Autour de la sieste

"Certains individus doivent faire la sieste," commence par rappeler le Dr Sandrine Launois-Rollinat : "les enfants, les tout-petits. La sieste est indispensable chez les tout-petits, et puis au fur et à mesure que l’enfant grandi, il faut s’adapter à ses besoins. L’âge auquel on arrête de faire la sieste dépend vraiment d’un enfant à l’autre. C’est souvent contraints et forcés par l’école que les enfants arrêtent de faire la sieste en moyenne section, mais il y a des enfants qui pourraient avoir besoin de faire la sieste même jusqu’au CP."

Pour certains adultes aussi, la sieste est fortement recommandée, voire indispensable : "certains travailleurs en travail posté doivent faire la sieste, pour se préparer au travail de nuit, ou pour récupérer et bien fonctionner le reste de la journée quand ils ont commencé très tôt le matin," précise-t-elle, avant de donner des conseils concrets : "quelqu’un qui se lève à 4h du matin, on lui conseille de faire une courte sieste en début d’après-midi.
Pour les travailleurs de nuit, on les incite à faire une sieste dans l’après-midi avant de prendre leur poste.
" Lorsque les nuits sont trop courtes, de manière ponctuelle ou régulière, "il peut être utile de faire une courte sieste après le déjeuner : pas plus de 20-30 minutes, de manière à rester en sommeil léger," ajoute le Dr Launois-Rollinat, en reconnaissant que tout le monde n’est pas en mesure de combler ce besoin de sommeil.

"Dans certains pays, c’est bien accepté et intégré au monde du travail, par exemple en Espagne ou au Japon. En France, il est beaucoup plus rare que les salariés puissent faire une courte sieste. En revanche, les retraités, les gens qui ont des horaires flexibles peuvent faire une courte sieste s’ils en éprouvent le besoin." Dans le cas de longs trajets en voiture, la sieste peut-être nécessaire pour voyager en toute sécurité : "Si on a une baisse de vigilance, qu’on se sent fatigué, les recommandations actuellement, c’est de s’arrêter, de prendre un café et de faire une courte sieste," rappelle-t-elle. "La sieste aide à reprendre une vigilance normale, et quand on se réveille au bout de 15 ou 20 minutes, la caféine fera son effet.

On a donc une double stimulation de la vigilance, à la fois par la caféine et par la récupération de sommeil." Les bénéfices de la sieste sont nombreux : d’abord, explique Sandrine Launois-Rollinat, "la sieste sert à recharger ses batteries. La somnolence après le déjeuner est une réaction physiologique, qui peut être plus marquée chez les gens qui n’ont pas assez dormi. Une courte sieste permet de récupérer une bonne vigilance pour le reste de la journée, sans empiéter sur le sommeil de la nuit suivante." Mais la sieste a également des effets bénéfiques sur la santé, indique-t-elle, "en particulier chez les gens qui dorment peu la nuit. Il a été montré récemment que faire une courte sieste a un impact bénéfique sur la santé cardiovasculaire, en particulier sur l’hypertension artérielle."
Elle tempère néanmoins ses propos, et précise toutefois qu’il y a "des siestes qui sont mauvaises : quand on dort 1h, 2h ou 3h… C’est mauvais plus d’un titre." Si cela permet au système cardiovasculaire de se reposer, les effets négatifs sont réels : "d’une part, au moment où on se réveille, on a souvent du mal à émerger, parce qu’on a été dans un sommeil profond. D’autre part, si on a beaucoup dormi dans l’après-midi, on va avoir des difficultés à s’endormir le soir, ou avoir un sommeil entrecoupé de petits réveils, voire même de ne plus réussir à s’endormir."

Nous avons posé votre question à Sandrine Launois-Rollinat, médecin somnologue au centre du sommeil CEREVES, à Paris.
"La sieste en entreprise, en tant que somnologues, c’est quelque chose qu’on essaye de promouvoir depuis longtemps," répond le Dr Sandrine Launois-Rollinat. "Mais en France, il y a une énorme résistance, parce que dormir au boulot, ce n’est pas bien vu. Même quand c’est encouragé par le management !"

Des limites constatées lors de nombreuses expérimentations de sieste en entreprise, comme le raconte Sandrine Launois-Rollinat : "je me rappelle d’une étude qui avait été faite dans les centrales nucléaires,. Il y avait des pièces particulières où les salariés de nuit pouvaient aller se reposer ; on leur apprenait des petits trucs pour s’endormir rapidement, on leur faisait faire de la relaxation pour qu’ils s’endorment rapidement. C’était très bénéfique ; les salariés qui faisaient la sieste étaient très satisfaits.
L’exploitant des centrales les a encouragés à continuer après la fin de l’étude, et personne n’a voulu le faire ! La raison avancée était que « ça fait mauvais genre de dormir au boulot. » Pourtant, on sait très bien, grâce à d’autres études, que quand les travailleurs de nuit peuvent se reposer, ils sont bien plus efficaces et il y a moins d’erreurs."

Avec l’évolution de l’organisation du travail, des pistes d’amélioration existent cependant : "Avec le télétravail, les gens vont pouvoir mieux organiser leur sommeil. Ceux qui ont besoin de faire la sieste pourront faire la sieste. Si vous travaillez chez vous, vous êtes libre de faire une sieste de 10 minutes. En plus, vous dormez dans de meilleures conditions qu’avec la tête sur les bras au bureau. Cela pourrait être une façon d’introduire la sieste au travail."

Nous avons posé votre question à Sandrine Launois-Rollinat, médecin somnologue au centre du sommeil CEREVES, à Paris.
"Ce qu’on appelle une sieste flash, c’est une sieste de moins de 15 minutes : une micro-sieste," explique le Dr Sandrine Launois-Rollinat. "Tout le monde n’arrive pas à le faire, mais c’est utile, parce que ça permet de recharger les batteries et de mieux fonctionner après." "L’effet de la sieste flash est comparable à celui d’une sieste de 20-30 minutes," poursuit-elle en insistant sur l’avantage d’une sieste de courte durée : "moins la sieste dure, moins il y a de risques d’aller en sommeil profond."

Nous avons posé votre question à Sandrine Launois-Rollinat, médecin somnologue au centre du sommeil CEREVES, à Paris.
Le Dr Sandrine Launois-Rollinat confirme l’effet régénérateur de la sieste, "à partir de 5-10 minutes." Georges Scudeller ajoute que "ces micro-siestes permettent de récupérer pendant la journée. Le sommeil global va être l’addition du sommeil de la nuit et des repos dans la journée." Malgré tout, explique Sandrine Launois-Rollinat, "l’impact sur le sommeil nocturne est assez variable d’une personne à l’autre, et surtout, il dépend de la durée de la sieste. Si vous avez fait 2h de sieste, vous allez avoir du mal à dormir la nuit suivante."

Sandrine Launois-Rollinat est médecin somnologue au centre du sommeil CEREVES, à Paris.
Georges Scudeller est naturopathe à Rennes.
Nous leur avons posé vos questions séparément.
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