fortement dès que l’on est juste en surpoids –, et le TNF alpha – une autre cytokine sécrétée par les macrophages et les globules blancs du tissu adipeux. L'adiponectine et le TNF alpha sont antagonistes c'est-à-dire que la présence trop élevé de l'une bloque ou diminue l'effet sur l'organisme de l'autre. L’adiponectine est très protectrice sur le plan cardiovasculaire. On estime à 30 % la proportion de fabrication totale de l’interleukine 6 – molécule puissamment inflammatoire – par le tissu adipeux, en particulier le tissu gras intra-abdominal, qui est soumis à l’action de l’insuline. Non seulement l’interleukine 6 est délétère en excès, mais elle fait des trous dans l’os.

En grossissant, on devient progressivement résistant à l’insuline, c’est-à-dire qu’elle reste à un taux anormalement élevé dans le sang même quand on n’en a plus besoin. L’insuline pousse alors à stocker de la graisse…

Ensuite, c’est dans le tissu adipeux que se stockent la majorité des toxiques. Songez aux gaz de combat neurotoxiques: ils sont efficaces sur le cerveau car celui-ci est riche en acides gras, permettant la diffusion des poisons ayant une affinité avec les corps gras. Ainsi, au cours d’un amaigrissement assez rapide peuvent apparaître des symptômes dits d’élimination, causés par un relargage d’acides, d’hormones pro-inflammatoires – les cytokines, par exemple – et de produits chimiques divers accumulés dans la graisse, comme les fameux perturbateurs endocriniens mais aussi les pesticides que nous avalons... On peut ainsi observer l’apparition plus ou moins soudaine de cystites sans microbes urinaires, de fatigue, d’acné, d’aphonie – perte transitoire de la voix –, de chutes de cheveux ou de pellicules du cuir chevelu, de toux… Tout cela c’est de l’inflammation, de « l’irritation ».

La rectification alimentaire est essentielle

Ces phénomènes irritatifs sont heureusement temporaires et témoignent d’un assainissement de l’organisme. Il ne faut pas les confondre avec une infection ou une pathologie inflammatoire surajoutée à l’état du patient. Cette phase d’élimination, si elle existe, dure en général un mois au grand maximum et correspond à la phase initiale de la détoxication. Elle donne un bon reflet de l’encrassage du patient. Il n’y a pas lieu véritablement de prendre un traitement, il faut attendre que cela se passe. Une bonne idée consiste à prévoir son amaigrissement en entamant avant et pendant un mois ou deux un traitement nutritionnel optimisant la détoxication du foie et de l’intestin.

La rectification alimentaire est donc primordiale, et rien de sérieux ne peut se faire sans elle. On éliminera alors les aliments encrassants, ceux que l’on ne peut pas digérer et dont les molécules peuvent entrer dans l’organisme via un intestin dysfonctionnel.

N’oublions surtout pas que, pour vivre en bonne santé, nous avons besoin uniquement de ce que la Nature nous a fourni, sinon l’humanité n’aurait pas survécu. C’est-à-dire:

  • des légumes,

  • des fruits,

  • des baies,

  • des graines,

  • du poisson,

  • de la volaille,

  • des graines huileuses,

  • des œufs,

  • et un peu de gibier quand on l’attrape, c’est-à-dire un peu de viande !

Tout le reste est superflu ! Encore faut-il trouver des aliments ayant du goût, comme dans les produits issus de l’agriculture biologique.

1. Améliorer la détoxication du foie et de l’intestin

C’est d’abord ne pas le surcharger, vous en conviendrez. Il existe diverses molécules, végétales ou non, qui peuvent aider grandement à la détoxication. Une molécule issue du brocoli, l’indole 3 carbinol, est très efficace pour améliorer la phase 1 de détoxication. Le brocoli connaît actuellement une cote d’amour importante auprès des nutritionnistes en raison de ses capacités, notamment sur l’élimination des hormones œstrogéniques fabriquées en excès chez la femme – risque de cancer du sein pleinement démontré. Les silymarines du chardon-Marie ou artichauts sauvages, sont efficaces sur la phase 1 de détoxication, réduisent la cirrhose et la fibrose hépatique. Les vitamines du groupe B, à petite dose c’est-à-dire nutritionnelle, améliorent aussi la détoxication. Il existe des préparations efficaces pour améliorer la fonction de détoxication du foie, que ce soit la phase 1 ou la phase 2. Le traitement doit être établi par un nutritionniste, ne l’entreprenez pas vous-même ; s’il y a peu de chances qu’il soit dangereux, il serait sans doute redondant.

2. Rétablir l’équilibre de la flore intestinale

Là aussi, la prise de probiotiques – bactéries lactiques, bifidus et autres – est efficace. C’est simple, sans danger. Une formule panachée et très concentrée – 10 milliards de germes ! – est actuellement considérée comme adéquate. Rappelons-nous l’efficacité de la flore intestinale. Celle-ci ne se trouve pas dans les yaourts ! Une prise régulière de probiotiques est incomparablement plus efficace que de manger des yaourts au bifidus ! Et n’oublions pas les prébiotiques, comme l'inuline qui est maintenant connue aussi pour améliorer l’absorption du calcium dans l’intestin sans faire intervenir la vitamine D.

Ces bactéries jouent un grand rôle dans la recirculation entérohépatique en décomposant les conjugués de plusieurs xénobiotiques, tels les contraceptifs oraux ou la vitamine D.

3. Réduire l’inflammation et les oxydations intempestives

La résultante des déséquilibres, c’est l’inflammation ! L’alimentation rectifiée, à elle seule, est très anti-inflammatoire. L’utilisation de divers antioxydants pour éponger les radicaux libres à dose assez faible suffit en général, et souvent redonne de l’énergie assez rapidement. Il existe beaucoup de préparations à base d’antioxydants dans le commerce, mais n’oubliez pas qu’ils agissent correctement seulement s’ils sont en association. Le curcumin a lui aussi fait ses preuves comme anti-inflammatoire et possède des vertus très intéressantes dans la lutte contre le cancer, à condition qu’il soit associé à un retardateur de dégradation – la pipérine actuellement, molécule issue du poivre. Le curcumin alimentaire est en trop petite quantité dans les préparations culinaires, il faut en apporter sous forme de complément alimentaire. Mangeons des fruits colorés, des légumes colorés, riches en antioxydants !

4. Restaurer la perméabilité sélective de l’intestin grêle

L’intestin possède plusieurs fonctions :

  • digérer et absorber les aliments

  • empêcher le passage des micro-organismes responsables de maladies,

  • réduire la disponibilité et la toxicité de substances nocives,

  • éliminer les résidus indésirables.

La contribution de l’intestin au métabolisme des médicaments ne se limite pas aux produits ingérés oralement. En effet, à la suite d’une administration intraveineuse, certains composés passent dans l’intestin et subissent une transformation.

L’activité métabolique spécifique de la muqueuse intestinale est la deuxième plus importante dans l’organisme après celle du foie. L’activité intestinale de détoxication de phase 2 est comparable à celle du foie.

Il faut à tout prix restaurer une perméabilité intestinale normale. Des molécules comme la glutamine ou la taurine sont intéressantes pour soigner l’intestin. Ces acides aminés sont vraiment utiles pour restaurer les fonctions absorbantes de l’intestin. En réalité, l’intestin a besoin qu’on s’occupe bien de lui, et il faut en général coupler un certain nombre de nutriments pour être raisonnablement efficace – acides gras oméga-3, probiotiques, antioxydants, fibres, oligo-éléments, vitamines B. Manger des fibres (des végétaux), c’est consolider la flore.

5. Apporter des enzymes

En attendant que la muqueuse récupère ses activités, on peut – on doit – aider temporairement son activité enzymatique défaillante – les cellules en renouvellement rapide sont immatures - et lui donner une béquille externe pour retrouver rapidement une puissance de digestion, et donc une qualité d’absorption des nutriments immédiatement supérieure, ce qui défatigue. Outre une muqueuse altérée, les enzymes digestives sont mises à mal par :

  • la cuisson trop vive, qui détruit les enzymes des aliments,

  • le traitement des aliments,

  • la mastication insuffisante des aliments : on mange beaucoup trop vite !

  • le déficit en acide chlorhydrique gastrique (fréquent après 60 ans),

  • les pancréatites (alcooliques ou médicamenteuses),

  • l’alimentation trop abondante (les enzymes sont débordés),

  • les intolérances alimentaires (inadéquation enzymatique à certains aliments, au gluten, aux produits laitiers…).

On comprend donc que la prise d’enzymes digestifs soulage rapidement le ventre. Et lorsqu’on soulage le ventre, c’est le corps que l’on soulage.

6. Arrêter la constipation

Les différents points abordés ci-dessus vont pouvoir à eux seuls rétablir un transit normal. N’utilisez les laxatifs qu’en dernière ressource. Utilisez les graines de psyllium, par exemple. Mais souvenez-vous que la flore intestinale est un puissant régulateur de transit… Ne vous découragez pas : des personnes ayant quarante ans de constipation finissent par retrouver la normalité avec le changement alimentaire en quelques semaines.

En conclusion

Adressez-vous à un nutritionniste au moins une fois, même si vous pensez pouvoir résoudre vous-même le problème qui vous préoccupe. Cela vous évitera une perte de temps, des tâtonnements, des dépenses en compléments alimentaires superflues, et en principe une saine rééquilibration alimentaire. Il pourra vous guider en ce qui concerne les substitutions à faire, les produits de remplacement et les mille petits trucs du métier que l’on apprend avec l’expérience.

Toutes les maladies, concernant toutes les spécialités médicales, non seulement méritent mais peuvent être améliorées ou guéries en changeant l’alimentation ! Cependant, parfois rien n’y fait, mais c’est très rare : même les maladies génétiques se vivent mieux ! **Dans d’autres cas, l’amélioration nécessite davantage de temps pour se réaliser. Il est important de comprendre que des dérèglements datant de plusieurs années voire des décennies ne peuvent pas se résoudre immédiatement. Même si le moteur n’est pas au mieux, rien n’empêche de l’entretenir… **

Contenu original de :
Dr Philippe Fiévet

Paru dans Mutuelle & Santé n° 77

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